View of the cows shed in the morning - Dairy Farm - Southland - New Zealand - © Claire Blumenfeld

Travailler dans une ferme laitière dans le Southland

Map of New Zealand - Outline by FreeVectorMaps.comAprès plus d’un mois à arpenter les rues de Dunedin, j’ai quitté la ville le Samedi 6 Août. JMa, la responsable du wwoofing Hare Krishna où j’ai passé mon mois de Juillet m’a déposé à l’arrêt de bus de la compagnie Intercity. Quatre heures environ de transport pour rejoindre Invercargill dans la région du Southland au bout de l’île du Sud où je vais travailler pendant deux mois dans une ferme laitière. J’ai laissé derrière moi mes compagnons de wwoofing et j’ai l’impression, du fait de voyager à nouveau seule, de me sentir un peu fragilisée. Le temps du trajet, je me demande un peu comment va se dérouler le travail (qui est censé être bien fatiguant), comment est la famille chez laquelle je vais vivre, si je vais réussir à les comprendre… bref les habituelles questions inutiles que mon esprit à l’habitude de formuler. Le temps est magnifique et tout en laissant mon esprit divaguer, j’apprécie le paysage des prairies vallonnées. Passage par Gore, la capitale néo-zélandaise de la musique country et de la Truite brune et arrivée en début de soirée à Invercargill. Je suis accueillie par Julie, la jeune femme de la ferme, qui est venue me chercher. Nous sympathisons dans la voiture et Julie me détaille sa famille. Elle et Jeremy, sont les parents de trois jeunes enfants : Isla (bientôt cinq ans), Carter (deux ans) et Chloe (7 mois). Autant dire qu’il va y avoir de l’animation dans la maison. Je distingue rapidement les contours de la ferme dans la nuit qui tombe et nous voila arrivées. Julie me présente à tout le monde et me montre ma chambre. En effet je vais vivre dans la maison avec toute la famille.

Voila pour ce qui est de l’introduction ! Petit saut dans le temps. À l’heure où j’écris ses lignes, mon séjour dans la ferme est fini. Je vais donc vous faire un retour sur ma très belle expérience de deux mois au sein d’une famille Kiwi à travailler dans une ferme laitière dans le Southland.

Vivre dans une famille kiwi

Jeremy, 27 ans et Julie, 24 ans sont des néo-zélandais « born and raised ». La famille de Jeremy est originaire de Drummond, un petit patelin à une quarante de minutes de la ferme. Ses parents, Jill et Murray sont également des agriculteurs. Jill travaille elle aussi pour une ferme laitière et Murray gère une centaine de moutons qui vivent sur les terres de la ferme. Julie est originaire de Te Anau, un village situé dans le Fiordland (sud-ouest de l’île du Sud, à deux heures de la ferme). Ses parents, Jill (oui, Jill est un prénom populaire en NZ) et Alan vivent toujours à Te Anau dans une jolie maison avec une superbe vue sur le lac Te Anau et les montagnes enneigées du Fiordland. Sa maman, Jill travaille au supermarché du village. Son papa, Alan, fut pilote d’hydravion, puis chef cuisinier sur les bateaux de croisière en expédition dans les fjords du Fiordland. Aujourd’hui il travaille pour Tracknet, une société de transport appartenant au Lakeview Holiday Park de Te Anau.

Avant de devenir agriculteur, Jeremy travaillait dans la construction. Mais c’est le travail à la ferme qui l’intéresse vraiment. Il aimerait posséder sa propre ferme mais apparemment à moins d’être très riche ou de se voir léger la ferme familiale, il est très difficile aujourd’hui en NZ, d’acheter des terres pour l’élevage. Julie en plus de s’occuper de enfants et d’aider à la ferme, est en train de finir ses études pour devenir sage-femme. En plus des trois enfants cités précédemment, la maison abrite un jeune chien indomptable nommé Fergus, qui aime vous sauter au visage pour vous dire bonjour et Mr. Perkins, un chat domestique qui préfère les pâtés saveur poulet plutôt que saveur poisson. Vivre en immersion m’a permis de rencontrer une grande partie des membres des deux familles. Tout le monde était très sympathiques, très intéressants et ce fut une très belle expérience.

 

Jeremy et Julie sont des « contractors milkers », ce qu’on pourrait traduire en français par des « entrepreneurs trayeurs ». Cela veut dire qu’ils s’occupent des vaches, du vêlage, des veaux et de la traite du lait. Mais les terres de la ferme et les vaches ne leur appartiennent pas. Celles-ci appartiennent à Graham et Severna, un couple de néo-zélandais dans la cinquantaine, très sympathiques eux aussi, qui vivent dans une superbe baraque, à une dizaine de minutes au bout des terres. Cela fait presque trente ans que Graham et Severna sont agriculteurs. Comme cela demande énormément de travail et de temps, ils ont donc décidé il y a pas longtemps de s’associer à des entrepreneurs trayeurs. Aujourd’hui Graham continue de s’occuper des travaux de la ferme tout en aidant Jérémy tandis que Severna s’occupe de nourrir les veaux.

La maison où vivent Jeremy, Julie et les enfants se situe en bordure des prairies où paissent les vaches. C’est une demeure sympathique sur un seul étage (comme beaucoup de maisons néo-zélandaises). Les pièces à vivre (cuisine et salon) sont situées d’un coté de la maison et ont le soleil le matin. Tandis que les chambres sont situées de l’autre coté et ont donc le soleil en fin d’après-midi. Un joli jardin entoure la baraque. Les grandes baies vitrées des espaces à vivre permettent d’avoir une belle vue sur les champs, l’hangar pour la traite et l’étable des veaux. Derrière la maison, au bout des champs se situe une colline abritant une petite réserve naturelle. (C’est un des seuls endroits en relief du Southland, la région étant principalement plate).

 

Les enfants sont des petits monstres absolument adorables (quand ils ne font pas de caprices, ahahah). Chloe est la petite dernière. C’est un bébé tout mignon, avec des joues à faire fondre les coeurs et deux petits quenottes dans la mâchoire du bas. Elle aime qu’on joue avec elle, sourit et baragouine très souvent. Elle n’aime pas être laissée derrière ou accrochée dans son siège-bébé dans la voiture sans rien faire. Pendant mes deux mois en sa compagnie, je l’ai vue grandir, apprendre, commencer à faire ses dents (deux autres sont apparues dans la mâchoire du haut) et même commencer à marcher à quatre pattes ! Je l’ai aussi vue être pas en grande forme, parce que ce petit bout de chou a apparemment des amygdales beaucoup trop grosses qui lui cause des misères et l’empêchent de manger correctement. Les multiples visites chez le médecin n’ont pas servi à grand chose. Seule une opération pourraient supprimer le problème. Mais comme elle n’est encore qu’un bébé ne pesant pas très lourd, l’opération chirurgicale pour enlever les amygdales n’est pas recommandée. Du coup, c’est un peu le serpent qui se mord la queue.

Isla est l’ainé. Elle va avoir 5 ans, le 29 Octobre. C’est une fillette très jolie, incroyable, pleine d’énergie et très intelligente. Il a suffit de quelques heures pour que j’ai l’impression d’avoir une petite soeur. C’est mon compagnon ninja (ou qui essaye d’être un ninja, parce que pour l’instant elle a pas encore entièrement compris le principe de la discrétion). Mais Isla peut également être une une diva manipulatrice et très autoritaire. Dès que quelque chose ne lui plaît pas, c’est des pleurs à n’en plus finir. Autant dire qu’il y a quelques frictions entre elle et sa maman. Mais je suppose que c’est le cas de beaucoup d’enfants surtout à cet âge là. À part ça, c’est une photographe en devenir (toujours à me piquer mon appareil photo), qui adore vivre à la ferme, raffolant de chocolat et qui va débuter l’école en Octobre.

 

Du coté du sexe opposé, nous avons Carter, un petit bout de deux ans qui vient d’apprendre les mots « non » et « moi » (entres autres). Lui et moi, on est pas de la même espèce, ahahah. Moins familier avec moi que les fillettes, Carter adore son papa et apprécie grandement aider au travail de la ferme. Lui et Isla ont tendance à se chamailler en permanence et à se transformer en monstres rapidement lorsqu’ils se retrouvent tout les deux. Par contre, Carter, sans Isla, est beaucoup plus facile à gérer et plus obéissant. Ses mots préférés sont « Choc choc » (pour chocolat) et il possède une dizaine de t-shirt avec des motifs géniaux que je lui aurais bien piqué. Pendant la durée de mon séjour, je l’ai vu devenir plus amical avec moi et faire de grand progrès dans la formulation des phrases.

Bref Isla, Carter et Chloe sont des petits enfants, plein d’énergie, tout mignons, qui font des bêtises et qui pleurent tout le temps. En plus de travailler à la ferme, j’ai passé quelques journées en tant que « au-pair » à m’occuper des enfants. Moi qui n’avais jamais été trop friande d’enfants en bas âge (et qui associe « avoir des enfants » avec « un jour peut-être, le plus tard possible »), je dois dire que ces trois bouts de choux ont fait vaciller mes convictions. Oui, il m’a fallu quelques semaines pour m’adapter (mon dieu, mais ils crient et pleurent tout le temps !) mais vers la fin de mon séjour le bruit et l’agitation ne me dérangeaient presque plus.

 

Carter, Isla and me - Dairy Farm - Southland - New Zealand - © Claire Blumenfeld

Nous avons beaucoup rigolé, fait les 400 coups ensemble et j’ai eu l’impression d’avoir de nouveau des petits frères et soeurs. (J’ai déjà un petit frère mais il a 24 ans, donc il est plus vraiment petit). Pas mal de souvenirs de mon enfance me sont remontés en surface. Ils m’ont aussi appris le vocabulaire kiwi de base : choc choc (chocolat), yak (beurk), yummy (miam miam), nana (banane), yiss (yes), etc.

Vivre avec la famille m’a également permis de me rendre à la ferme des parents de Jeremy pour aller voir les agneaux nouveaux-nés, d’accompagner Isla au Jardin d’enfants et de découvrir probablement l’ensemble des magasins de Winton (une petite ville à proximité de la ferme) et d’Invercargill avec Julie.

 

Vivre dans une famille kiwi d’agriculteurs veut aussi dire savoir utiliser un fusil de chasse. En effet, la plupart des agriculteurs du coin possèdent un, voir deux fusils, pour la chasse. Cerfs, lapins, possums sont considérés comme des animaux nuisibles en Nouvelle-Zélande (ce sont des animaux introduits, qui détruisent l’écosystème ou mangent les oeufs des oiseaux natifs) et font donc la joie des agriculteurs en quête de proies. Savoir utiliser un fusil est également nécessaire pour le boulot puisque qu’il arrive qu’une vache soit abattue (malade, trop faible pour mangée, blessée suite à une mise à bas et incapable de marcher, etc). Moi qui me refuse à tuer animaux/insectes/plantes (bon à l’exception des araignées), j’ai eu du mal à accepter l’idée que l’on pouvait tuer une vache parce qu’elle avait des difficultés à marcher ou était blessée. Mais une vache qui n’est pas au meilleure de sa forme, signifie beaucoup de temps perdu à s’occuper d’elle plutôt que de se consacrer aux autres et à la production de lait. Si j’ai du mal à m’y résoudre, je comprends bien la réalité de la chose.

Du coup, j’ai eu droit à une session de tir en famille. Nous avons déposé des cibles (cartons, oranges et pommes) dans un champ éloigné et sans risques de balle perdue à une cinquantaine de mètres d’un pas de tir improvisé. Protection sur les oreilles contre le bruit et tout le monde y est passé (à l’exception de Chloé bien sûr !). Jeremy et Julie sont de bons tireurs et ils s’avèrent que moi aussi. En même temps comme j’ai fait deux ans de Tir à l’Arc il en allait de mon honneur de réussir. J’ai dégommé mes oranges du premier coup. Allongée par terre (pour supporter le poids de l’arme), le fusil entre les mains, fut une curieuse sensation. On ressent tout de suite la puissance et le danger qu’évoque l’arme à feu. Je n’ai jamais aimé les armes. Des outils bien trop dangereux pour qu’on laisse les gens se balader librement avec (comme dans la moitié des pays du monde). Mais je suis satisfaite d’avoir essayé. Et paradoxalement ça m’a donné envie de reprendre le Tir à l’Arc.

 

Travailler dans une ferme laitière

540 vaches de la race « Friesian » (appelées « Holstein » en France) sont présentes sur les terres de la ferme. Ce sont des vaches à la robe blanche avec de grandes tâches noires (certaines sont entièrement noires). C’est une race spécialisée dans la production laitière. Lorsque je suis arrivée, c’était le début de la saison du vêlage et les génisses commençaient à mettre à bas. C’ est une des périodes les plus chargées de l’année et c’est pourquoi cela demande quelques employés en plus.

Travailler dans une ferme laitière, surtout en cette saison, cela veut dire commencer le travail à 4h du matin. Une personne rassemble les vaches, qui passent la nuit dans les pâturages, afin de les amener au hangar où se fait la traite du lait. Une autre personne s’occupe de nettoyer la cuve à lait et une autre s’occupe d’aller vérifier les génisses qui ont mises à bas durant la nuit. Mes premières semaines de travail, j’accompagnais Jeremy pour aller vérifier les génisses. Dans la nuit noire, accompagnés d’une torche frontale, nous allions dans les enclos, vérifier les nouveaux-nés et noter le numéros des mamans. Pour une ferme laitière, les velles (veaux femelles) sont bien sûr les plus intéressantes. Plus tard dans la journée, nous récupérions tous les nouveaux-nés pour les emmener dans une étable où ceux-ci sont séparés en fonction du sexe et nourris. Les femelles sont gardées pour grandir et devenir des génisses puis des vaches à leur tour. Les veaux males sont vendus. Certains possédant des gènes de races à viande seront gardés pour devenir des taureaux et servir à la reproduction. La plupart finiront hélas dans les hamburgers de MacDonald’s.

Si la plupart des génisses mettent à bas toutes seules des veaux en bonne santé, certaines délivrent des petits mort-nés, ou morts pendant la nuit, ou ont du mal à mettre à bas toutes seules. Dans ce cas, Jeremy ou un des autres employés (Ryan ou Krissie) s’occupera de l’accouchement. Cela veut dire mettre la main dans l’utérus de la vache afin de saisir les pattes (avant, de préférence) du bébé et tirer de toutes ses forces pour faire sortir le petit. C’est pas très délicat à voir. Observer une vache meugler de douleur pendant la mise à bas est douloureux. Surtout pour une femme. Une mise à bas difficile peut aussi entrainer des complications du coté de la maman. J’ai vu des vaches qui en poussant tellement fort, poussaient leur utérus à l’extérieur ou qui, à cause d’un mauvais mouvement du petit, se retrouvaient avec un nerf coincé ou abimé. Dans le cas de l’utérus à l’extérieur, il suffit de le repousser avec la main, à l’intérieur, en espérant que tout ira bien. Lorsqu’une vache est confrontée un problème de nerf, la plupart du temps, elle se retrouve incapable de marcher. Il faut donc attendre quelques jours pour voir si elle se remettra. Sinon, je pense que vous avez compris ce qui arrivera.

Par la suite, je me suis principalement occupée d’aller rassembler toute seule les vaches pour les amener pour la traite. Vers la fin Septembre, les vaches avaient parfaitement appris ce qu’elles avaient à faire. J’arrivais à la clôture et elles m’attendaient presqu’en ligne, beuglant en me voyant arriver. J’ouvrais la clôture et elles se dirigeaient toutes seules tranquillement vers le hangar. Même plus besoin d’aller chasser les retardataires à travers le pré. Ce qui dans la nuit noire, même avec les phares du quad pouvait être compliqué.

Un des avantages de commencer si tôt, c’est la possibilité d’assister tous les jours au lever du soleil. J’ai vu tout un tas de ciel différents et c’était toujours un émerveillement. Chaque lever de soleil est unique. Le ciel qui se rosit, l’apparition de la lumière à travers la brume, un rayon de soleil sur les champs couverts de gelée matinale… Le court moment où le soleil semble bannir les ténèbres enveloppant le monde apparaît comme une nouvelle naissance. La nature se réveillait et j’avais l’impression de renaître chaque matin.

 

View of the cows shed in the morning - Dairy Farm - Southland - New Zealand - © Claire Blumenfeld

Morning frost - Dairy Farm - Southland - New Zealand - © Claire Blumenfeld

Une fois les vaches rassemblées dans la cour extérieur du hangar pour la traite, commence la traite en question. Cela nous prenait généralement de 5h30 aux environs de 8h30. Les vaches sont chargées sur une plateforme tournante où Jeremy, Ryan ou Krissie s’occupent généralement d’équiper les pis des vaches de trayeuses afin de pomper le lait. Une fois la rotation terminée (une quinzaine de minute plus tard par vache),  je m’occupais d’enlever les trayeuses et d’asperger les pis de produit pour éviter les infections. Les vaches sortent ensuite de la plateforme tournante puis rejoignent toutes seules leurs enclos.

 

Nous commencions par traire les vaches produisant du lait puis les vaches venant de mettre à bas produisant du colostrum (lait très riche en protéines). Ce lait ne peut pas être vendu et est destiné à nourrir les veaux et velles. Dans un monde parfait, s’occuper de traire les vaches serait un jeu d’enfant. Bien sûr ce n’est pas le cas puisque par peur, ennui ou simplement parce qu’elles sont mal lunées, les vaches (surtout au début de la saison du vêlage, à la fin de la saison, les vaches ont appris la routine et sont donc beaucoup plus dociles) balancent des coups de pattes arrières parce qu’elles refusent que la trayeuse leur soit mise ou enlevée. Et puis pendant leur temps passé sur la plateforme, ces très chères ladies nous repeignent les murs et sols d’une jolie couleur brune bouse de vache. Autant dire que manœuvrer pour équiper ou enlever la trayeuse du pie de ces demoiselles est un travail d’orfèvre : éviter les éclaboussures de bouse fraiche, garder un oeil sur l’arrière train pour surveiller le mouvement révélateur d’une apparition d’un jet d’urine, esquiver rapidement un coup de patte furieux…

 

Au delà de la rigolade, il faut être particulièrement vigilant, parce que malgré les barres de protection qui équipent la plateforme, il arrive qu’une vache particulièrement inquiète balance un coup de patte très violent. Se prendre un coup comme ça dans la main ou le thorax peut être très douloureux. Lors d’une matinée, une des vaches jeune-maman, était tellement inquiète qu’elle est montée dans la mangeoire qui entoure le centre de la plateforme (les vaches reçoivent de la mélasse et de protéines pendant la traite), ce qui est normalement impossible. Je vous raconte pas la galère que ce fut pour la sortir de là. Surtout qu’ayant utilisé toute son énergie pour pénétrer dans la mangeoire et émotionnellement abattue par la peur, notre vache ne voulait plus bouger. Beaucoup de cordes, sangles et poussages dans tous les sens furent mis en oeuvre.

 

À part la traite qui a lieu tôt le matin et l’après-midi, il fallait s’occuper d’aller nourrir les vaches dans les prairies (leur donner du foin ou plus d’herbe), mettre en place de nouvelles clôtures électriques (coups de jus garantis) ou s’occuper de travaux de ferme. En Nouvelle-Zélande, le déplacement en ferme se fait à l’aide de quads (et aussi de motos). Traverser un champ de boue à l’aide d’un quad : fait. Rassembler les vaches à l’aide d’un quad : fait. Mettre en place une clôture électrique à l’aide d’un quad : fait. Le quad, le meilleur ami des agriculteurs. Attention à ne pas faire l’andouille quand même, le quad est le véhicule qui fait le plus de morts dans le domaine de l’élevage et l’agriculture. En effet ceux-ci ne sont pas très stables et se retournent facilement, piégeant la plupart du temps le conducteur sous leur poids.

 

Également dans les tâches de la ferme, en début de matinée et en fin de soirée, Julie et Severna s’occupaient de nourrir les veaux. Première étape, aller récupérer le colostrum (lait riche en protéine) au hangar de la traite et le réchauffer un peu. En effet le lait venant des mamelles est naturellement tiède. Il faut donc réchauffer le colostrum issu de la traite afin de le donner aux nouveaux-nés.

Heating the milk with Carter - Dairy farm - Southland - New Zealand - © Claire Blumenfeld

Deuxième étape, donner le lait aux veaux. Pour ce faire, il faut apprendre aux nouveaux-nés à téter des simili mamelles en caoutchouc. Une fois cela fait, les veaux se nourrissent tout seuls. Il suffit de verser le lait dans le bac aux simili mamelles et ces messieurs se précipitent dessus sans attendre. Severna s’occupe de nourrir la grande majorité des veaux. Cela lui prend généralement 2 à 3 heures chaque matin et soir, surtout quand il y a beaucoup de veaux nés durant la nuit ou la journée et à qui il faut apprendre à téter. Severna est toujours accompagnée de son chien, Mick qui prend un plaisir fou à jouer avec Fergus ou à laper quelques litres de colostrum. Julie s’occupe elle de nourrir une dizaine de veaux ayant des gènes de race à viande (tous avec une face blanche) et donc destinés à devenir des taureaux.

 

Travailler dans une ferme laitière veut aussi dire moutons. Et oui, la plupart des agriculteurs (quand ce n’est pas leur business principal) possèdent quelques moutons qui donnent naissance à des agneaux à la même période que les vaches. Severna et Graham possèdent quelques brebis et les parents de Jeremy, Jill et Murray possèdent une centaine de moutons. Du coup, ils ont ramené quelques agneaux à la ferme de Jeremy et Julie, ce qui a grandement ravi les enfants. Les deux premiers agneaux furent même baptisés Sparkle Princess et Lamb Lamb. Du coup en plus des veaux, il fallait nourrir les agneaux tous le matins et soirs. Leurs petits bouilles duveteuses sont irrésistibles. Un de mes plus beaux moments fut de m’occuper d’une toute jeune brebis. Celle-ci était née le matin même, mais son jumeau (les agneaux naissent généralement par paire) était mort-né et sa maman vraiment pas en grande forme. Contrairement aux veaux qui sont séparés rapidement de leurs mères, les agneaux sont généralement laissés aux bons soins de leur maman. Mais la maman ne se sentant pas bien, Severna avait récupéré la petite et l’avait mise au chaud dans sa cuisine dans une boîte remplie de foin afin qu’elle se requinque. Eh bien, elle était en pleine forme le soir, bêlant à tout va, pour montrer qu’elle avait faim. Du coup, hop, biberon improvisé et voila le repas. Tenir ce petit animal tout tremblant et fragile dans mes mains tout en sentant la force avec laquelle elle aspirait le lait fut une très belle expérience.

 

Feeding a newborn lamb - Dairy farm - Southland - New Zealand - © Claire Blumenfeld

Isla and Carter with lambs - Dairy farm - Southland - New Zealand - © Claire Blumenfeld

Travailler à la ferme pendant les mois d’Août et Septembre m’a également permis d’assister à l’arrivée du Printemps ! Les arbre se sont mis à bourgeonner et les jonquilles sauvages ont éclos un peu partout.

Spring and Daffodils - Dairy farm - Southland - New Zealand - © Claire Blumenfeld

Si vous êtes arrivé jusqu’ici est que vous avez encore un peu de temps à me consacrer, la suite de l’article va vous parler de la gastronomie kiwi et vous emmener à la découverte du Southland !

 

Manger comme un Kiwi

En plus de m’offrir un travail et un toit pour vivre, la famille Anderson m’a également nourrie ! Ah la la, pas besoin de faire la cuisine, que du bonheur ! J’ai pu déguster les bons petits plats concoctés par Julie, Jeremy, Jill et Jill et j’ai également découvert la cuisine néo-zélandaise. Généralement la cuisine kiwi ça ressemble beaucoup à de la cuisine européenne, notamment anglaise. Viandes, légumes, salades, fruits. Ils mangent les mêmes aliments que nous avec en plus des kumaras (pommes de terre douces), des yams (tubercule dont le goût ressemble aux pommes de terre), des parsnips (ou Panais en France, sorte de carottes blanches), des feijoas… Manger comme un kiwi, ça veut aussi dire déguster des tartes fourrées de tout un tas d’assortiments possibles, être un grand fan de burgers (le Works Burger fait maison fut un délice), avaler des cheese rolls pour le déjeuner (la meilleure recette est bien sûr celle venant du Southland), se faire des petits plaisirs chocolatés avec les K bar de de Whittaker (barres de chocolat fourrées au choix, à la framboise, à l’ananas ou au citron vert. La K bar à l’ananas est tellement bonne, qu’elle en est dangereuse !).

 

C’est avaler des scones ou du bacon à n’importe quel moment de la journée, manger religieusement tous les dimanches matins, les pancakes mapple syrup/bacon/banane (à ne pas rater) ou se faire des boules de glaces Hokey PokeyBoysenberry Ripple, Goody Goody Gum Drops, Swirly Caramel (ma favorite). Coté gâteaux on a droit aux cakes chocolat, yaourt ou vanille avec glaçage, aux muffins et cookies bien sûr et surtout à la Pavlova (gâteau à base de crème et meringue) et Banoffe Pie (patisserie à base de crème, caramel et bananes). Immanquable !

 

Même si ça n’atteint pas notre soit-disant imbattable gastronomie française, ça reste bon. Très bon. Pendant deux mois, j’ai été traitée aux petits oignons (puisque l’on parle de cuisine, c’est l’occasion parfaite d’employer cette expression ! Ahahah).

Découvrir la région du Southland

Grâce à Julie et Severna j’ai également pu profiter de mes deux mois dans le Southland pour découvrir la région. J’ai accompagné de nombreuses fois Julie en voiture pour aller faire les courses à Winton ou Invercargill ou amener Isla aux jardin d’enfants. Du coup j’ai pu me rendre compte de ce qu’est le paysage du Southland : une longue étendue principalement plate composée de prairies et fermes. Avec par endroits quelques petits bourgs. Assez peu de variations dans la paysage mais une atmosphère tranquille.

 

J’en ai aussi profité pour aller faire le tour d’Invercargill. Rien de bien spécial à dire sur la ville à part le fait qu’elle possède un grand nombre de grande surfaces  et un sympathique i-site avec son Queens Park. Dans le « Tuatarium » de l’i-site on peut découvrir  un nombre impressionant de Tuataras, si on est chanceux. Parce que ces lézards dinosaures ne sont pas toujours disposés à se montrer aux yeux de tous (surtout en hiver, bien trop froid pour eux). La première fois que j’y suis allée, j’ai aperçu trois petits (plus actifs que les adultes). Par contre la seconde fois, ce fut un vrai festival ! Une bonne vingtaine étaient sortis de leur cachette, dont Henry, un vieux papy de 110 ans !

 

Queens Park - Invercargill - Southland - New Zealand - © Claire Blumenfeld

Le Queens Park est lui aussi très sympathique avec ses arbres en fleurs attirant tout un tas d’oiseaux en quête de pollen ou nectar dont une flopée de Tui ! (oiseaux natifs de la NZ avec une petite touffe de plumes blanches à son cou). Les observer fut un très beau moment. Le parc contient aussi une volière avec de jolies perruches et un très beau faisan argenté. Je suis également allée me balader à Sandy Point, une jolie réserve naturelle en bordure de la mer, un peu à l’extérieur d’Invercargill. J’y ai passée une journée à me balader sur les plages, forêts côtières et marécages.

 

Parakeets - Queens Park - Invercargill - Southland - New Zealand - © Claire Blumenfeld

Severna a également offert très gentiment de m’emmener en voiture visiter les plus beaux coins de la région. Nous sommes donc allées à Bluff, la ville la plus australe du pays pour apprécier le paysage et l’estuaire, ainsi que prendre une photo de Stirling Point avec sa pancarte indiquant les distances jusqu’à Londres, Sydney, New York, etc. Nous en avons profité pour aller faire une petite balade le long de la Bluff Hill afin d’apercevoir Stewart Island, que j’espère aller visiter vers Février-Mars. De retour à Invercargill, nous sommes allées marcher sur la plage Oreti, très longue étendue de sable fin, sur laquelle il est possible de rouler en voiture !

La seconde fois que Severna m’a emmené pour une promenade en voiture avec elle, nous sommes allées visiter la côte Sud. Nous sommes passées à Riverton (à l’autre bout de la plage Oreti) afin d’avoir un aperçu de Colac Bay. Nous avons fait escale à Cosy Nook, une superbe petite crique avec trois minuscules anciens cottages de pêcheurs, dont le paysage m’a fait penser à des vues de l’Écosse ou de l’Islande. Nous avons également foulé la Gemstone Beach de Orepuki où comme son nom l’indique il est possible de trouver de jolies gemmes. Nous avons gravi la minuscule colline de Monkey Island,  accessible seulement à marée basse. Les maoris utilisaient l’île comme point d’observation pour repérer les baleines franches australes. Nous avons fini notre balade par un passage rapide à Tuatapere, village situé en bordure du parc national du Fiordland. C’est à quelque kilomètres du village que commence le Hump Ridge Track, une jolie balade de 3 jours dans la zone la plus au sud du Fiordland,que j’aimerais faire un jour.

 

Cosy Nook - Southland - New Zealand - © Claire Blumenfeld

 

Cosy Nook - Southland - New Zealand - © Claire Blumenfeld

Durant mes deux mois à la ferme, j’ai également été visiter Te Anau pour un premier aperçu du Fiordland et passer quelques jours à Queesntown. A suivre dans les prochains articles !

Travailler dans une ferme laitière dans le Southland fut une expérience extraordinaire.   J’ai appris énormément de choses et j’ai eu le plaisir de vivre dans une famille néo-zélandaise. Julie, Jérémy, Isla, Carter, Chloe, Severna, Graham, Alan, Jill (maman de Julie), Murray, Jill (maman de Jeremy), Ryan, Krissie, Gin et tout les autres, merci beaucoup d’avoir partagé votre vie et échangé avec moi !

2 Comments

  • Bonjour er merci de partager tes expériences ici !
    Ton expérience dans cette famille kiwi fermière est super et m’intéresse beaucoup! Étais tu rémunérée pendant ces 2 mois la bas? Je serai intéressée s’il te plait par leur contact pour y travailler cet hiver si c’est possible.
    Merci d’avance!
    Marjorie

    • Bonjour Marjorie ! Merci de ton commentaire. Cela me fait très plaisir que tu trouves de l’intérêt dans ce que j’écris :). Oui j’étais rémunérée. Le salaire n’était pas très élevé mais comme j’étais logée et nourrie ce n’était pas bien grave. Je ne sais pas si ils ont besoin de quelqu’un cet hiver. Je vais les contacter via facebook et je te donnerais leur contact ensuite. A très vite !

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