Carnets de voyages et récits de transition vers un avenir éthique et durable

Je m’appelle Claire Blumenfeld et je tiens Peregrinus Mundi depuis 2015. Ce site suit mon évolution dans la vie sous forme de chapitres. Les chapitres I à VI présentent principalement des récits de voyage et photographies. Le chapitre VII suit ma démarche de transition vers un mode de vie basé sur l’écologie et le bien-être à travers trois approches qui m’intéressent particulièrement, la permaculture, l’herboristerie et l’éco-construction.

Vivre et travailler dans le Fiordland
Passer l’été à Te Anau et travailler en tant que femme de ménage et serveuse.
Te Anau, Fiordland, Île du Sud, Nouvelle-Zélande © Claire Blumenfeld
CARNET

Ne vous fiez pas aux apparences, la grande majorité du temps à Te Anau, il fait mauvais temps. Surtout cette année. D’après les dires des habitants, cet été est particulièrement mauvais. depuis que je suis arrivée en Octobre, je vois défiler tout un tas de ciel avec des variations de gris incroyables. J’ai fait l’expérience de la pluie fine, de la pluie torrentielle, de la grêle et même de la neige. J’ai eu froid, très froid, transpercée par des rafale de vent à déraciner les arbres de la forêt derrière le camping où je vis. Et quelque fois, par moments fugaces, j’ai vu apparaître le soleil. C’est pas tout à fait l’été que j’attendais. Alors quand le soleil daigne enfin montrer son nez, la vie prend une couleur différente.

La vie à Te Anau est tranquille. Le paysage qui m’entoure avec vue sur le lac et les montagnes du Fiordland est un délice permanent pour les yeux. Le village est bien situé que ce soit pour accéder aux randonnées de la région ou à Milford Sound, Doubtful Sound, Queenstown, Invercargill, les principales destinations du coin. Les touristes ne sont pas trop visibles malgré le fait qu’ils composent 80% de la population. La petit bourgade qui ne vit principalement que du tourisme, s’étire le long des rives du lac Te Anau en bordure du parc national du Fiordland. D’un coté, les prairies à moutons. De l’autre, les montagnes recouvertes d’hêtres néo-zélandais. Le lac semble marquer la délimitation entre la civilisation et la vie sauvage. À Te Anau, on trouve beaucoup d’hôtels et campings, quelques restaurants dont un nommé le Fat Duck, une pelleté d’agences de tourisme vendant des croisières dans le Milford Sound et le Doudtful Sound (les deux principaux fjords du coin), un hélicoptère et un hydravion proposant des vols d’une heure à des prix à vous faire sortir les yeux de la tête, une bibliothèque avec le meilleur wifi de la Nouvelle-Zélande et un minuscule observatoire à truites. Il y a de quoi faire. Sauf si vous êtes adepte des boites de nuit ou de la vie nocturne. Ça, vous trouverez pas à Te Anau. Je me suis acheté un vélo d’occasion pas cher qui me sert de monture en permanence. C’est mon meilleur ami. Sauf qu’il grince comme pas possible quand je pédale, mais c’est pas bien grave. On se balade dans les environs quand il daigne faire beau pendant plus d’une heure, il m’emmène et me ramène du restaurant où je travaille les soirs et il me sert de muscles pour transporter mes sacs de nourriture quand je vais faire mes courses au seul supermarché du coin. La vie est belle.

Mieux vaut ne pas laisser sa nourriture sans surveillance dans la cuisine de West Arm. Une seconde d’inattention et votre repas a disparu, engloutit par un couple de moineaux voraces ayant fait de l’espace à cuisiner leur territoire de chasse. La lodge où j’habite depuis que je suis arrivée à Te Anau est située au bout du camping Lakeview Holiday Park dans un coin paisible. Baptisée West Arm en référence au nom d’un des bras du lac Manapouri, elle s’articule en six blocs autour d’un espace commun abritant la cuisine et le lounge. Les bâtiments sont en bois, un peu surélevés par rapport au sol et entourés de tout un tas d’arbustes et plantes en fleurs. C’est champêtre et agréable à vivre. La cuisine est une grande salle remplie d’étagères, frigos, ustensiles de cuisine et plaques chauffantes dont les fenêtres et portes sont toujours ouvertes. Bien sûr, il n’a pas fallu longtemps aux oiseaux des environs pour comprendre que c’est la caverne d’Alibaba. Tous les petits moineaux du coin viennent se nourrir ici. Leur comportement est extraordinaire. Ils ont appris à ne pas se fracasser contre les vitres et à rentrer et sortir par les espaces ouverts. Quand une des portes vitrées donnant sur l’extérieur est fermée, eh bien ils s’en rendent compte ! C’est incroyable de les voir sautiller devant la porte comme s’ils essayaient de me faire comprendre qu’il faut l’ouvrir. Et puis, ils sont tout le temps là, à sautiller aux quatre coins de la salle, à picorer toutes les miettes abandonnées, à voleter au dessus de ma tête presque en vol stationnaire pendant que je cuisine et à pousser des petits cris qui semblent dire “donne moi tes miettes”. Certains clients du camping n’aiment pas le fait que la cuisine soit remplie d’oiseaux. Moi je trouve que cela ajoute du charme à l’endroit. Et puis, c’est fascinant d’observer le comportement de ces petits oiseaux.

C’est la première fois que je vis et travaille dans un camping. Avant ça, il ne me serait jamais venu à l’idée que l’on pouvait habiter en permanence dans un espace de vacances. Pour l’anecdote, l’équipe de tournage et les acteurs du Hobbit, la trilogie de Peter Jackson, ont logé dans le parc, dans le bloc cinq étoiles nommé Marakura, lorsqu’ils sont venus il y a quelques années tourner dans les environs. Vivre au même endroit que l’équipe du Hobbit, ça fait plaisir quand même ! La plupart du staff saisonnier vit dans le lac West Arm. Ma petite chambre est située dans le bloc nommé Chalky, du nom d’une petite île au sud de la Nouvelle-Zélande. La première fois que je suis rentrée dans ma chambre, je me suis dis que c’était vieillot, petit et pas très propre. Puis j’ai fait le ménage, j’ai rangé mes affaires et je me suis habituée. Et le lit est confortable. Il en faut peu pour être heureux.

Caca de cheval en self-service sur le bord de la route. Pour seulement deux dollars vous avez le droit à un gros sac remplit de déjections animales pour vous servir d’engrais pour votre jardin. C’est pas cher, biodégradable et sans cochonnerie chimiques. Aujourd’hui il fait beau. Ce qui me change des dix derniers jours au temps catastrophique. J’en profite pour aller faire un tour de vélo autour du village. La pancarte se trouve sur le bord de la route derrière la toute petite zone industrielle. Tous les jours, le petit garçon de la ferme à coté récupère avec sa pelle et brouette les déjections du cheval broutant dans son petit enclos. Il est grandement productif, le cheval ! Je ne sais pas si l’affaire est rentable, mais vu le nombre de fermes et jardins dans les environs, je pense qu’il doit y avoir des acheteurs. Des pancartes avec engrais, légumes ou produits de la ferme en libre-service, il y en a un peu partout en Nouvelle-Zélande. Cela me rappelle le Japon où c’était aussi le cas. Je suis toujours étonnée par la confiance qu’ont les gens pour laisser leurs produits sans surveillance. À Te Anau, malgré les hordes de touristes venant des quatre coins du monde, les locaux n’attachent pas leurs vélos ou laissent les portes de leur maison non-vérouillées. Ce sentiment de calme et de confiance est très agréable.

Ce matin je me réveille à 8h, l’esprit un peu embrumé d’un rêve dont je ne me souviens pas. Il me reste à peine trente minutes pour me préparer et avaler un petit-déjeuner rapide. Je quitte West Arm et traverse le parc sous une pluie fine pour rejoindre le petit bureau de l’équipe d’housekeepers. Le ciel est couvert. Lill, Veronica, Joy et Summer sont déjà là comme d’habitude. Je jette un coup d’oeil à la répartition des équipes. Encore West Arm ! Depuis quelques semaines je passe la majorité de mon temps à nettoyer West Arm. Grosse journée en perspective. Alex, Joy, Tim et moi avons cinquante chambres à nettoyer à West Arm (plus six salles de bains, une dans chaque bloc, la cuisine et les deux lounges) et treize Standard Cabins à faire. Les quatre autres équipes sont elles aussi pleines de travail.

Alex part à pied tandis que Tim, Joy et moi embarquons à bord de Grandma’s car, une vieille voiture automatique dont le revêtement du plafond part en petits bouts. Nous traversons le parc à vitesse réduite. Comme à son habitude, Alex attaque le nettoyage des salles de bain, ce qui m’arrange, n’étant pas ma partie préférée. Je me rends au bloc Bauza et commence à défaire les lits des chambres dont j’ai la clé. Dix chambres sont encore occupées dans mon bloc. Il est 9h, les occupants ont jusqu’à 10h pour vider les lieux. Je file un coup de main aux autres et nous commençons à refaire les lits et nettoyer les chambres. Faire une chambre à West Arm n’est censé selon les ordres ne prendre que six minutes. À moins d’être un robot, c’est rarement le cas. Plus le client paie cher, plus le temps de nettoyage est long. Dans le bloc cinq étoiles, où les chambres sont de véritable studios, le nettoyage prend 1h30 environ par chambre.

Il est 10h30, c’est l’heure de la sacro-sainte pause du matin. Quinze minutes de repos afin de se boire l’immanquable thé et de se grignoter quelque chose pour se donner des forces pour la suite. Sur les cinquante chambres à West Arm, nous n’en avons fait que trente. Et les treize Standard Cabins nous attendent. J’ai des doutes sur notre capacité à finir le nettoyage pour 2h, l’heure de l’ouverture du check-in. De retour à West Arm, je nettoie le sol des chambres avec Archi l’ancien, un vieux aspirateur qui n’aspire pas grand chose et qui a le don de se coincer dans les endroits improbables. Nous finissons les dernières chambres et filons à toute vitesse en direction des Standard Cabins, laissant Alex à ses salles de bains.

Rebelotte de nouveau. Défaire les lits, refaire les lits, nettoyer les tables et fenêtres et passer l’aspirateur. Un cycle inaltérable. J’ai des gerçures sur les mains qui me font mal à cause du froid et de l’utilisation des produits de nettoyage. Et j’ai l’estomac qui crie famine malgré la barre de céréale de la pause du matin. Un rayon de soleil illumine soudainement le parc et l’ambiance change instantanément. Nous arrivons à finir les treize Cabins pour la pause repas. Trente minutes à peine pour avaler un repas rapide. Tout le staff débarque dans la cuisine de West Arm pour se faire des tartines ou réchauffer au micro-ondes un plat préparé précédemment. Ça parle anglais, tchèque et notamment français avec Manu et Quentin. Je retourne au bureau où les équipes se modifient un peu pour aller aider ceux à qui il reste encore des chambres à nettoyer. Le check-in étant à 2h, il reste à peine une demie-heure pour tout finir. Soit-disant. La plupart du temps les chambres sont finies pour 3h de l’après-midi.

Nous retournons à West Arm. Tim donne un coup de main à Alex pour finir la dernière salle de bain tandis que Joy et moi nettoyons la cuisine. Qui ressemble un peu à l’enfer sur terre, avec un nombre infini d’assiettes et couverts sales non nettoyés par les clients. Malgré les affiches invitant à nettoyer et ranger ses plats, placardées un peu partout, peu de gens le font. Une fois West Arm fini, nous nous rendons à Luxmore, un autre espace commun au milieu du parc. Pareil qu’à West Arm, les salles de bains, toilettes, cuisine et lounge sont à nettoyer. Il est 3h, nous sommes les premiers arrivés, la cuisine est pour nous. Les deux autres espaces communs du parc, Kepler et Coronation sont en train d’être nettoyés par les autres équipes. Je soupire, fatiguée et lassée de devoir de nouveau nettoyer une autre cuisine. Mais c’est comme ça. La première équipe arrivée à Luxmore commence par la cuisine. Trente minutes plus tard, Jordan, Quentin et Stephanie débarquent. Ils viennent de finir Kepler. Ils attaquent les salles de bain et toilettes des femmes. Suivi par Manu, Summer et Sarah qui se lancent dans le nettoyage des salles de bain et toilettes hommes. Veronica, Natasha et Sophie arrivent un peu après pour nettoyer la blanchisserie, le barbecue et le spa. La journée se finie enfin vers 5h. Dernière tâche, remplir les produits de nettoyage dont les bouteilles sont vides. Je note mes heures sur ma feuille de présence. Et je rentre un peu fourbue dans ma petite chambre à West Arm. 

Le travail n’a rien de bien compliqué. Mais il n’a rien de bien extraordinaire non plus. Les jours se suivent et se ressemblent. L’équipe est sympathique sans être extraordinaire. En plus du travail en journée au parc, je travaille également quatre à cinq soirs par semaine au sein du Kepler restaurant. La carte est principalement axée sur des poissons et fruits de mer avec quelques plats à base de viande et quelques spécialités chiliennes, le propriétaire/chef étant chilien. La nourriture est très bonne et la présentation des plats extraordinaire. En contrepartie, le restaurant est tout le temps plein et le rythme est rapide et fatiguant. Le travail est intéressant. C’est la première fois que je travaille comme serveuse au sein d’un restaurant et j’aime beaucoup. L’ambiance est bonne, l’équipe est agréable, la nourriture est délicieuse et les clients (la plupart du temps) très sympathiques. La majorité viennent des quatre coins du monde et c’est toujours très intéressant d’échanger sur nos voyages respectifs. Je finis généralement à 10h du soir. Entre mes deux emplois, je n’ai pas le temps de faire grand chose. Le temps défile et la routine s’installe. Un peu trop à mon goût. Pendant mes jours de repos, je me balade généralement dans les environs, je squatte le wifi de la bibliothèque (le plus rapide du pays) et je déjeune chez Mile’s pies, un minuscule magasin qui fait les meilleurs tartes fourrées du coin. 

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29 octobre 2016

Textes et photographies par Claire Blumenfeld

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