Carnets de voyages et récits de transition vers un avenir éthique et durable

Je m’appelle Claire Blumenfeld et je tiens Peregrinus Mundi depuis 2015. Ce site suit mon évolution dans la vie sous forme de chapitres. Les chapitres I à VI présentent principalement des récits de voyage et photographies. Le chapitre VII suit ma démarche de transition vers un mode de vie basé sur l’écologie et le bien-être à travers trois approches qui m’intéressent particulièrement, la permaculture, l’herboristerie et l’éco-construction.

Minami, face à la mer
Sur la côte sud de Shikoku, la petite bourgade de Minami respire la tranquillité et l’atmosphère maritime.
Minami, Shikoku, Japon © Claire Blumenfeld
CARNET

Après avoir passé ma matinée du mercredi 25 Novembre à régler des détails à Tokushima, départ dans l’après-midi pour Minami. Je prends un petit train régional d’à peine deux wagons qui se remplit un peu plus à chaque arrêt. Tous les écoliers du coin prennent la même ligne. Au bout d’un moment je me demande si la limite pour le nombre de passagers autorisés dans le train n’est pas atteinte, mais non le gens continuent de monter. Ça rit, ça discute. A chaque montée dans le train, j’ai droit à un regard étonnée. À la station Anan (bourgade un peu plus grande que les autres) le train se vide de moitié. Enfin un peu de calme.

Il a commencé à pleuvoir depuis le départ. La pluie et la nuit rendent les paysages tristounets. Et mon moral aussi. J’ai beau regarder (ou plutôt essayer de regarder à travers la buée) le paysage défiler, me dire que ça y est, je suis enfin dans la campagne, que les bourgades ont l’air très jolies, que le béton laisse la place aux constructions en bois, que ce petit trajet dans un train de campagne fait assez champêtre, j’ai le moral dans les chaussettes. Je me sens seule et je me demande un peu ce que je fais là.

Minami apparait enfin et je quitte le train sous une pluie battante. Aucune information nulle part, ni de plans. Il y a bien un centre d’information mais malgré la lumière à l’intérieur il est fermé. C’est bien ma veine. Je ne sais pas du tout où se trouve mon auberge. Je me décide à avancer en me disant que je demanderais de l’aide à la première supérette venue, mais rien nul part ! Je finis par tomber sur deux personnes dans un espèce d’atelier à qui je demande dans un japonais chevrotant s’ils peuvent m’aider à m’indiquer où se trouve mon auberge. Très sympathiques, ils se démènent pour m’expliquer comment atteindre l’adresse. Ces quelques gestes de gentillesse me remontent le moral et après les avoir remercié chaleureusement, je me remets en route, ragaillardie, sous la pluie tombante. Le peu que j’aperçois de Minami à la lumière des réverbères s’avère très sympathique. Petite bourgade de pêcheurs, Minami est située au bord de la mer et est entourée de petites collines. J’irais explorer ça plus en détails demain.

L’auberge s’avère assez facile à trouver. Je suis accueillie avec convivialité par un vieux couple, qui s’inquiétait un peu de ne pas me voir arriver. C’est une petite auberge traditionnelle. Je dois être la seule cliente. La chambre toute en tatamis et portes coulissantes est très sympathique. Toilettes et douches traditionnelles communes. Le monsieur propose de me conduire en voiture au konbini du coin (qui se trouve assez loin à pied) pour aller acheter mon repas du soir ! Sur le chemin j’aperçois la pagode d’un temple qui s’avère être le Temple Yakuô-ji, numéro 23 du pèlerinage des 88 temples de Shikoku. Le vieux monsieur est très souriant et un peu farceur, ç’est un plaisir ! Retour à l’auberge où je dine dans ma chambre puis première douche dans les douches traditionnelles communes japonaises. On se lave d’abord pour ensuite se prélasser dans un bain bien chaud. Mais il fait un froid de canard dans la pièce et l’eau du bain n’est plus très chaude. Tant pis, je me contente d’une douche éclair. J’espère vraiment qu’il fera meilleur temps demain !

Le lendemain, réveil de bonne heure pour aller visiter la ville. Minami est en fait la réunion de deux villages : Hiwasa et Yuki.  Je me situe dans la partie Hiwasa. Il fait beau, presque chaud. Tout l’inverse de hier soir ! Je découvre la bourgade. Maisons traditionnelles, petites ruelles, bateaux de pêcheurs, bras de mer rentrant dans le village, Hiwasa respire la tranquillité et l’atmosphère maritime. Je passe au mini centre d’information récupérer la carte de ville. Dessinée à la main, elle est très belle et offre de nombreuses informations et anecdotes. J’avais prévu de faire le tour de la ville le matin pour ensuite aller faire un tour à Mugi dans l’après-midi (bourgade située à 3-4km plus loin sur le littoral et abritant le Musée des Coquillages), mais il s’avère qu’Hiwasa regorge de choses à voir. Je me balade donc toutes la journée dans la ville et les environs. Les gens ont l’air tous très gentils, j’ai droit à plusieurs “Ohayo gozaimasu” (bonjour pour le matin) ou “Konnichiwa”.

Dans la matinée, je vais voir le Temple Yakuô-ji. Il date de 726 et est réputé pour être un “yakuyoke no tera” : une visite au temple permet d’éloigner le mauvais sort lors des années de malchance (pour les hommes : 42 ans et pour les femmes : 33 ans). Situé un peu en hauteur il surplombe légèrement la ville. Ascension d’une centaine de marches, passage à travers plusieurs sanctuaires et arrivée à la pagode du temple. Massive, principalement de couleur rouge, la structure est très belle. Depuis l’esplanade du temple, on aperçoit Hiwasa en contrebas. Le lieu est tranquille, il n’y a pas encore grand monde. En redescendant, je tombe sur plusieurs personnes en train de réciter des sutra devant un sanctuaire.

Je mets ensuite le cap sur le Château d’Hiwasa, datant de la fin du 16ème siècle. Situé en haut d’une des collines environnantes, le chateau surplombe Hiwasa. Passage le long du petit port et montée sur une petite route dans la forêt pour l’atteindre. En haut il n’y a personne, c’est le calme absolu. Jusqu’à ce qu’un carillon musical se déclenche et diffuse une musique assez forte signifiant qu’il est midi. De l’extérieur le chateau parait d’époque mais une fois à l’intérieur c’est la déception : Il ne reste rien des pièces d’autrefois et l’intérieur a été transformé en point d’observation. Au moins la vue est très belle. Je ressors du chateau pour continuer sur un petit chemin de randonnée serpentant dans la forêt en bordure des falaises. La ballade est sympathique mais le temps se couvre. Après une bonne heure de randonnée, je m’arrête pour déjeuner. Sandwich, onigiri, gâteaux fourrées au chocolat et à la fraise. Droit devant moi c’est la mer à perte de vue. Deux aigles font des acrobaties dans les airs. Je m’en retourne par où je suis venue, jusqu’à ce que je trouve un raccourci qui me fait économiser quasiment trente minutes de marche ! En passant de nouveau au niveau du petit port, j’aperçois un petit aigle posé sur un lampadaire.

Direction le Musée Caretta, abritant un nombre impressionnant de Tortues. Hiwasa et sa plage d’Ohama sont d’ailleurs réputées pour être un lieu de ponte des oeufs. Je traverse de nouveau Hiwasa, vadrouillant à travers les petites ruelles. Alors que je regarde sur la carte pour m’orienter, un monsieur en vélo m’interpelle en me demandant s’il peut m’aider. Je lui réponds que tout va bien, que je me balade dans la ville. Mais il ne parle presque pas anglais et n’a pas l’air de comprendre mon japonais. S’ensuit un dialogue de sourds, où il finit par me donner sa carte de visite. Le monsieur est guide volontaire pour faire découvrir la ville. J’essaie de lui faire comprendre que je ne suis pas perdue, que je me balade tranquillement et que je vais voir le musée Caretta mais il insiste pour m’accompagner. Cela m’irrite un peu, surtout que le monsieur sens un peu l’alcool. Je me demande dans quoi je m’engouffre. Sur le chemin vers le musée, il me montre diverses bicoques dont une très ancienne et possédant de superbes vitraux colorés. La jeune femme tenant le lieu m’invite à rentrer dedans. En anglais, elle m’explique que le lieu est un espèce de centre d’activités et que la structure de la maison est protégée et ne peut donc pas être détruite.

Passage par la plage d’Ohama pour arriver au musée Caretta. Je me dis que le monsieur va me laisser au musée mais non. Il me paye mon ticket et fait la visite avec moi ! C’est très gentil de sa part mais cela me met un peu mal à l’aise. Surtout que comme on ne se comprend pas, la discussion est très limitée. Le musée Caretta abrite différents types de tortues des plus jeunes au plus vieilles. C’est la première fois que je vois autant de tortues et de si près. Elles sont très belles et les plus vieilles sont vraiment impressionnantes. Par contre, zéro explications en anglais, ce qui est un peu dommage. 

Après la visite, le monsieur insiste pour me raccompagner à l’auberge ! Gentil le monsieur mais légèrement trop collant à mon goût. Je règle quelques détails à l’auberge puis comme le soleil montre de nouveau ses rayons je repars visiter la côte. Je retourne faire un tour sur la plage d’Ohama, puis je m’aventure jusqu’à un gros rocher s’avançant dans la mer à une quarantaine de minutes à pied. Il abrite le petit sanctuaire Ebisudo Jinja dédié à la bonne entente dans les couples ainsi qu’une grotte à moitié submergée.Le soleil se couche, la lumière est magnifique. La descente vers la grotte se fait à l’aide d’escaliers très raides. Le lieu est impressionnant. Le grondement des vagues se fracassant contre les rochers à quelques mètres de moi me donne des frissons. Je m’en retourne à l’auberge dans la nuit noire, contente de ma journée bien remplie. Hiwasa est vraiment un lieu magnifique.

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30 novembre 2015

Textes et photographies par Claire Blumenfeld

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6 réponses

  1. Trop cool !! C’est bien de voir la face un peu plus “cachée” du Japon ! Encore de magnifiques photos et sons qui nous font voyager ! L’auberge a l’air super sympa et j’aurai bien aimé voir les tortues (et l’aigle est trop chou aussi !)
    Et, tu vois t’es pas toute seule, tu fais des rencontres (bizarres, certes, mais bon au moins il était gentil XD). Et nous on t’oublies pas non plus !
    Bisous ma belle !

      1. Oui ! Et puis au pire tu peux aussi en profiter pour te ressourcer et méditer, t’es tranquille. En plus le Japon est le pays idéale pour ça XD
        Mais je pense que quand tu commenceras le woofing (c’est bien ça ? je me souviens plus de l’écriture ^^”) tu rencontreras pleins de gens et ça ira mieux 🙂

  2. Typiquement le genre de balade qui ressource. Au calme, avec quelques rencontres de locaux. Entre mer et terre.
    Uhhhhmmm Que c’est chouette.
    Encore merci pour tout ces partages.
    Ca fait voyager un petit peu.

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Minami, Shikoku, Japon © Claire Blumenfeld

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