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Interactions sociales problématiques
Des difficultés relationnelles chamboulent mon expérience à Arkaroola.
Arkaroola Wilderness Sanctuary, Australie Méridionnale © Claire Blumenfeld
APARTÉ

Aujourd’hui c’est début Octobre. Cela fait plus de deux mois que je travaille à Arkaroola Wilderness Sanctuary. Et malgré la beauté de lieu, le travail intéressant, le rythme relativement calme et la sécurité (hébergement, repas et wifi fournis et une paie pas trop mauvaise), je ne m’y sens pas bien. Ou plutôt je ne m’y sens plus bien. Les deux premiers mois furent ceux de la découverte, de l’émerveillement, de l’apprentissage. Le troisième mois fut celui des accrochages, des angoisses, de la déception et du mal-être. Que s’est il passé qui a complètement chamboulé mon appréciation de l’expérience ?

J’ai toujours eu pas mal de problèmes concernant les relations sociales. Interagir avec les autres à toujours été associé à beaucoup d’interrogations, de déceptions et d’incompréhensions. J’ai du mal à comprendre les autres. Et je ne comprends pas pourquoi je n’arrive pas à les comprendre. Depuis que j’ai commencé à voyager, cela n’a pas changé. Lorsque j’ai quitté la France, il y a presque deux ans, j’avais en tête de partir un an au Japon.  Le pays n°1 sur ma liste des endroits à visiter. Ce voyage à l’autre bout du monde devait me changer mentalement et physiquement. J’allais enfin trouver qui j’étais vraiment, venir à bout de ces sentiments de mal-être et de déception qui m’habitent depuis des années et avoir des échanges relationnels réussis. 

Bien sûr ce ne fut pas le cas. J’ai passé six mois au Japon remplis de solitude et d’incompréhensions. Tout ne fut pas mauvais, au contraire. J’ai vu des choses magnifiques, fait des expériences incroyables et j’ai beaucoup appris. Mais ce qui m’a marqué fut ce sentiment de solitude extrême associé à des échanges difficiles. Oui, c’est normal. Le Japon est un pays très différent de la France, les gens s’y comportent différemment et la barrière de la langue est un obstacle dur à surmonter. J’étais très certainement naïve de penser que voyager quelques mois au Japon allaient être capable de trouver la solution à tous mes problèmes.

Plutôt que de m’obstiner et de finir dégoutée de ce pays que j’aime tant, je me suis envolée pour la Nouvelle-Zélande. Là c’était sûr j’allais probablement être capable de changer. Le pays des grands espaces et de la randonnée. Tout ce que j’aime. Cette fois, j’y ai passé un an et malgré toutes les magnifiques choses que j’ai vu et les superbes expériences que j’ai faites, le sentiment est mitigé concernant les relations sociales. Même dans un pays à la culture très européenne et sans trop de problèmes de compréhension (je parle relativement bien anglais), je n’ai pas eu, ou pas réussi, à avoir des échanges très réussis avec les autres. De nouveau je me suis sentie très seule. J’ai bien rencontré quelques personnes avec qui l’échange à très bien fonctionné mais le reste du temps fut assez décevant. J’ai eu plusieurs accrochages probablement dû à des attentes trop élevées et j’ai passé presque l’année entière sans véritables amis. Et ne parlons même pas des relations amoureuses. J’ai toujours été une solitaire mais à 28 ans, la solitude me pèse vraiment et je ressens comme un besoin vital de trouver quelqu’un (ami(e) ou partenaire) afin de pouvoir partager ce que je vis.

Me voici donc en Australie depuis Juillet. Mon plan initial lorsque j’ai quitté la NZ, était de travailler pendant six mois, voyager dans le pays pendant deux mois puis aller parcourir l’Asie à vélo. Maintenant que je suis en Australie avec un visa d’un an je pense bien y rester et profiter de l’intégralité de l’année pour découvrir le plus de choses possibles. C’est aussi pourquoi il est probablement bientôt temps de quitter Arkaroola. Je pensais y passer six mois mais après deux mois et demi je pense qu’il vaut mieux aller voir ailleurs. Le pays est tellement grand que passer six mois dans un même endroit me semble un peu dommage. Associé à cela, une expérience de nouveau très mitigée des relations sociales, mieux vaut se rendre à l’évidence. Il est probablement temps de prendre une décision. Partir et laisser derrière moi ce mal-être qui grandit ici ou rester et m’accrocher malgré les problèmes…

Arkaroola est perdu au milieu des Flinders Ranges. C’est ce que l’on appelle un Outback Resort. Cela veut dire très peu de contacts avec l’extérieur, avec la « civilisation ». Juste la nature semi-désertique et les touristes qui débarquent tous les jours. Cela ne me dérange pas, bien au contraire. J’aime la nature, les randonnées, le calme et travailler dans l’hospitalité ne me pose aucun problème. Echanger au quotidien avec les touristes de passage est un de mes petits plaisirs. Mais la plupart de temps l’échange reste très superficiel. Les personnes avec qui je pourrais avoir des échanges plus approfondis sont mes collègues de travail. Mais cela n’est pas le cas. J’ai bien une ou deux personnes avec qui j’ai des échanges un peu plus développés que simplement amicaux mais cela s’arrête là. Alors où est le problème ? Pourquoi est-ce que je me sens si déçue de mon expérience avec les autres ?

Probablement parce que les gens avec qui je travaille sont tout simplement différents de moi. Déja ils sont (presque) tous Australiens. La plupart ont vécu une grande majorité de leur vie dans l’Outback et leur rythme de vie et façon de voir les choses est différente de la mienne. L’équipe est composée d’une vingtaine de personnes, allant de la vingtaine d’années à la soixantaine. Ils sont gentils mais pas très chaleureux. Ou c’est ce que je ressens. Demandez à quelqu’un d’autre il vous dira probablement autre chose. Mais à part avec quelques personnes, je ne ressens pas vraiment de « sympathie » dans les échanges. Les gens sont très détachés et individuels. C’est peut être la vie qui veut ça. Alors c’est sûr que lorsque l’on vit et travaille en permanence avec les mêmes personnes et que cela n’accroche pas vraiment, cela n’est pas la grande joie. J’ai eu plusieurs accrochages ce dernier mois avec quelques personnes de l’équipe et avec la manager qui m’ont pas mal chamboulé et déprimé. J’ai, pendant un temps, un peu perdue de vue mes objectifs de voyage et ma volonté de changer. Mais heureusement depuis deux semaines j’essaye de relativiser ce qui m’arrive, de me concentrer sur les choses essentielles. Pas la peine d’insister, il y a des gens avec qui l’échange ne marche pas. Mieux vaut prendre mon séjour à Arkaroola comme une simple expérience et apprendre de ce qui m’arrive.

Mais peut-être que le problème vient de moi. Très certainement qu’une bonne partie du problème vient de moi. Malgré tous mes efforts pour arrêter ça, j’ai toujours des attentes beaucoup trop élevées. Que ce soit par rapport aux expériences, visites ou rencontres, j’en attends toujours beaucoup trop. Je pose, sur des gens que je viens de rencontrer, différents de moi, mes attentes. Et inconsciemment j’attends d’eux qu’ils répondent à mes angoisses et mes questionnements existentiels. Et je finis toujours déçue. On pourrait penser qu’après deux ans de voyage, j’aurais enfin appris la leçon, mais apparemment ce n’est pas le cas. Et même si j’ai commencé à changer, le changement n’est pas encore assez grand pour être visible. Cette expérience à Arkaroola est probablement une des plus dures (concernant les échanges relationnels) que j’ai vécu depuis que j’ai commencé à voyager. Oui, probablement plus dur que ce que j’ai pu vivre au Japon. Comme quoi ce n’est pas la barrière de la langue, le problème. C’est peut-être simplement mon caractère, les gens que je rencontre et l’environnement où je les rencontre. Mais toutes ces difficultés et déceptions m’auront peut-être appris au moins deux choses. Apparement soit je suis faite pour travailler de façon solitaire sans équipe. Soit j’ai besoin d’être dans un environnement permettant plus d’échanges (une équipe plus grande ou tout simplement ne pas vivre et travailler sur le même lieu). Je n’ai pas encore trouvé quelle est la situation juste pour moi. La deuxième chose que m’a appris ce séjour dans l’Outback, c’est que la beauté d’un environnement n’est pas suffisante pour effacer le manque d’échanges relationnels. Arkaroola a beau être magnifique, le manque d’échanges agréables en font une expérience mitigée à l’heure où j’écris ces lignes.

Vous suivez le Chapitre 3 : Le continent songeur

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Depuis 2015 je chemine à la découverte d’autres cultures et d’autres modes de vie d’abord à travers plusieurs pays étrangers puis en France. Rencontres, confrontations et réflexions élargissent ma vision du monde et développent ma conscience écologique. La pandémie du covid19, les catastrophes climatique et biologique en cours et la nécessité de mettre en place des changements de vie majeurs orientent mes décisions quant à mon futur. Je travaille aujourd’hui à la construction d’un avenir le plus résilient possible à travers l’acquisition de savoirs liés à l’éco-construction, les low tech et les plantes et en évoluant vers un mode de vie centré sur la frugalité heureuse et le vivre-ensemble

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