Carnets de voyages et récits de transition vers un avenir éthique et durable

Je m’appelle Claire Blumenfeld et je tiens Peregrinus Mundi depuis 2015. Ce site suit mon évolution dans la vie sous forme de chapitres. Les chapitres I à VI présentent principalement des récits de voyage et photographies. Le chapitre VII suit ma démarche de transition vers un mode de vie basé sur l’écologie et le bien-être à travers trois approches qui m’intéressent particulièrement, la permaculture, l’herboristerie et l’éco-construction.

Déceptions sur le Milford Track
Trois jours de randonnée trop touristique dans les vallées du Fiordland pour rejoindre Milford Sound.
Milford Track dans le Fiordland, Île du Sud, Nouvelle-Zélande © Claire Blumenfeld
CARNET

Après trois semaines de travail au Te Anau Lakeview Holiday Park, en tant que femme de ménage, j’ai droit à quatre jours de repos consécutifs. Pas une seconde d’hésitation, j’en profite profiter pour faire une autre des Great Walks (meilleures grandes randonnées du pays). Reste à choisir laquelle. Après ma randonnée sur le Kepler Track, il me reste le Milford Track ou le Routeburn Track à faire dans le coin. J’opte pour le Milford Track, la soit-disant plus belle randonnée de la Nouvelle-Zélande. La randonnée se fait en trois jours et passe majoritairement dans le fond des vallées. Moi qui préfère les sommets, cela me freine un peu. Mais c’est bientôt l’ouverture de la saison “estivale”, qui commence le 25 Octobre et dure jusqu’à fin Avril. Pendant cette période l’accès au sentier des Great Walks est payant et limité, les refuges doivent être réservés à l’avance et c’est la queue leu leu sur le chemin. Très peu pour moi. Étant en jour de repos, Samedi 22, Dimanche 23 et Lundi 24 Octobre, c’est l’occasion ou jamais. 

Atteindre le début du sentier de randonnée n’est pas du tout repos contrairement au Kepler Track. Une heure de bus jusqu’à Te Anau Downs puis bateau pendant quarante cinq minutes pour atteindre le bout nord du lac Te Anau. Le tout obligatoirement à payer auprès d’une des trois compagnies de transport du coin : Tracknet, Trips & Tramps et Fiordland Water Taxi. Le prix total est de 190$ ! Heureusement que je travaille au Lakeview Holiday Park qui possède la compagnie de transport Tracknet, me permettant de ce fait réduction sur les prix ! Sans cela je n’aurais probablement pas fait la randonnée. Un jour avant le départ, je confirme la navette pour le lendemain et fais mes courses avec Jiri. Jiri est un jeune Tchèque qui vient d’arriver au Holiday Park pour travailler lui aussi. Comme il vient d’arriver en Nouvelle-Zélande, il ne possède pas encore d’IRD number (Inland Revenue Department number), un numéro d’identification fiscale que chaque personne se doit d’obtenir pour pouvoir travailler. Il ne peut donc pas encore commencer à travailler. Alors en attendant il a décidé de m’accompagner pour la randonnée. 

Samedi matin, réveil de bonne heure sous un beau soleil. Le bus part à 8h. Une quinzaine de personnes, chargées elles aussi de sac à dos plus ou moins gros attendent l’embarquement. Le chauffeur du bus nous rassemble et nous délivre un discours des plus effrayant sur la dangerosité de la randonnée. Selon ses dires, le Milford Track est une des randonnées les plus isolées du monde, dangereuse (ne vous écartez pas du chemin, ne traversez pas les rivières en crues, il sera très difficile de venir à votre secours si vous vous blessez sur le chemin, une personne est morte sur le sentier il y a quelques années, emportée par une rivière en crue, certaines zones sont dangereuses, notamment lors du passage du col en cas de vent fort combiné à de la pluie, il est possible de se déshydrater très rapidement voir même de mourir, etc) et il faut absolument posséder un beacon locator (une balise) afin que les secours puissent nous localiser en cas de problème. Énumération du nombre de personne possédant une balise : une seule personne sur les quinze présentes. Oups. Le chauffeur invite donc les irresponsables que nous sommes à rester le plus près possible de la personne possédant la balise. “Be prepare to earn your life to this guy”. 

Sur ces paroles alarmantes (bien trop alarmistes et bien loin de la réalité), nous quittons enfin le Holiday Park pour nous arrêter cinq minutes plus tard au DOC center situé juste à coté du camping. Les employés du DOC (gérant les parcs nationaux et des Great Walks) sont sensés nous refaire le même discours. Quinze minutes s’écoulent sans qu’aucun discours ne nous soit délivré. Cela ressemble plus à un arrêt sponsorisé afin de nous faire acheter les produits vendus par le DOC (souvenirs, cartes des randonnées, produits de randonnée). Nous partons enfin pour de bon. Une heure plus tard nous voilà arrivé à Te Anau Downs où le bus nous débarque. Nous embarquons dans une petit bateau conduit par Clint. Le propriétaire du Lakeview Holiday Park que j’ai rencontré il a un mois lors de ma visite du Doubtful Sound. Cela me fait plaisir de le revoir. La traversée du lac Te Anau est superbe. Malgré le vent froid qui nous cisaille un peu, Jiri a un sourire jusqu’aux oreilles. Moi aussi.

Nous accostons enfin et commençons la randonnée. Il fait beau mais étant un peu refroidis suite à la traversée, nous marchons d’un pas rapide pour essayer de nous réchauffer. Et afin de mettre un peu d’espace entre nous et le reste du groupe. Le premier refuge du sentier apparait rapidement en bordure de la jolie rivière Clinton avec des eaux d’un vert fantastique. Après avoir nettoyé, comme demandé, les semelles de nos chaussures afin d’éviter la propagation du Didymo, une algue invasive qui commence à polluer les cours d’eau du Fiordland, nous continuons à travers la vallée Clinton alternant prairies d’herbes jaunes et forêt d’hêtres néo-zélandais. Le sentier monte très légèrement. Les quelques passages à l’air libre nous permettent d’apprécier la rudesse des montagnes nous entourant. Jiri et moi discutons des différences culturelles. Comme il ne parle pas très bien anglais, la discussion est parfois compliquée. Nous croisons très régulièrement des panneaux nous rappelant que nous sommes en zone possible d’avalanches et qu’il est dangereux de s’arrêter. “Beware. Avalanche risks. No stopping for the next 1km”.

Pause déjeuner écourtée à cause d’une attaque synchronisée de Sandflies (monstre mi-mouche, mi-moustique, suceur de sang). Petite pause snack sous un abri d’urgence où nous faisons la connaissance d’un Weka, un gros oiseau néo-zélandais incapable de voler. Il nous tourne autour en quête de restes à picorer et il ne semble pas du tout inquiété par notre présence. Passage de plusieurs lits de rivières à sec et derniers kilomètres tranquilles quoique un peu longs jusqu’au refuge. Le temps est beau et nous avons par moment une belle vue sur Mackinnon Pass et le mur impressionnant que forme le col. Des cris et rires forts nous accueillent à l’arrivée au refuge. Après une journée de marche, avoir tout un groupe d’Américains en train de faire la fête dans le chalet, me refroidie un peu. Jiri et moi installons nos affaires dans le dortoir commun remplit de monde et redescendons pour préparer notre repas. Diner bruyant avec d’autres Français. Plusieurs Wekas vagabondent dans les extérieurs du refuge. Nous allons nous coucher assez tôt, l’esprit fatigué par tant de bruit.

Rebelotte le lendemain matin. À peine réveillés que les Américains abreuvent l’intégralité du refuge de leurs rires et discussions. Nous petit-déjeunons rapidement et reprenons le sentier. Passage au lac Mintaro qui ne montre pas ses jolies couleurs bleues-vertes. Deux heures d’ascension pour atteindre le col sous un temps un peu couvert. Nous sommes poursuivis par les Américains qui crient tout le long de la montée. Au secours. Au moins, nous pouvons enfin avoir une jolie vue sur la vallée que nous avons arpenté hier et se rendre compte de son encastrement. Les sommets sont encore recouverts de neige. Vers la fin de la montée, la brume matinale venant du fjord traverse le col et se disperse dans la vallée en dessous de nous. Le col se trouve aux environs de 1000m d’altitude. Un petit plateau recouvert d’herbes jaunes avec des petits lacs et un mémorial à l’explorateur Quintin McKinnon nous attendent. La vallée de l’autre coté se dévoile par moments à travers la brume balayée par le vent. Le groupe des Américains arrive et la tranquillité des lieux disparaît. Ils s’amusent à prendre des photos en équilibre au dessus du vide ou à plonger dans le plus grand des petits lacs. Jiri et moi fuyons l’agitation. Arrivés au refuge d’urgence à 1154m, le plus haut point du col, nous faisons une petite pause en regardant le temps qui se couvre de plus en plus.

Nous repartons sous une pluie fine. Le sentier descend fortement à travers la forêt. Un Weka nous attend en bordure du chemin. Décidément, le Milford Track est rempli de ces gros oiseaux. Nous jouons à cache-cache un moment puis il finit par s’enfoncer dans les herbes. Nous traversons plusieurs cascades sous une pluie de plus en plus forte. En début d’après-midi nous arrivons à l’abri d’urgence Quintin, situé juste à coté de la lodge Quintin, gros complexe avec hébergement et restaurant à destination des randonneurs faisant le Milford Track durant la période estivale. Pour l’instant, le lodge est encore fermée, le saison “officielle” n’ouvrant que dans deux jours. La taille de l’installation me parait un peu ridicule. Adieu aventure, bonjour tourisme. Après avoir déjeuné, Jiri et moi faisons un petit détour pour aller voir la cascade Sutherland de 580 mètres de hauteur et déversant ses eaux dans le lac Quill. En chemin nous admirons un étrange trou dans la montagne en face de nous.  La cascade est impressionnante mais difficile de rester à ses pieds tant l’eau qui se déverse avec un bruit assourdissant, éclabousse les alentours.

Nous arrivons au refuge Dumpling vers 5h de l’après-midi et prenons les derniers lits disponibles ! Six personnes arrivent après nous et sont donc contraints de dormir parterre ! Dans la salle commune, c’est de nouveau la fiesta mais heureusement deux zones séparées par un petit mur se tiennent un peu à l’écart. Diner de nouveau en compagnie des Français dans un coin relativement tranquille. Retour à notre dortoir avec l’idée de nous coucher tôt pour nous lever à 6h le lendemain. Mais une partie du groupe des Américains font du yoga en plein milieu de la chambre. Bon. Jiri et moi allons donc faire un petit tour dans la nuit qui tombe, le long de la rivière Roaring Burn afin d’apprécier le calme. De retour au dortoir, le groupe est parti. Nous nous couchons rapidement. La nuit est bruyante et un des Américains parle dans son sommeil. S’en est tellement ridicule que ça en devient risible.

Réveil et petit-déjeuné rapides et nous partons tôt afin d’essayer d’avoir une dernière journée tranquille. Il fait gris et il pleut. Nous longeons les berges de la rivière Arthur, principalement dans la forêt le moral un peu fatigué. Le paysage ne varie pas beaucoup. La cascade Mackay se dévoile à nos yeux pour nous offrir un peu de variations. La couleur bleue de ses eaux est magnifique. Nous dépassons les quelques personnes parties avant nous (un papy néo-zélandais et un groupe d’Autrichiens). Les trois derniers kilomètres se font sur un large sentier recouvert de gravier qui fut construit par de prisonniers entre 1890 et 1892. Sandfly Point, la fin de la randonnée se dévoile à midi. Nous avons deux heures à attendre avant que le bateau arrive et nous fasse traverser un bras de Milford Sound où se trouve l’arrêt de bus pour rentrer à Te Anau. Nous déjeunons appréciant la tranquilité des lieux, rapidement interrompu par le reste des randonneurs arrivant. Un impressionnant phasme se prélasse sur une des citernes d’eau. Il fait presque dix centimètres de long ! Malgré le mauvais temps, la vue sur le début du fiord au loin reste magnifique, la brume ajoutant un aspect mystérieux. J’ai l’impression de sentir vibrer dans l’air la puissance de la nature qui m’entoure.

Un petit canot arrive vers deux heures pour charger une dizaine de sacs à dos. Suivi rapidement par un petit bateau ne pouvant transporter que huit passagers à la fois ! Un premier groupe embarque. Jiri et moi décidons de prendre la seconde navette. Trente minutes plus tard, c’est notre tour. Vérification de nos noms, dépôt de nos sacs dans le canot puis embarquement dans le bateau. Nous filons doucement sur la rivière, la vitesse étant limitée par les eaux peu profondes. J’apprécie la vue de montagnes autour de moi, géants fantomatiques plein de mystères. Le trajet est sensé nous faire passer par Milford Sound mais le bateau nous dépose sur une petite péninsule à l’embouchure de la rivière avant l’entrée du fiord ! Ayant déjà vu le fjord, cela n’est pas très grave pour moi mais pour Jiri et le reste des randonneurs la déception est grande. C’est Allan, le papa de Julie, (la dame chez qui j’ai travaillé pendant deux mois dans une ferme laitière) qui vient nous récupérer. Je lui demande pourquoi le point d’arrivé n’est pas le même et il me répond que c’est dû au fait que le bateau habituel, une plus grosse navette, a fait naufrage la saison précédente ! Apparement le bateau a heurté un rocher dans les eaux peu profondes de la rivière et n’est toujours pas réparé. La compagnie utilise donc une petite navette, nécessitant beaucoup d’aller-retours pour transporter tous les randonneurs et il n’est pas possible de faire le grand trajet jusque dans le fiord, pour cause de temps. 

Nous embarquons dans la bus et attendons le reste des randonneurs. Les derniers retardataires arrivent enfin et nous partons en direction de Te Anau. Le mauvais temps, la fatigue et la déception viennent à bout des conversations et la plupart des passagers sombre dans le sommeil. Arrêt à The Divide, pour déposer un Écossais qui enchaine avec le Routeburn Track. Allan nous dépose Jiri et moi vers 7h du soir au Holiday Park, fourbus et n’ayant en tête qu’une seule envie : prendre une bonne douche chaude. Milford Track fut une jolie découverte mais le trop grand nombre de personnes sur le trajet et le mauvais temps me laissent un arrière-goût de déception. 

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5 novembre 2016

Textes et photographies par Claire Blumenfeld

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