Carnets de voyages et récits de transition vers un avenir éthique et durable

Je m’appelle Claire Blumenfeld et je tiens Peregrinus Mundi depuis 2015. Ce site suit mon évolution dans la vie sous forme de chapitres. Les chapitres I à VI présentent principalement des récits de voyage et photographies. Le chapitre VII suit ma démarche de transition vers un mode de vie basé sur l’écologie et le bien-être à travers trois approches qui m’intéressent particulièrement, la permaculture, l’herboristerie et l’éco-construction.

Hiroshima et le poids de l’histoire
Hiroshima et la bombe atomique. Plongée dans l’histoire douloureuse du pays.
Hiroshima, Honshu, Japon © Claire Blumenfeld
CARNET
Mercredi 2 décembre, je pars de Kôchi en bus à 10h20. Le trajet jusqu’à Matsuyama sur la côte nord-ouest de Shikoku est tranquille. Le bus me dépose devant la gare de Matsuyama à 13h45. J’avale mon repas de midi en deux coups de cuillère à pot puis je prends un autre bus qui m’amène au terminal des ferrys. J’ai à peine cinq minutes pour acheter mon ticket et me précipiter en courant pour monter à bord que me voila partie. Cela fait au moins une dizaine d’années que je ne suis pas montée à bord d’un ferry. La vue sur le littoral qui s’éloigne me remplie de joie, sans que je sache pourquoi. La traversée est paisible, le ferry navigue entre les différentes îles qui parsèment le parcours. J’arrive à Hiroshima aux alentours de 16h. Il pleuviotte et il fait presque nuit. Je prends le tram pour rejoindre ma guesthouse, à une quarante de minutes du terminal des ferrys. C’est sous une pluie torrentielle que j’arrive à destination. L’entrée de mon hébergement est situé dans une ruelle minuscule (il ne faut pas la rater !). Première fois que je passe la nuit en dortoirs depuis mon arrivée au Japon. J’appréhende un peu mais cela se passe très bien. La guesthouse est minuscule mais très agréable. Je partage le dortoir féminin avec Jenny, jeune taïwanaise qui travaille au Japon et qui loge dans la guesthouse depuis un an ! Trois jeunes hommes sont également présents : un norvégien, un brésilien et un taïwanais. La soirée est très conviviale. Nous discutons de nos voyages et de nos impressions sur le Japon.

Réveil avec le soleil qui hélas ne durera pas. Je mets le cap sur  le Genbaku Dome ou Dôme de la Bombe Atomique, symbole de la destruction d’Hiroshima lors de la seconde guerre mondiale. Le 6 Août 1945, la bombe atomique explosa presque juste au dessus du bâtiment. Bien que en grande partie détruit, l’édifice fut un des rares bâtiments à l’épicentre de l’explosion à être resté debout. Son apparence aujourd’hui est la même que celle juste après l’explosion. La vue du bâtiment me fait instantanément monter les larmes aux yeux. Contempler de mes propres yeux, les vestiges de l’horreur que j’ai vu tant de fois reproduits en photo ou en animation à quelque chose d’extrêmement fort. Un peu écœurée je regarde des touristes se succéder pour se prendre en photo avec le Dôme en fond.

Je fais ensuite le tour du Parc du Mémorial de la paix jalonnée de monuments commémoratifs. Dont notamment le Monument des enfants pour la paix inspiré de l’histoire malheureuse de la petite Sasaki Sadako. Alors âgée de 11 ans, Sasaki développa un leucémie suite aux radiations atomiques. Elle décida alors de réaliser 1000 grues en papier plié persuadée de guérir si elle atteignait son objectif. (La grue est un symbole de longévité et de bonheur au Japon). Mais elle mourut avant d’y parvenir. Ses camarades de classe réalisèrent les grues manquantes pour lui rendre hommage. C’est depuis cette histoire que le pliage de grues est devenu très populaire au Japon.

Je visite également le Mémorial national de la paix pour les victimes de la bombe atomique d’Hiroshima. Une salle souterraine invite le visiteur au recueillement avec une reproduction à 360° de la vue d’Hiroshima juste après l’impact. Dans les salles à coté sont conservés des témoignages et des vidéos diffusent les noms et photographies des disparus. La vidéo dure quatre heures ! La vision des noms qui défilent sans interruption est insoutenable. Je ressors pour aller visiter le Musée Mémorial de la Paix juste à coté. La visite est elle aussi très éprouvante. L’atmosphère est lourde dans le musée. Très peu de gens parlent et on entend pas mal de reniflements. Certains des objets et images présentés sont absolument bouleversants.

Je ressors du musée pas mal chamboulée. Une petite marche à l’air libre dans Hiroshima me fait du bien. Malgré l’horreur qui s’est produit ici il y a 70 ans, on y trouve peu de traces aujourd’hui. L’intégralité a été reconstruit et seul le parc mémorial et le Genbaku Dome témoignent des évènements. En marchant dans les rues animées, il est un peu difficile de se dire que tout cela à réellement eut lieu.

Le soleil joue à cache-cache avec les nuages et il fait froid (beaucoup plus froid qu’à Kôchi, la différence de latitude est évidente). J’achète mon repas de midi que je vais manger dans les jardins du Hiroshima-jô, le château d’Hiroshima. Un joli sanctuaire se trouve dans l’enceinte du château. Surnommé le “Château de la Carpe”, le château d’Hiroshima présente une architecture différente des autres châteaux que j’ai vu puisqu’il s’agit d’un “château des plaines” (il ne se situe pas en hauteur). Construit en 1589, le château et ses bâtiments autour furent presque entièrement détruits lors de la Restauration de Meiji. Les vestiges restant furent rasés par la bombe en 1945. Le château fut entièrement reconstruit en 1958.

L’extérieur du château est magnifique, tout en bois. Par contre l’intérieur est tout en béton, quel dommage. Heureusement on y trouve exposé des masques et armures portés par les samouraïs et guerriers ainsi que différentes types de sabres. Le dernier étage offre une jolie vue sur Hiroshima mais il fait trop froid pour que je m’attarde.

De retour à l’auberge, je passe une soirée très agréable en compagnie de Jenny et Doris, jeune chinoise arrivée aujourd’hui à la guesthouse. Nous discutons de nos différences et de nos croyances. Jenny me raconte qu’elle croit fermement en l’existence de fantômes, notamment à un fantôme taïwanais assez effrayant. Elle trouve particulièrement surprenant que nous, européens malgré toutes nos légendes ne croyons pas à l’existence d’esprits ou de fantômes. Je lui raconte que je m’intéresse au shintoïsme (croyance en une multitude de divinités) et à l’animisme (croyance en une âme, force vitale animant tous les êtres vivants, les objets et les éléments naturels), qui sont deux croyances particulièrement implantées au Japon. Cette discussion sur les différences culturelles est très intéressante. Demain je vais mettre le cap sur Miyajima, petite île située dans la baie d’Hiroshima considérée comme étant l’un des trois plus beaux sites au Japon.

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6 décembre 2015

Textes et photographies par Claire Blumenfeld

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4 réponses

  1. Je reprends un peu ma lecture de ton blog, toujours avec beaucoup d’intérêt.
    Hiroshima a été pour moi aussi une étape importante dans ma première visite du Japon. Ce lieu est un symbole de ce que l’humanité peu faire de pire.
    Au début je n’avais pas prévu de visité le musée. Mais étant là-bas, je l’ai fait. Je ne connaissait pas le sous-sol. Mais déjà le reste est poignant !
    A mon sens, on ne peut aller au Japon sans aller à Hiroshima.
    Merci pour ce récit.

    1. Merci Laurent ! Hiroshima était aussi pour moi une visite obligée. Le sous-sol ne se trouve pas dans le musée mais dans le Mémorial national de la paix pour les victimes de la bombe atomique d’Hiroshima, un petit bâtiment dans le parc. La visite de la salle souterraine et des témoignages est extrêmement poignante.

      1. D’accord. Je comprends mieux que je ne l’ai pas vu. C’est le monument où il y a une flamme qui brûlera tant qu’il y aura des armes nucléaires sur terre ?

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