Carnets de voyages et récits de transition vers un avenir éthique et durable

Je m’appelle Claire Blumenfeld et je tiens Peregrinus Mundi depuis 2015. Ce site suit mon évolution dans la vie sous forme de chapitres. Les chapitres I à VI présentent principalement des récits de voyage et photographies. Le chapitre VII suit ma démarche de transition vers un mode de vie basé sur l’écologie et le bien-être à travers trois approches qui m’intéressent particulièrement, la permaculture, l’herboristerie et l’éco-construction.

À travers le Kansai
Découverte d’Osaka et Nara puis weekend sur le Mont Koya-san avant de revenir à TYK pour fêter le hanami.
Osaka, Honshu, Japon © Claire Blumenfeld
CARNET

Après Kyoto et Takayama Matsuri, je me rends à Osaka et Nara. Osaka est une gigantesque métropole portuaire, coeur de la région du Kansai. Ville ouvrière et centre de commerce important, recouverte principalement de buildings en béton, Osaka dégage une âpreté qui tranche avec l’atmosphère de Kyoto. C’est à Osaka que s’effectuèrent les premiers contacts avec la Chine et la Corée. Lors de l’époque du shogunat des Tokugawa (1603 à 1867), la ville était le centre économique du Japon. Aujourd’hui détrônée par Tokyo, Osaka demeure quand même une des villes les plus actives du pays.

Une chose m’a marqué lors de ma visite assez courte d’Osaka, c’est une ambiance à la fois calme et active. À l’exception des quartiers du centre, plein d’activités, le reste de la ville semble être un peu endormi et vieillissant. Mon auberge de jeunesse était située dans un des quartiers proches du port, dans une rue commerçante couverte, mais peu importe l’horaire de la journée, le lieu était toujours très calme et presque vide. Autre fait remarquable : plein de petites tortues toutes mignonnes se trouvent dans tous les lacs et mares de la ville.

Le premier lieu que j’ai visité fut le sanctuaire shintoïste Sumiyoshi Taisha dans un quartier un peu vieillissant. Dédié au divinités de la mer, ce superbe sanctuaire fut fondé au IIIème siècle (les bâtiments d’aujourd’hui sont des répliques des originaux). Son intérêt vient de son style architectural datant d’avant l’influence bouddhique chinoise. Je trouve que les bâtiments ont quelque chose de « viking » dans leur apparence : toits en paille et décoration en x. J’ai aussi pu observer une procession pour un mariage traditionnel, de l’extérieur du sanctuaire au hall principal, menée par un groupe d’une dizaine d’hommes en costumes chantant et dansant. En repartant j’ai dégusté de petites gourmandises originaire d’Osaka faites de pâte chaude et moelleuse. C’était très bon.

Mon estomac criant toujours famine, j’ai ensuite mis le cap sur le quartier Dôtomburi, rempli de restaurants, de bars, de théâtres, de salles de pachinko (mélange de flipper et de machine à sous) et d’échoppes toutes plus clinquantes les unes que les autres. L’ensemble fait très kitsch et semble avoir du mal à resister au temps qui passe. Les rues bruissent cependant d’animation. Je déjeune un petit bol de riz avec boeuf grillé et oignons verts et en dessert, une gauffre avec fruits, crème et glace vanille. Probablement le meilleur repas que j’ai mangé au Japon. Visite rapide du petit musée très intéressant sur le Bunraku. Originaire d’Osaka, le Bunraku est un type de théâtre japonais datant du 17ème siècle où les personnages sont interprétés par de grande marionnettes manipulées à vue. J’ai presque envie d’assister à une représentation mais le prix me refroidit.

Pour finir ma journée, je me rends au Chateau d’Osaka. La structure originelle fut édifiée en 1583 par Toyotomi Hideyoshi, après avoir réalisé l’unification du Japon (1590). Le chateau fut détruit et entièrement reconstruit deux fois. La structure actuelle, en béton date de 1931. Le château est très joli et abrite d’intéressantes collections. Mais le nombre trop important de touristes conjugué à un mal de crâne m’empêche d’apprécier pleinement la visite. Je fait le tour rapidement et ressort déguster de très bons dangos dans les jardins du château.

Le lendemain je prends le train pour me rendre à Nara. La ville fut la capitale du Japon au 8ème siècle et comprend huit sites inscrits au Patrimoine mondial de l’Unesco. De taille modeste et ayant été épargnée des destructions, Nara comprend un nombre importants d’édifices d’origine et un centre-ville ayant conservé ses maisons traditionnelles.  Une grande partie de la ville est constituée d’un très grand parc où déambule plus de 1000 daims (considérés comme des animaux sacrés). L’atmosphère est tranquille mais, encore une fois, après le faste de Kyoto, j’ai du mal à être émerveillé par ce que je vois. D’autant plus qu’il fait gris avec un très fort vent froid.

Les deux plus belles visites sont le Kasuga Taisha et le Tôdai-ji. Le Kasuga Taisha est un magnifique sanctuaire shintoïste fondé au 8ème siècle. L’allée menant au temple ainsi que son intérieur sont remplis de lanternes. Une fête des Lanternes est d’ailleurs organisée deux fois par an, en février et en août. Situé en bordure du grand parc au centre de Nara, le sanctuaire possède de magnifiques bâtiments aux couleurs rouges, gris et or. Je me balade tranquillement émerveillée par le lieu. Un des couloirs du sanctuaire est plongé dans l’obscurité et éclairé par des centaines de lanternes. J’ai l’impression de me retrouver en pleine nuit entourée de lanternes flottantes. En ressortant je dirige vers le Tôdai-ji, tout en me baladant à travers le parc. Le Tôdai-ji est un gigantesque temple bouddhiste abritant le célèbre Daibutsu (Grand Bouddha) de Nara. Celui-ci se trouve au sein du Daibutsu-den (salle du Grand Bouddha), gigantesque édifice en bois de presque 50m de haut. Le Daibutsu à l’intérieur, pèse 437 tonnes de bronze et 130Kg d’or pour une quinzaine de mètres de haut. Il s’agit d’une représentation du Bouddha Vairocana (bouddha majeur). Difficile de ne pas être impressionné par la taille et la puissance que dégage le Grand Bouddha. Il est tellement grand que je n’arrive pas à le prendre entièrement en photo. D’autres bouddhas plus petits (mais toujours de tailles impressionnantes) ainsi que deux gardiens Niô se trouvent également dans la salle. Le gardiens Niô sont deux superbes sculptures célèbres en bois qui furent taillées au 13ème siècle par le sculpteur Unkei. Les Niô sont des divinités gardiennes des temples bouddhiques installées de chaque coté de l’entrée principale et capable de chasser les mauvais esprits. L’ensemble des sculptures dégagent une puissance et un mysticisme impressionnant. C’est juste dommage que la visite soit, encore une fois, gâchée par le flot de touristes ininterrompu. Vaincue par le froid, je me réfugie ensuite dans le train pour rentrer à Osaka. 

Le lendemain, je prends le train pour rejoindre Kôya-san, monastère-village de 117 temples bouddhistes perchée à 800m d’altitude, dans la préfecture de Wakayama au sud d’Osaka. C’est le centre du Shingon Bouddhisme, une importante secte introduite au Japon en 805 par Kobo Daishi (ou Kukai), un des prêtres les plus connus du Japon. Une figure que j’ai déjà croisé lors de mon passage sur Shikoku. À son arrivée à Koya-san, Kobo Daishi construisit un temple qui est maintenant le siège général de la secte ainsi que le point de départ du fameux pèlerinage des 88 temples de Shikoku. Aujourd’hui plus d’une centaine de temples enveloppent le petit village au sommet de la montagne et un immense cimetière l’Okuno-in, auberge les pierres tombales de samouraïs, de personnalités connus et de gens ordinaires à l’abris d’une forêt de cryptomérias centenaires.

Le petit village vit tranquillement perché en haut du monde. Pas grand monde à part quelques groupe de pèlerins portant tous le chapeau traditionnel caractéristique. Je déambule au milieu des maisons et temples et sanctuaires à l’architecture magnifique.  

En fin d’après-midi, je mets le cap sur le cimetière, l’Okuno-in. La balade est tranquille et j’observe les statues et statuettes parfois habillées de bonnet ou bavoirs rouges. Ces statuettes Jizô, sont dédiées à la protection des défunts et notamment aux enfants morts-nés. Au centre de la forêt se trouve le temple de Kobo Daishi et sa tombe. Plusieurs personnes sont venues se recueillir. Avec la tombée de la nuit, les lanternes s’allument dans le cimetière lui conférant un aspect presque vivant. Un fantôme ou yokai apparaitrait devant mes yeux que je ne serais pas surprise. Marcher à travers le village et le cimetière c’est marcher dans l’histoire. C’est marcher au milieu des fantômes. C’est se laisser infuser par la foi et la puissance de la nature.

Je passe la nuit dans un temple shukubo où je dine en compagnie des autres convives d’un cuisine traditionnelle végétarienne des moines (shojin ryori) et assiste à la cérémonie des prières matinale. L’expérience est très intéressante. Avant de quitter le temple, les moines nous offrent un petit bracelet tressé de différentes couleurs, symbole de bonheur, santé et chance. 

Je passe ma deuxième journée à Koya-san par longer la route traversant les petits villages des environs. Premier arrêt, le Danjo Garan.

Lorsque Kobo Daishi fit du mont Koya un monastère, ce complexe fut le premier à être construit. Kobo Daishi lui-même contribua à niveler le sol et donna de sa personne pour édifier les tours et les pavillons qui allaient former le cœur de l’enseignement bouddhique dans ces montagnes. Le Danjo Garan est censé représenter le monde fabuleux décrit dans le mandala du Monde de la matrice. En prenant le Kongobuji comme le tout et en convergeant vers le mont Koya, le Danjo Garan forme le noyau de cette zone. Avec Okunoin, où Kobo Daishi est passé dans l’autre monde, c’est l’un des principaux sites historiques du mont. – source

Non loin se trouve le Konpon Daito.

Kobo Daishi et son successeur Shinzen Daitoku consacrèrent une grande partie de leur vie à la construction de cette superbe pagode, qui dura de 816 à 887. Pour Kobo Daïshi, cette pagode était une représentation de l’univers et, en tant que principal dojo de l’école Shingon, fut appelée Konpon (principal) Daito. Cette pagode est supposée être la première du Japon à disposer de deux étages carrés. – source

Les lieux sont absolument magnifiques avec les pagodes rouge vermillon qui illuminent le paysage malgré le temps gris. Je continue ma balade pour arriver la majestueuse porte Chumon, porte d’entrée du temple Dai Garan Kongobu-ji. Quatre magnifiques statues de gardiens-roi me surplombent : Jigokuten, Tamonten, Komokuten et Zochoten. Ils sont splendides et très expressifs. Je déjeune dans un minuscule restaurant avant de m’en retourner à Koya-san. 

Je m’en retourne ensuite à Tajimi pour prendre part au hanami de TYK. Je retrouve l’équipe que j’ai quitté quelques semaines pour tôt pour une dernière soirée en compagnie de tout le monde. Cela me fait plaisir de retrouver mes “collègues” de travail. Avec la fleuraison des cerisiers, il est traditionnel de faire un “hanami” sorte de pique-nique à l’extérieur généralement en dessous d’un cerisiers en fleur. C’est un événement collectif et social très apprécié des Japonais.

La soirée se déroule tranquillement et pleine de bonne humeur. Je raconte mes excursions à Takayama, Kyoto, Osaka, Nara et Koya-san. Tout le monde est très content de me retrouver. Hélas la soirée passe trop vite et je m’en retourne pour une dernière nuit dans le dortoir de TYK où les très gentils propriétaires sont très contents de me revoir. Demain je mets le cap vers le mont Fuji pour une dizaine de jours dans un dernier wwoofing au Japon.

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1 mai 2016

Textes et photographies par Claire Blumenfeld

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Yufuin, Kyûshû, Japon © Claire Blumenfeld

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TYK, Tajimi, Honshu, Japon © Claire Blumenfeld

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Kyoto, Honshu, Japon © Claire Blumenfeld

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Osaka, Honshu, Japon © Claire Blumenfeld

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Kyoto, Honshu, Japon © Claire Blumenfeld

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