Carnets de voyages et récits de transition vers un avenir éthique et durable

Je m’appelle Claire Blumenfeld et je tiens Peregrinus Mundi depuis 2015. Ce site suit mon évolution dans la vie sous forme de chapitres. Les chapitres I à VI présentent principalement des récits de voyage et photographies. Le chapitre VII suit ma démarche de transition vers un mode de vie basé sur l’écologie et le bien-être à travers trois approches qui m’intéressent particulièrement, la permaculture, l’herboristerie et l’éco-construction.

Parenthèse paradisiaque sur l’archipel Kerama
Trois jours de balades tranquilles, paysages magnifiques et activités ratées au sein du minuscule archipel.
Île d’Aka, Ryukyu, Japon © Claire Blumenfeld
CARNET

Réveil de bonne heure vendredi 15 Janvier pour prendre le ferry au départ du port de Naha pour rejoindre l’île d’Aka. L’archipel Kerama ou Kerama shotô à environ deux heures de ferry de Naha regroupe une quinzaine de petites îles, la plus grande faisant 15 km². Seules cinq îles sont habitées dont Aka-jima (3,96 km²) et Zamami-jima (6,71 km²), mes deux destinations pour les deux prochains jours. À quinze minutes en bateau l’une de l’autre, les deux îles abritent à peine 700 personnes. Véritables espaces paradisiaques couverts de forêts tropicales verdoyantes, de longues plages de sables blancs et vivant dans une ambiance paisible, ce sont des sites parfaits pour des balades tranquilles ou pour faire de la plongée ou du snorkeling (randonnée palmée).

Je débarque sur l’île d’Aka-jima sous un temps nuageux mais l’ambiance paisible et le minuscule village me plaisent instantanément. La dame de ma guesthouse est venue me chercher au port. Une jeune allemande ayant débarqué par le même ferry loge également au même endroit que moi. Elle s’appelle Kristin, a 36 ans et est au Japon pour une quarantaine de jours. Notre auberge Kawai Diving est située tout au bout du village (à peine sept minutes à pied depuis le port), sur la plage ! Le lieu est d’une tranquillité apaisante. Les chambres sont gigantesques et les toilettes et douches en extérieur. Les propriétaires, un couple d’une cinquantaine d’années, organisent également de sorties de plongée. Ayant au départ seulement prévu de me balader à pied et à vélo sur les îles (les sorties et la location de matériel coûtant trop cher pour moi), je me laisse quand même tenter par la sortie pour aller voir les baleines organisée par l’association de Zamami, le lendemain. En effet l’archipel Kerama est un des lieux où les baleines à bosse se regroupent en hiver pour donner naissance à leurs petits ! En été, elles migrent vers la mer de Béring pour se nourrir de grande quantité de Krill.

Une fois l’inscription faite, je loue un vélo et pars à la découverte d’Aka. Premier arrêt : le seul restaurant ouvert de l’île, pour un déjeuner riz au curry sur la plage. Je fais connaissance avec un couple de français d’une quarantaine d’années avec qui je discute un long moment. Laure et Didier gèrent une association d’échange entre français et japonais et viennent régulièrement sur l’île. Ils me proposent de venir voir la fabrication du tofu le lendemain ! J’accepte avec grand plaisir. On se sépare et je m’en retourne à mon vélo garé devant l’entrée du resto. Pas besoin de l’accrocher avec un cadenas, personne ne viendra le voler. En pédalant à vélo le long de la plage et malgré le temps gris, je suis submergée par un sentiment de liberté et de joie. Je me dis que le bonheur doit probablement ressembler à ça : une ballade à vélo dans une environnement magnifique et baignant dans une atmosphère paisible.

L’eau est d’une couleur magnifique : turquoise le long des plages puis d’un bleu profond au bout d’une dizaine de mètres. Je me balade les pieds dans le sable à la recherche de coquillages, appréciant la mélodie des vagues s’écrasant sur la plage. Au détour d’un virage, je tombe nez à nez avec un groupe de biches. Appelées Sika de Kerama, elles sont les descendantes des cerfs apportés de Kagoshima par le clan Satsuma lors de leur conquête de l’archipel Ryûkyû en 1609. Cette espèce ne se trouve que sur les îles de l’archipel Kerama. De taille plus petite et de couleur plus sombre que les cervidés du continent, elles sont une espèce protégée.

En fin d’après-midi, je monte au point d’observation de Nakadake, presque au centre de l’île. La montée en vélo est laborieuse et je finis par descendre du vélo pour continuer à pied. Je suis seule au milieu de la nature entourée de chants d’oiseaux. Des odeurs de pins, de fleurs, d’humidité, de sève viennent par bouffées fortes enivrer mon odorat. En redescendant du point d’observation, je passe voir la plage « secrète » que la dame de l’auberge m’a indiqué. Effectivement un petit sentier serpente pendant une quinzaine de minutes au milieu de la jungle avant de déboucher sur une plage magnifique. La nuit tombant, entourée de bruits d’animaux, le trajet est impressionnant.

Je rentre à l’auberge, pile pour le diner. C’est un véritable festin qui m’attend. les propriétaires de l’auberge étant pêcheurs, nous avons droit, Kristin et moi à plusieurs sortes de poissons péchés dans la matinée ! Salade de poisson en entrée, poisson fumé accompagné d’une purée/soupe de pomme de terre douce d’Okinawa (de couleur violette), le plat principal (j’ai oublié de le prendre en photo) constitué de thon avec une purée/soufflet de pommes de terre et légumes et de pâtes et en dessert une autre spécialité d’Okinawa : Mochi (gâteau de riz à la texture collante) à base de pomme de terre violettes d’Okinawa, enrobé dans des feuilles de bananier. L’ensemble est très bon quoique un peu lourd pour un diner. Les mochis ont un goût vraiment particulier qui leur vient des feuilles de bananier.

Le lendemain, réveil à 6h pour rejoindre Laure et Didier vers 7h afin d’aller voir la préparation du tofu. Nous rejoignons la maison d’une vieille dame déjà à l’oeuvre qui prépare le tofu de façon traditionnelle comme sa mère avant elle et sa grand-mère avant. Le savoir faire se passe de génération en génération et la prochaine fille qui reprendra le flambeau a déjà été décidé. Je la regarde s’activer, mélangeant le lait de soja en suivant des gestes centenaires. La fabrication de tofu s’obtient à partir de grains de soja que l’on écrase pour former une purée. La purée est ensuite filtrée et pressée pour obtenir le lait de soja. Le lait est cuit pendant une demi-heure en remuant constamment auquel on ajoute ensuite sel et autres coagulants naturels. La pulpe est ensuite pressée et moulée et devient du tofu en refroidissant. Mon petit-déjeuner étant à 8h je suis obligée de partir alors que le lait commence à cuire. J’aurais bien voulu voir l’intégralité de la création mais l’observation de baleines m’attend.

Je rentre à l’auberge en faisant quelques photos du village, de la guesthouse et de la plage, le beau temps semblant être de la partie. J’avale un des meilleurs petits-déjeuners que j’ai eu depuis que je suis au Japon, le pain fait maison étant un véritable délice et pars avec Kristin pour rejoindre l’île de Zamami où se situe le départ de la sortie. C’est sous un temps ensoleillé (enfin!) que nous partons à bord d’un petit bateau, groupe d’une dizaine de personne, observer les baleines. Les accompagnants sont très sympathiques. Le trajet en mer pour rejoindre le lieu où on était observé trois baleines, m’emplit de joie. Assise presque sur la proue du bateau, j’accueille les bonds du bateau sur les vagues et les embruns avec bonheur. Hélas, l’observation n’est pas très fructueuse. En trois heures, nous ne réussissons à apercevoir que quelques nuages de vapeur et quelques ailerons. Un peu déçue (moi qui m’attendais à voir des baleines frôler notre embarcation, effectuer des sauts ou des coups de queue). Peut-être sont-elles ennuyées ou effrayées par les nombreuses embarcations venues pour les observer. Ce que je comprends fort bien. Je me console en regardant les superbes motifs des nuages du ciel et en appréciant la balade en bateau.

De retour sur Zamami, nous allons voir le petit office du tourisme puisque Kristin veut faire du snorkelling demain matin mais accompagnée d’un guide. Finalement je me laisse tenter également, en me disant que c’est un peu dommage d’être dans un endroit aussi beau et de ne même pas aller observer les poissons et coraux. Nous allons ensuite déjeuner puis je loue un vélo et pars faire le tour de l’île. Dans le village je tombe sur un petit bar décoré de sculptures issues des films du studio Ghibli ! Pleins de Totoro, un chat-bus, Tetho (animal de nausicaä), un petit Kodama et une superbe sculpture d’un des robots du Château dans le Ciel ! Oh la la, quelle joie !

Je me balade ensuite sur la côte allant voir les différentes plages. La plage Ama possède un grand site pour le camping (désert à cette époque). De grands espaces pour planter la tente, de petites maisons en bois, une piscine… En roulant à travers le petit sentier zigzaguant dans les hautes herbes, je m’imagine le lieu en pleine été, plein d’animation. Je mets ensuite le cap sur la plage Furuzamami, joyau de l’île selon le guide. Effectivement les lieux sont magnifiques. Il fait chaud, les odeurs sont enivrantes, les lieux sont d’un calme absolu. Un vrai paradis.

Je reste un long moment les pieds dans les sable à apprécier la beauté, la douceur du soleil et le calme. Je rejoins ensuite Kristin et nous repartons sur Aka. Nous rentrons à l’auberge en marchant sur la plage et apercevons deux biches, une mère et son petit juste devant l’auberge. Elles nous fixent sans bouger. Le repas du soir est comme celui de hier composé d’un grand nombre de plats à base de poissons péchés le matin même : salade de poissons et pizza « à la façon d’Okinawa » en entrée, plat principal composé d’un poisson entier (coupé en deux, vu que nous sommes deux à manger), de couleur rouge, accompagné d’un soufflet/purée de pommes de terre, de spaghettis et de riz. Bon mais lourd pour le soir.

Le lendemain, Dimanche 17 Janvier, nous nous réveillons de bonne heure, Kristin et moi pour un petit-déjeuner très bon et pour rejoindre de nouveau Zamami où se trouve notre guide pour le snorkeling. Étant donné que je prends le ferry dans l’après-midi pour retourner à Naha, j’emporte mon gros sac avec moi. Une fois à Zamami, j’achète mon ticket de ferry qui pars à 14h, puis nous rejoignons notre guide, Jun, un homme d’une quarantaine d’années, très gentil. Contrairement à hier, le temps tire plutôt vers le mauvais temps. Un très fort vent s’est levé et de gros nuages gris et menaçants font leur apparition. Un peu inquiètes nous demandons à notre guide si la sortie est toujours prévues. Il nous dit que oui mais que les conditions ne vont pas être idéales. Maintenant que nous sommes là, nous décidons quand même d’y aller. Enfilage des combinaisons de plongée, préparation des masques, tubas et palmes et nous voila partis. Hélas le temps se couvre de plus en plus et c’est dans une mer agitée et sous un ciel d’orage que nous faisons notre sortie. Prévue pour deux heures, la sortie en mer ne durera qu’une heure, les conditions devenant trop dangereuses. Effectivement les vagues et le courant rendent la randonnée palmée et la prise de photos difficile et il fait froid. L’observation des coraux et des poissons n’est vraiment pas idéale. Nous réussissons quand même à observer quelques jolis poissons colorés ainsi que des étoiles de mer et concombres de mer.

ous rentrons sous une pluie torrentielle. De retour au magasin, Jun a la gentillesse de nous rembourser une partie du prix et de nous transmettre des photos prises dans des conditions idéales (je vous les mets en dessous). Heureusement qu’il était là avec sa bonne humeur et plein d’entrain, parce que sinon la sortie aurait été vraiment un échec. Entre l’observation des baleines et la sortie de snorkeling, on peut pas dire que mes activités furent réussies.

Déjeuner dans une petite baraque juste à coté du magasin de Jun. Melon amer, viande, oeuf et tofu accompagné d’udon et de riz. Comme nous avons encore du temps avant le ferry, nous nous réfugions dans un petit café. Malgré que j’ai le ventre plein, je cède à l’appel du gâteau au chocolat accompagné d’un verre de jus de mangue. Délicieux. Nous embarquons ensuite par un temps de tempête sur le ferry, qui fait un crochet par Aka où je dis au revoir à Kristin. Elle reste un jour de plus. Mais les conditions météorologiques étant vraiment mauvaises pour les prochains jours, elle ne sait pas si elle va pouvoir repartir, les ferrys risquant d’être annulés. Je me prépare mentalement à une traversée difficile pour mon estomac mais contrairement à ce que je m’attendais, la traversée sera relativement calme, le bateau ne tanguant pas tant que ça.

Arrivée à Naha, je patiente plus d’une heure sous la pluie attendant un bus à destination de Nago (ville au nord d’Okinawa) qui ne vient pas, jusqu’à ce qu’un autre bus finisse par arriver auquel je demande des informations. Il me dis que je ne suis pas au bon arrêt de bus (merci pour les informations au terminal des bus !) et m’oriente vers le bon. Vingt minutes de marche à pied plus tard, trempée, j’arrive à l’arrêt pile au moment où mon bus arrive. Je m’écroule avec soulagement sur mon siège. Nago où se situe mon hôtel ce soir, se trouve à environ deux heures de bus au nord de Naha. Je somnole par intermittence, essayant d’apercevoir le paysage dans la nuit noire. Je vois défiler des hôtels majestueux le long de la côte à la lumière des phares. À cause du mauvais temps, le bus met un peu plus de temps à rejoindre Naha. En sortant du bus, la pluie s’est un peu calmée. J’arrive à mon hôtel vers 20h. Demain, lundi 18 janvier je vais prendre un autre bus pour rejoindre le village d’Ôgimi à une trentaine de minutes de Nago où je vais faire mon deuxième woofing, dans une ferme laitière pendant dix jours.

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29 janvier 2016

Textes et photographies par Claire Blumenfeld

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