Carnets de voyages et récits de transition vers un avenir éthique et durable

Je m’appelle Claire Blumenfeld et je tiens Peregrinus Mundi depuis 2015. Ce site suit mon évolution dans la vie sous forme de chapitres. Les chapitres I à VI présentent principalement des récits de voyage et photographies. Le chapitre VII suit ma démarche de transition vers un mode de vie basé sur l’écologie et le bien-être à travers trois approches qui m’intéressent particulièrement, la permaculture, l’herboristerie et l’éco-construction.

Travailler dans une ferme laitière
Détail de mon travail durant deux mois au sein d’une ferme laitière de l’île du Sud.
Ferme laitière dans le Southland, Île du Sud, Nouvelle-Zélande © Claire Blumenfeld
CARNET

Cinq cent quarante vaches de la race “Friesian” (appelées “Holstein” en France) sont présentes sur les terres de la ferme où je travaille. Ce sont des vaches à la robe blanche avec de grandes tâches noires (certaines sont entièrement noires) spécialisées dans la production laitière. Lorsque je suis arrivée, en Août, c’était le début de la saison du vêlage et les génisses commençaient à mettre à bas. C’ est une des périodes les plus chargées de l’année et c’est pourquoi cela demande quelques employés en plus. Jeremy et Julie m’ont donc accueilli chez eux pour deux mois de travail. Ce fut l’occasion de découvrir la vie des néo-zélandais et découvrir le travail à la ferme. 

Travailler dans une ferme laitière, surtout en cette saison, cela veut dire commencer le travail à quatre heures du matin. Une personne rassemble les vaches, qui passent la nuit dans les pâturages, afin de les ramener au hangar où se fait la traite du lait. Pendant ce temps, une autre personne s’occupe de nettoyer la cuve à lait et une troisième s’occupe d’aller vérifier les génisses qui ont mises à bas durant la nuit. Mes premières semaines de travail j’accompagnais Jeremy pour aller vérifier les génisses. Dans la nuit noire, accompagnés d’une torche frontale, nous allions dans les enclos vérifier les nouveaux-nés et noter le numéros des mamans. Pour une ferme laitière, les velles (veaux femelles) sont bien sûr les plus intéressantes. Plus tard dans la journée, nous allions récupérer tous les nouveaux-nés pour les emmener dans une étable où ceux-ci sont séparés en fonction de leur sexe et nourris. Les femelles sont gardées pour grandir et devenir des génisses puis des vaches à leur tour. Les veaux males sont vendus. Certains possédant des gènes de races à viande seront gardés pour devenir des taureaux et servir à la reproduction. La plupart finiront hélas sous forme de viande à burger chez MacDonald’s.

Si la plupart des génisses mettent à bas toutes seules des veaux en bonne santé, certaines délivrent des petits mort-nés ou morts pendant la nuit et d’autres ont du mal à mettre à bas toutes seules. Dans ce cas, Jeremy ou un des autres employés (Ryan ou Krissie) s’occupe de l’accouchement. Cela veut dire mettre la main dans l’utérus de la vache afin de saisir les pattes (avant, de préférence) du bébé et tirer de toutes ses forces pour faire sortir le petit. C’est pas très délicat à voir. Observer une vache meugler de douleur pendant la mise à bas est assez douloureux. Surtout pour une femme. Une mise à bas difficile peut aussi entrainer des complications du coté de la vache. J’ai vu des vaches qui en poussant tellement fort, expulsaient leur utérus à l’extérieur ou qui, à cause d’un mauvais mouvement du petit, se retrouvaient avec un nerf coincé ou abimé. Dans le cas de l’utérus à l’extérieur, il suffit de le repousser avec la main à l’intérieur, en espérant que tout ira bien. Lorsqu’une vache est confrontée un problème de nerf, la plupart du temps, elle se retrouve incapable de marcher. Il faut donc attendre quelques jours pour voir si elle se remettra. Dans  le cas inverse, la logique implacable de l’économie actuelle l’envoie au paradis des vaches. 

Par la suite, je me suis principalement occupée d’aller rassembler toute seule les vaches le matin pour la traite. Vers la fin Septembre, les vaches avaient parfaitement appris ce qu’elles avaient à faire. Elles m’accueillent dans un concert de beuglements, alignées en ligne, en me voyant arriver. Une fois la clôture ouverte, elles se dirigeaient toutes seules tranquillement vers le hangar. Même plus besoin d’aller chasser les retardataires à travers le pré. Ce qui dans la nuit noire, même avec les phares du quad allumées peut être compliqué.

Un des avantages de commencer si tôt, c’est la possibilité d’assister tous les jours au lever du soleil. Durant mon séjour j’ai vu tout un tas de ciel différent et ce fut toujours un émerveillement. Chaque lever de soleil est unique. Le ciel qui se rosit, l’apparition de la lumière à travers la brume, un rayon de soleil sur les champs couverts de gelée matinale… Le court moment où le soleil semble bannir les ténèbres enveloppant le monde et dépose son premier rayon sur la terre apparaît comme une nouvelle naissance. La nature se réveille et j’ai eu l’impression de renaître chaque matin.

Une fois les vaches rassemblées dans la cour extérieur du hangar pour la traite, commence la traite en question. Cela dure généralement de 5h30 aux environs de 8h30. Les vaches sont chargées sur une plateforme tournante où Jeremy, Ryan ou Krissie s’occupent d’équiper les pis des vaches de trayeuses afin de pomper le lait. Une fois la rotation terminée (une quinzaine de minute plus tard par vache),  je m’occupe d’enlever les trayeuses et d’asperger les pis de produit anti-infections. Les vaches sortent ensuite de la plateforme tournante puis rejoignent toutes seules leurs enclos.

Les vaches en conditions normales passent les première suivies des vaches venant de mettre à bas et produisant du colostrum (lait très riche en protéines). Ce lait ne peut pas être vendu et est destiné à nourrir les veaux et velles. Dans un monde parfait, s’occuper de traire les vaches serait un jeu d’enfant.  Bien sûr ce n’est pas le cas puisque par peur, ennui ou caractère les vaches peuvent parfois donner des coups de pattes arrières parce qu’elles refusent que la trayeuse leur soit mise ou enlevée. Cela se produit surtout au début de la saison du vêlage. À la fin de la saison les vaches ont appris la routine et sont donc beaucoup plus dociles. Pendant leur temps passé sur la plateforme, ces très chères ladies nous repeignent les murs et sols d’une jolie couleur brune bouse de vache. Manœuvrer pour équiper ou enlever la trayeuse du pie de ces demoiselles est un travail d’orfèvre : éviter les éclaboussures de bouse fraiche, garder un oeil sur l’arrière train pour surveiller le mouvement révélateur d’une apparition d’un jet d’urine, esquiver rapidement un coup de patte furieux… Il faut être particulièrement vigilant en travaillant avec les animaux. Malgré les barres de protection qui équipent la plateforme, il peut arriver qu’une vache particulièrement inquiète balance un coup de patte très violent. Se prendre un coup de cette puissance dans la main ou le thorax peut être très douloureux. Un matin, une des vaches jeune maman était tellement inquiète qu’elle est montée dans la mangeoire qui entoure le centre de la plateforme (là où les vaches reçoivent de la mélasse et des protéines pendant la traite), ce qui est normalement impossible. La sortir de là fut une affaire compliquée. Ayant utilisé toute son énergie pour pénétrer dans la mangeoire et émotionnellement abattue par la peur, notre vache ne voulait plus bouger. Beaucoup de cordes, sangles et poussages dans tous les sens furent mis en oeuvre pour la délivrer. 

À part la traite qui a lieu tôt le matin et l’après-midi, il faut également s’occuper d’aller nourrir les vaches dans les prairies (leur donner du foin ou de l’herbe), mettre en place de nouvelles clôtures électriques (coups de jus garantis) ou s’occuper de travaux de la ferme. En Nouvelle-Zélande, les déplacements en ferme se font à l’aide de quads (et aussi de motos). Traverser un champ de boue à l’aide d’un quad : fait. Rassembler les vaches à l’aide d’un quad : fait. Mettre en place une clôture électrique à l’aide d’un quad : fait. Le quad, le meilleur ami des agriculteurs. Mais attention à ne pas faire trop l’andouille quand même, le quad est le véhicule qui fait le plus de morts dans le domaine de l’élevage et l’agriculture. En effet ceux-ci ne sont pas très stables et se retournent facilement, piégeant la plupart du temps le conducteur sous leur poids.

En début de matinée et en fin de soirée, Julie et Severna s’occupent de nourrir les veaux. Première étape, aller récupérer le colostrum (lait riche en protéine) au hangar de la traite et le réchauffer un peu. En effet le lait venant des mamelles est naturellement tiède. Il faut donc réchauffer le colostrum issu de la traite avant de le donner aux nouveaux-nés. Deuxième étape, donner le lait aux veaux. Pour ce faire, il faut apprendre aux nouveaux-nés à téter des simili mamelles en caoutchouc. Une fois cela fait, les veaux se nourrissent tout seuls. Il suffit de verser le lait dans le bac aux simili mamelles et les petits se précipitent dessus sans attendre. Severna s’occupe de nourrir la grande majorité des veaux. Cela lui prend généralement deux à trois heures chaque matin et soir. Notamment quand il y a beaucoup de veaux nés durant la nuit ou la journée et à qui il faut apprendre à téter. Severna est toujours accompagnée de son chien, Mick qui prend un plaisir fou à jouer avec Fergus, le chien de la ferme, ou à laper quelques litres de colostrum. Julie s’occupe elle de nourrir une dizaine de veaux ayant des gènes de race à viande (tous avec une face blanche) et donc destinés à devenir des taureaux.

Travailler dans une ferme laitière veut aussi dire moutons. Et oui, la plupart des agriculteurs (quand ce n’est pas leur business principal) possèdent quelques moutons qui donnent naissance à des agneaux à la même période que les vaches. Severna et Graham possèdent quelques brebis et les parents de Jeremy, Jill et Murray possèdent une centaine de moutons.Quelque uns ont été ramenés à la ferme de Jeremy et Julie, ce qui a grandement ravi les enfants. Les deux premiers agneaux furent baptisés Sparkle Princess et Lamb Lamb. Donc en plus des veaux, il a fallu nourrir les agneaux tous les matins et soirs. Leurs petits bouilles duveteuses sont irrésistibles. Un de mes plus beaux moments en leur compagnie fut de m’occuper d’une toute jeune brebis. Celle-ci était née le matin même mais son jumeau (les agneaux naissent généralement par paire) était mort-né et sa maman pas en grande forme. Contrairement aux veaux qui sont séparés rapidement de leurs mères, les agneaux sont généralement laissés aux bons soins de leur maman. Mais la maman semblant incapable de s’en occuper, Severna a récupéré la petite et l’a mise au chaud dans sa cuisine dans une boîte remplie de foin afin qu’elle se requinque. Le soir-même elle était en pleine forme, bêlant à tout va pour montrer qu’elle avait faim. Biberon improvisé et voila en train de la nourrir. Tenir ce petit animal tout tremblant et fragile dans mes mains tout en sentant la force avec laquelle elle aspirait le lait fut une très belle expérience.

Travailler à la ferme pendant les mois d’Août et Septembre m’a également permis d’assister à l’arrivée du Printemps ! Les arbres se sont mis à bourgeonner et les jonquilles sauvages ont éclos un peu partout parsemant le paysage de jolies touches jaunes. Travailler dans une ferme laitière dans le Southland fut une très belle expérience. J’ai appris énormément de choses et j’ai pris grand plaisir à vivre dans une famille néo-zélandaise. Julie, Jérémy, Isla, Carter, Chloe, Severna, Graham, Alan, Jill (maman de Julie), Murray, Jill (maman de Jeremy), Ryan, Krissie, Gin et tout les autres, merci beaucoup d’avoir partagé votre vie et échangé avec moi !

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20 septembre 2016

Textes et photographies par Claire Blumenfeld

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