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Vivre dans une famille néo-zélandaise

Partager le quotidien d'une jeune famille de fermiers néo-zélandais dans la région du Southland.
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Ferme laitière dans le Southland, Île du Sud, Nouvelle-Zélande © Claire Blumenfeld

Après plus d’un mois à arpenter les rues de Dunedin, me voila arrivée dans le Southland. La région la plus au sud de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande. Je vais travailler pendant deux mois dans une ferme laitière près Invercargill. Après une matinée de bus à regarder les paysages des prairies vallonnées défiler, à m’interroger un peu sur comment va se dérouler le travail et un passage exprès par Gore, la capitale néo-zélandaise de la musique country et de la Truite brune, je débarque à Invercargill. Julie, la jeune femme de la ferme où je vais travailler est venue me chercher. Nous sympathisons dans la voiture et Julie me détaille sa famille. Elle et Jeremy, sont les parents de trois jeunes enfants : Isla (bientôt cinq ans), Carter (deux ans) et Chloe (sept mois). La maison est donc animée. Nous roulons à travers la campagne et je distingue rapidement les contours de la ferme dans la nuit qui tombe. Présentation et installation dans la chambre d’amis. 

Jeremy, 27 ans et Julie, 24 ans sont des néo-zélandais “born and raised”. La famille de Jeremy est originaire de Drummond, un petit patelin à une quarante de minutes de la ferme. Ses parents, Jill et Murray sont également des agriculteurs. Jill travaille elle aussi pour une ferme laitière et Murray gère une centaine de moutons qui vivent sur les terres de la ferme. Julie est originaire de Te Anau, un village situé dans le Fiordland (sud-ouest de l’île du Sud, à deux heures de la ferme). Ses parents, Jill (oui, Jill est un prénom populaire en Nouvelle-Zélande) et Alan vivent toujours là-bas dans une jolie maison avec superbe vue sur le lac et les montagnes enneigées. Sa maman travaille au supermarché du village. Son papa, Alan, fut pilote d’hydravion, puis chef cuisinier sur les bateaux de croisière en expédition dans les fjords du Fiordland. Aujourd’hui il travaille pour Tracknet, une société de transport appartenant au Lakeview Holiday Park de Te Anau.

Avant de devenir agriculteur, Jeremy travaillait dans la construction. Mais c’est le travail à la ferme qui l’intéresse vraiment. Il aimerait posséder sa propre ferme mais apparemment à moins d’être très riche ou de se voir léguer la ferme familiale, acheter des terres pour l’élevage est très difficile aujourd’hui au pays des kiwis. Julie en plus de s’occuper de enfants et d’aider à la ferme, est en train de finir ses études pour devenir sage-femme. En plus des trois enfants cités précédemment, la maison abrite un jeune chien indomptable nommé Fergus, qui aime vous sauter au visage pour vous dire bonjour et Mr. Perkins, un chat domestique qui préfère les pâtés saveur poulet plutôt que saveur poisson. Vivre en immersion dans la famille est une opportunité extraordinaire et me permet de rencontrer une grande partie des membres des deux familles et de découvrir la vie des néo-zélandais de l’intérieur. 

Jeremy et Julie sont des “contractors milkers”, ce que l’on pourrait traduire en français par des “entrepreneurs trayeurs”. Cela veut dire qu’ils s’occupent des vaches, du vêlage, des veaux et de la traite du lait. Mais les terres de la ferme et les vaches ne leur appartiennent pas. Celles-ci appartiennent à Graham et Severna, un couple de néo-zélandais dans la cinquantaine, très sympathiques eux aussi. Ils vivent dans une superbe baraque à une dizaine de minutes de la ferme. Cela fait presque trente ans que Graham et Severna sont agriculteurs et ils ont récemment  décidé de s’associer à des entrepreneurs trayeurs afin d’avoir peu de temps pour eux. Aujourd’hui Graham continue de s’occuper des travaux de la ferme tout en aidant Jeremy tandis que Severna s’occupe de nourrir les veaux.

La maison où vivent Jeremy, Julie et les enfants se situe en bordure des prairies où paissent les vaches. C’est une demeure sympathique sur un seul étage (comme beaucoup de maisons néo-zélandaises). Les pièces à vivre, cuisine et salon, sont situées d’un coté de la maison et ont le soleil le matin. Tandis que les chambres sont situées de l’autre coté et ont donc le soleil en fin d’après-midi. Un joli jardin entoure le bâtiment. De grandes baies vitrées offrent une jolie vue sur les champs, le hangar pour la traite et l’étable des veaux. Derrière la maison, au bout des champs se situe une colline abritant une petite réserve naturelle. C’est un des seuls endroits du Southland possédant un peu de relief, la région étant principalement plate.

Les enfants sont des petits monstres absolument adorables (quand ils ne font pas de caprices). Chloe est la petite dernière. C’est un bébé tout mignon, avec des joues à faire fondre les coeurs et deux petits quenottes dans la mâchoire du bas. Elle aime que l’on joue avec elle, sourit et baragouine très souvent. Elle n’aime pas être laissée derrière ou accrochée dans son siège-bébé dans la voiture sans rien faire. Pendant mes deux mois en sa compagnie, je l’ai vue grandir, apprendre, commencer à faire ses dents et même commencer à marcher à quatre pattes ! Je l’ai aussi vue être un peu malade parce que ce petit bout de chou a apparemment des amygdales beaucoup trop grosses qui lui cause des misères et l’empêchent de manger correctement. Les multiples visites chez le médecin n’ont pas servi à grand chose. Seule une opération pourraient supprimer le problème. Mais comme elle n’est encore qu’un bébé ne pesant pas très lourd, l’opération chirurgicale pour enlever les amygdales n’est pas recommandée. C’est un peu le serpent qui se mord la queue.

Isla est l’ainé. Elle va avoir cinq ans le 29 Octobre. C’est une fillette très jolie, incroyable, pleine d’énergie et très intelligente. Il a suffit de quelques heures pour que j’ai l’impression d’avoir une petite soeur. Mais Isla peut également être une une diva manipulatrice et très autoritaire. Dès que quelque chose ne lui plaît pas, ce sont des pleurs à n’en plus finir. Quelques frictions entre elle et sa maman déclenche parfois des situations un peu difficiles. Mais je suppose que c’est le cas de beaucoup d’enfants surtout à cet âge là. Isla est une photographe en devenir (toujours à me piquer mon appareil photo), qui adore vivre à la ferme, raffolant de chocolat et qui va débuter l’école en Octobre.

Du coté du sexe opposé, nous avons Carter, un petit bout de deux ans qui vient d’apprendre les mots “non” et “moi” notamment. Moins familier avec moi que les fillettes, Carter adore son papa et apprécie grandement aider au travail de la ferme. Lui et Isla ont tendance à se chamailler en permanence et à se transformer en monstres rapidement lorsqu’ils sont ensembles. Une fois seul, Carter est beaucoup plus facile à gérer et obéissant. Ses mots préférés sont “Choc choc” (pour chocolat) et il possède une dizaine de t-shirt avec des motifs très sympathiques. Pendant la durée de mon séjour, je l’ai vu devenir plus amical avec moi et faire de grand progrès dans la formulation des phrases.

Isla, Carter et Chloe sont de petits enfants plein d’énergie, tout mignons, qui font des bêtises et qui pleurent tout le temps. En plus de travailler à la ferme, j’ai passé quelques journées en tant que “au-pair” à m’occuper des enfants. Moi qui n’avais jamais été trop friande d’enfants en bas âge (et qui associe “avoir des enfants” avec “un jour peut-être, le plus tard possible”), je dois dire que ces trois bouts de choux ont fait vaciller mes convictions. Oui, il m’aura fallu quelques semaines pour m’adapter (mon dieu, mais ils crient et pleurent tout le temps !) mais vers la fin de mon séjour le bruit et l’agitation ne me dérangeaient presque plus. Nous avons beaucoup rigolé, fait les 400 coups ensemble et j’ai eu l’impression d’avoir de nouveau des petits frères et soeurs. (J’ai déjà un petit frère mais il a 24 ans). Pas mal de souvenirs de mon enfance sont remontés à la surface. Ils m’ont aussi appris le vocabulaire kiwi de base : choc choc (chocolat), yak (beurk), yummy (miam miam), nana (banane), yiss (yes), etc.

Vivre avec la famille m’a également permis de me rendre à la ferme des parents de Jeremy pour aller voir les agneaux nouveaux-nés, accompagner Isla au Jardin d’enfants et découvrir probablement l’intégralité des magasins de Winton (une petite ville à proximité de la ferme) et d’Invercargill avec Julie. Vivre dans une famille kiwi d’agriculteurs veut aussi dire savoir utiliser un fusil de chasse. En effet, la plupart des agriculteurs du coin possèdent un, voir deux fusils. Cerfs, lapins, possums sont considérés comme des animaux nuisibles en Nouvelle-Zélande (ce sont des animaux introduits, qui détruisent l’écosystème naturel ou mangent les oeufs des oiseaux natifs) et font donc la joie des agriculteurs en quête de proies. Savoir utiliser un fusil est également nécessaire pour le boulot puisque qu’il arrive qu’une vache soit abattue (malade, trop faible pour mangée, blessée suite à une mise à bas ou incapable de marcher, etc). Un fait que j’ai eu du mal à accepter. Mais pour les agriculteurs, une vache qui n’est pas au meilleure de sa forme signifie beaucoup de temps perdu à s’occuper d’elle plutôt que de se consacrer aux autres et à la production de lait. La triste réalité de la société actuelle…

J’ai donc eu droit à une session de tir en famille par une après-midi brumeuse. Nous avons déposé des cibles (cartons, oranges et pommes) dans un champ éloigné et sans risques de balle perdue à une cinquantaine de mètres d’un pas de tir improvisé. Protection sur les oreilles contre le bruit et tout le monde y est passé (à l’exception de Chloé bien sûr). Jeremy et Julie sont de bons tireurs et ils s’avèrent que moi aussi. J’ai fait deux ans de Tir à l’Arc et il en allait de mon honneur de réussir. J’ai dégommé mes oranges du premier coup. Être allongée par terre (pour supporter le poids de l’arme), le fusil entre les mains, fut une curieuse sensation. La puissance et le danger qu’évoque l’arme à feu sont immédiat. Je n’ai jamais aimé les armes. Des outils bien trop dangereux pour qu’on laisse les gens se balader librement avec (comme dans la moitié des pays du monde). Mais je suis satisfaite d’avoir essayé. Cela m’a donné envie de reprendre le Tir à l’Arc.

En plus de m’offrir un travail et un toit pour vivre, la famille Anderson m’a également nourrie. J’ai pu déguster les bons petits plats concoctés par Julie, Jeremy, Jill et Jill et j’ai également découvert la cuisine néo-zélandaise. Généralement la cuisine kiwi ressemble beaucoup à de la cuisine européenne, notamment anglaise. Viandes, légumes, salades et fruits. Ils mangent les mêmes aliments que nous, avec en plus des kumaras (pommes de terre douces), des yams (tubercule dont le goût ressemble aux pommes de terre), des parsnips (ou Panais en France, sorte de carottes blanches), des feijoas… Manger comme un kiwi, cela veut aussi dire déguster des tartes fourrées de tout un tas d’assortiments possibles, être un grand fan de burgers (le Works Burger fait maison fut un délice), avaler des cheese rolls pour le déjeuner (la meilleure recette est bien sûr celle venant du Southland) et se faire des petits plaisirs chocolatés avec les K bar de de Whittaker (barres de chocolat fourrées au choix, à la framboise, à l’ananas ou au citron vert). C’est également avaler des scones ou du bacon à n’importe quel moment de la journée, manger religieusement tous les dimanches matins les pancakes mapple syrup/bacon/banane et se faire des séances d’étranges boules de glaces Hokey PokeyBoysenberry Ripple, Goody Goody Gum Drops, Swirly Caramel (ma favorite). Coté gâteaux, cakes chocolat, yaourt ou vanille avec glaçage, muffins, cookies et les fameuses Pavlova (gâteau à base de crème et meringue) et Banoffe Pie (patisserie à base de crème, caramel et bananes) sont des immanquable. Même si cela n’atteint pas notre soit-disant imbattable gastronomie française, la cuisine kiwi est bonne bien que très certaine trop grasse.

Grâce à Julie et Severna j’ai également pu profiter de mes deux mois dans le Southland pour découvrir la région. J’ai accompagné de nombreuses fois Julie en voiture pour aller faire les courses à Winton ou Invercargill ou amener Isla aux jardin d’enfants. Le paysage du Southland est principalement constituée d’une longue étendue de prairies et fermes. Avec par endroits quelques petits bourgs. Assez peu de variations dans la paysage mais une atmosphère tranquille.Invercargill la capitale de la région ne m’a passé un grand souvenir à l’exception de son sympathique i-site et son Queens Park. Dans le “Tuatarium” de l’i-site on peut découvrir  un nombre impressionant de Tuataras, si l’on est chanceux. Ces lézards dinosaures ne sont pas toujours disposés à se montrer aux yeux de tous, notamment en hiver. La première fois que j’y suis allée, j’ai aperçu trois petits (plus actifs que les adultes) tandis que la seconde fois, une bonne vingtaine de lézards étaient sortis de leur cachette, dont Henry, un vieux papy de 110 ans !

Le Queens Park possède de jolis arbres en fleurs attirant tout un tas d’oiseaux en quête de pollen ou nectar dont une flopée de Tui, oiseaux natifs de la NZ avec une petite touffe de plumes blanches à son cou. Les observer fut un très beau moment. Le parc contient aussi une volière avec de jolies perruches et un très beau faisan argenté. Je suis également allée me balader à Sandy Point, une jolie réserve naturelle en bordure de la mer, un peu à l’extérieur d’Invercargill. J’y ai passée une journée à me balader sur les plages, forêts côtières et marécages.

Severna a également offert très gentiment de m’emmener en voiture visiter les plus beaux coins de la région. Nous sommes donc allées à Bluff, la ville la plus australe du pays pour apprécier le paysage et l’estuaire. Nous en avons profité pour aller faire une petite balade le long de la Bluff Hill afin d’apercevoir Stewart Island, que j’espère aller visiter en Février-Mars. De retour à Invercargill, nous sommes allées marcher sur la plage Oreti, très longue étendue de sable fin sur laquelle il est possible de rouler en voiture. 

Lors de la seconde expédition avec Severna, nous sommes allées visiter la côte Sud. Nous sommes passées à Riverton (à l’autre bout de la plage Oreti) afin d’avoir un aperçu de Colac Bay. Escale à Cosy Nook, une superbe petite crique avec trois minuscules anciens cottages de pêcheurs et dont le paysage m’a fait penser à des vues de l’Écosse ou de l’Islande. Nous avons également foulé la Gemstone Beach de Orepuki où comme son nom l’indique il est possible de trouver de jolies gemmes. Et nous avons gravi la minuscule colline de Monkey Island,  accessible seulement à marée basse. Les maoris utilisaient l’île comme point d’observation pour repérer les baleines franches australes. Nous avons fini notre balade par un passage rapide à Tuatapere, village situé en bordure du parc national du Fiordland. C’est à quelque kilomètres du village que commence le Hump Ridge Track, une jolie balade de trois jours dans la zone la plus au sud du Fiordland. Durant mes deux mois à la ferme, j’ai également été visiter Te Anau pour un premier aperçu du Fiordland et passer quelques jours à Queesntown. Le détail de mon travail à la ferme et de mes visites a suivre dans les prochains articles. 

Overview Chapitre II

La terre du bout

Au pays des Hobbits

Marcher dans les pas de Frodo à travers Hobbiton et retrouver l’ambiance des films de Peter Jackson.

Aperçu de Doubtful Sound

Accompagner Alan pour un aller-retour à Doubtful Sound et découvrir le fjord sous la pluie.

La ville reine

Deux jours magnifiques à Queenstown, la capitale de l’aventure et station de ski du pays des Kiwis.

Un mois d’avril mi-figue mi-raisin

De retour sur l’île du Nord, je fais face à quelques difficultés, visite les environs de Wellington et affronte le mauvais temps sur le Taranaki.

Autour du Tongariro

Parcourir pendant quatre jours les massifs volcaniques du centre de l’île du Nord.

Les mains dans les kiwis

Mes derniers mois en Nouvelle-Zélande. Empaquetage de kiwis, découverte de White Island et moments joyeux.

2 réponses

  1. Bonjour er merci de partager tes expériences ici !
    Ton expérience dans cette famille kiwi fermière est super et m’intéresse beaucoup! Étais tu rémunérée pendant ces 2 mois la bas? Je serai intéressée s’il te plait par leur contact pour y travailler cet hiver si c’est possible.
    Merci d’avance!
    Marjorie

    1. Bonjour Marjorie ! Merci de ton commentaire. Cela me fait très plaisir que tu trouves de l’intérêt dans ce que j’écris :). Oui j’étais rémunérée. Le salaire n’était pas très élevé mais comme j’étais logée et nourrie ce n’était pas bien grave. Je ne sais pas si ils ont besoin de quelqu’un cet hiver. Je vais les contacter via facebook et je te donnerais leur contact ensuite. A très vite !

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À propos

Claire Blumenfeld. La trentaine. Passionnée de nature, voyages et découvertes. J’observe le monde, la vie autour. Je cherche des réponses sur moi-même. Entre carnets, photos, vidéos et notes, voici les chapitres de ma vie. Le récit de mes errances.

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