Entre traditions et modernité. Voyage au Japon de Novembre 2015 à Avril 2016.

Kyoto, exubérances colorées

Exploration photographique de Kyoto lors d’une semaine pleine d’émerveillement.
19 avril 2016
Kyoto, Honshu, Japon © Claire Blumenfeld
CARNET

J’ai quitté TYK et mis le cap sur Kyoto, l’ancienne capitale du Japon. C’est la pleine saison des cerisiers en fleurs et le moment moment pour visiter la ville magique. Temples, sanctuaires, architecture d’autrefois, geishas, traditions ancestrales, Kyoto est la ville d’un temps révolu. Venue il y a quelques jours lors de mon dernier jour de travail à TYK, j’ai hâte de remettre les pieds au milieu des rues remplies d’histoire. Mais le printemps et les cerisiers attirent les touristes et les ruelles de Kyoto grouillent de monde. Chaque temples, sanctuaires, attractions est rempli d’une foule compacte.  Cela me désenchante un peu mais c’est comme cela. Il va falloir faire avec. 

Je suis restée plus d’une semaine à Kyoto et j’en garde le souvenir d’un mélange de couleurs chatoyantes, de magnifiques kimonos, de très beaux bâtiments, de certains moments de grâce absolue mélangés à un brouhaha permanent, d’une identité en disparition et de plus en plus d’immeubles grignotant la ville et sa particularité. 

Sanjûsangen-dô et ses 1001 statues et le quartier Ponto-cho

Sanjusangendo est un des premiers lieux que j’ai visité. c’est un magnifique temple bouddhique dont le long bâtiment en bois principal abrite 1001 statues de la déesse de la compassion Kannon. Une immense statue de Senju Kannon est posée au centre entourée d’une infinie de petite statues. C’est très impressionnant à voir. La structure originale du bâtiment fut bâtie en 1164 et détruite par le feu au 13ème siècle avant d’être reconstruite de nouveau. Les extérieurs du temple sont remplis de cerisiers en fleurs. 

Le quartier Ponto-cho s’étire le long du canal Takasegawa et de la rivière Kamo. C’est le lieu des restaurants, bars, ochaya (maison de thé) et izakaya (guinguette minuscule). Très animé en soirée et rempli de touristes, j’ai néanmoins beaucoup apprécié l’ambiance des petites ruelles où le passé ne semble jamais bien loin.

Le temple Kiyomizu-dera

Un sanctuaire shinto et un temple bouddhique se partagent l’enceinte du Kiyomizu-dera. C’est une des visites les plus populaires de la ville. J’essaye de m’y rendre le matin espérant échapper à la foule des touristes mais c’est peine perdue. Le temps est gris mais la beauté des bâtiments m’éblouie. Le bâtiment principal est d’ailleurs classé au Patrimoine de l’Unesco depuis 1994. Des allées commerçantes où de petites échoppes et attrapes-touristes se partagent l’espace mènent à une très belle porte principale dévoilant le Kiyomizu-dera. Je m’attarde d’abord dans le sanctuaire Jishu-jinja, dédié à l’amour et aux rencontres, fascinée par ses couleurs rouges et motifs. Puis j’explore le temple. Construit en 780, le temple principal est construit à flanc de montagne et sur pilotis et semble flotter dans l’air. La vue sur la ville est très belle. De nombreuses personnes font des offrandes un peu partout et j’observe les jinrikisha, les pousse-pousse, en tenue traditionnelle. 

Le temple Kodai-ji et sa petite bambouseraie

Un peu à l’écart de l’animation touristique, le temple Kodai-ji semble un petit havre de paix. Dédié à la branche Rinzai du bouddhisme zen japonais, le temple abrite de très beaux jardins remplis d’érables qui illuminent les lieux (surtout en Automne). Une petite bambouseraie m’offre un moment de calme et de contemplation et j’observe deux jeunes femmes dans de superbes kimonos rouges. 

Animations et Hanami au sanctuaire Yasaka et parc Maruyama

Le parc Maruyama est rempli d’animations et de japonais venus célébrer le Hanami. D’immenses cerisiers tapissent le parc en dessous desquels une foule s’entasse pour célébrer l’arrivée du Printemps et observer la floraison des cerisiers. Un très beau sanctuaire, le Yasaka-jinja dédié à Susanô, le dieu des océans est lui aussi le lieu de nombreuses festivités. Concerts de musiques traditionnelles, animations, stands de nourriture. 

Spectacle de danse devant le sanctuaire Heian

Le battement des tambours attire mon attention alors que je progresse vers l’entrée du sanctuaire Heian. Une estrade a été monté à l’entrée et plusieurs écoles sont en train de s’affronter sur des spectacles de danse. L’école qui aura recueilli le plus de votes de la part du public sera vainqueur. Les danses sont extraordinaires. Mélange de mouvements de gymnastiques, danse et arts martiaux, les jeunes danseurs sont tous très bons. Et leurs costumes sont tous plus beaux les uns que les autres. Dur dur de choisir. 

Dans la lumière du jour qui décroit, j’explore les prémices du magnifique sanctuaire Heian. Un immense Torii rouge délimite son enceinte. Une grande cour et quelques cerisiers mettent en valeur le superbe bâtiment au couleurs rouges. Sanctuaire shinto érigé en 1895, le lieu tire son nom de la période Heian dans l’histoire du Japon, lorsque Kyoto étaie encore capitale impériale. Dans le crépuscule qui approche, le lieu semble émaner une aura bien particulière. 

Fushimi Inari Taisha

Extrêmement connu et donc très touristique, le superbe sanctuaire Fushimi Inari Taisha est le plus grand sanctuaire shinto du Japon. Dédié à la déesse du riz Inari et à la richesse, le sanctuaire fut bâti en 711. Le lieu est particulièrement impressionnant du fait du nombre énorme de torii s’étirant le long d’un sentier tracé dans une petite vallée. Un portique marque normalement la rupture entre le monde normal et le monde du sacré. Mais les 10.000 portiques du sanctuaire ont été financé par des hommes d’affaires ou des sociétés et s’apparentent donc plus à une forme de publicité. Chaque torii porte le nom de la personne qui l’a financé ainsi que sa date de pose. Les lieux sont très beaux et bien que très fréquentés j’arrive à faire la balade le long des portiques dans une ambiance tranquille. Certains sont en meilleur état que d’autre mais la répétition des formes et la couleur rouge forme un paysage très graphique propice aux photos. 

Arachiyama et sa bambouseraie

Un peu à l’extérieur de Kyoto, se trouve la bambouseraie d’Arashiyama. Extrêmement connue elle aussi, la forêt de bambous attise les imaginaires. Mais je ne peux m’empêcher d’être déçue par la taille de la bambouseraie. À peine 500 mètres de traversée et la visite se finie. Un peu court. Mais la beauté des reflets sur les troncs, les motifs répétés et le froufrou doux des feuilles au gré du vent déposent quand même une atmosphère assez magique au lieu. Considérée comme symbole de force et permettant de repousser les esprit, le bambou est un symbole important dans la mythologie japonaise. 

Le temple du pavillon d’or

De beau matin je me rends au Kinkaku-ji, le temple bouddhiste Rokuon-ji au nord de Kyoto. Inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1994, le lieu est très très célèbre et attire les touristes comme une lumière dans la nuit. Il est surnommé le Pavillon d’Or pour ses façades couvertes de feuilles d’or. Bâti fin 14ème siècle, le pavillon a été brulé à de nombreuses reprises. 

Le jardin du temple est déjà noir de monde et je renonce presque à la visite. Il faut jouer des coudes pour avancer et chaque millimètres d’espace vide est immédiatement pris d’assaut par des touristes passant des temps infinis à se prendre en selfie ou avec toute la famille. Je fais le tour du jardin exaspérée par le brouhaha. Toute l’ambiance zen si caractéristique des jardins japonais a disparu. 

Les jardins du temple Ryoan-ji

Fuyant la foule je me réfugie dans les parcs extérieurs du Ryoan-ji. Un autre temple bouddhiste de l’école zen Rinzai. Son jardin de pierres est très renommé mais je ne fais pas la visite un peu refroidie par mon expérience précédente. Je profite des parcs gratuits et relativement calme pour me relaxer. De très beaux cerisiers déposent leurs fleurs jusqu’à la surface de petits étangs. Tout dans le paysage invite à la relaxation. Deux dames âgées habillées de jolies costumes entretiennent les jardins. Plus loin, des écoliers en uniforme et casquettes sur la tête passent en se tenant la main. 

Le sanctuaire Shimogamo jinja

Au nord de Kyoto, se trouve le très beau Shimogamo-jinja. Un des plus anciens sanctuaires shinto du pays, datant du 12ème siècle, classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Un joli Torii et un pont traditionnel marque l’entrée. Les lieux sont calmes et j’apprécie énormément l’ambiance tranquille du lieu. Le sanctuaire comme partout à Kyoto est peint de magnifiques lignes rouges qui lui confère un style indéniable. Tout autour s’étend la forêt « Tadasu no Mori », la « forêt de la vérité », une forêt primitive ayant survécu à plusieurs incendies. 

Le pavillon d’argent et le chemin de la philosophie

Il forte pluie s’abat sur Kyoto pour mes derniers jours dans l’ancienne capitale. Je me lance quand même dans mes dernières visites. Le Ginkaku-ji ou Temple d’argent est un peu triste sous la pluie mais les prémices sont désertes. La pluie a fait fuir les touristes, c’est parfait. Temple bouddhiste fait en bois laqué datant du 15ème siècle, la bâtisse est entourée d’un magnifique jardin sec à l’esthétique épurée. 

Je rejoins ensuite le très connu Chemin de la Philosophie, désert comparé à quelques jours auparavant. Serpentant le long du canal, le entier est bordé de nombreux cerisiers. Il tire son nom du philosophe japonais zen Kitaro Nishida qui s’y baladait lors de sa méditation quotidienne. Sous la pluie le lieu perd un peu de son charme mais au moins j’ai droit à un calme presque absolu. 

La ruelle Shinbashi-dori

Je finis ma visite de Kyoto par le quartier Gion, le coeur de la ville, où je suis déjà passée durant la semaine mais qui est sous la pluie presque vide. C’est le quartier historique. Celui d’autrefois. Où les maisons ont encore leur architecture traditionnelle et où les lanternes de papier éclairent les échoppes. La rue piétonne est bordée de très belles machiya, habitations citadines traditionnelles et d’authentiques ochaya (maisons de thé où les geishas divertissent les clients). Quelques jeunes femmes en jolis kimonos passent. Je me sens plongée dans le passé et une forte tristesse m’envahit. Quel dommage que la modernité efface tout cela. L’âme du Japon, il est là. Dans les traditions ancestrales, dans cette architecture, dans cette façon de vivre. Je reste un long moment sous la pluie à marcher le long du petit quartier préservé. Malgré une horde de touristes bien trop bruyante pour moi, ma visite de Kyoto se sera révélé un petit bijou de beauté et une plongée dans le passé très enrichissante.

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