Découvrez en vingt photos mon wwoofing à la ferme Kiyuna du 18 au 27 Janvier 2016, dans le nord d’Okinawa.

La ferme Kiyuna

 

Au Nord d’Okinawa, sur la côte ouest se situe le village d’Ôgimi. S’étalant sur le bord de mer et les petites collines recouvrant le nord de l’île, les habitations sont rurales et assez isolées l’une de l’autre. Sur un plateau un peu à l’extérieur du village se trouve de nombreuses petites fermes familiales dont la ferme Kiyuna dédiée à une petite production laitière.

Une végétation tropicale

 

Les alentours de la ferme sont remplis d’une espèce de jungle faite d’un mélange de feuillus et d’arbres tropicaux. L’atmosphère y est chaude et humide. La plupart du temps. Pendant la moitié de mon woofing j’ai eu droit à une très forte tempête de pluie avec des vents à décorner les boeufs et une très forte baisse des températures. J’ai bien cru que notre hébergement fait de bric et de broc allait céder sous la puissance des rafales.

Production laitière

 

La ferme Kiyuna possède une vingtaine de vaches laitières, vingt-quatre génisses et six veaux. Chaque vache a son petit caractère : la chef de groupe, l’énergique, la curieuse, l’effrontée, la brute, la calme, la peureuse, l’angoissée, la « pousse-toi que je passe »…

Asahide Kiyuna

 

La ferme Kiyuna appartient à un couple de japonais âgés mais en grande forme. Asahide est un papi farceur, gentil, souriant et ayant vécu deux ans aux États-Unis dans sa jeunesse. Atteint de la maladie de Parkinson, Otôsan (surnom affectif signifiant « Papa ») a quelque difficulté à parler quand il est fatigué. Passionné de musique, il passe une bonne partie de son temps à chanter, à sculpter de petites flûtes à partir de bambous ou à jouer du shamisen (sorte de guitare traditionnelle à trois cordes traditionnelle d’Okinawa) à l’intérieur de l’ancien silo, aujourd’hui vide et permettant une jolie résonance. Asahide s’occupe principalement d’évacuer le fumier et de traire les vaches.

Keiko Kiyuna

 

Keiko Kiyuna est elle aussi souriante comme son mari mais beaucoup plus autoritaire. C’est elle qui prépare les repas pour les woofers et s’occupe de nourrir les veaux. Elle entretient également un petit potager et un petit jardin contenant des plantes médicinales et aromatiques. Ici avec Akiko, une des woofeuses, elle montre comment faire du beurre de façon traditionnelle : mélanger un peu de lait et de crème, secouer le tout pendant cinq minutes et ajouter quelques pincées de sel.

Une ferme de woofers

 

Kiyuna Farm ne fonctionne principalement qu’avec des woofers. Les seuls autres employés permanents sont un homme et une femme venant traire les vaches le matin et le soir à tour de rôle avec Asahide. Les murs de la ferme sont d’ailleurs couverts de dessins de woofers venant des quatre coins du monde. Durant mon séjour, j’ai travaillé avec deux japonaises, un anglais, une allemande et lorsque je suis partie, une autrichienne arrivait. Sonja que l’on voit sur la photo est une jeune allemande de 23 ans venue au Japon pour un mois et demi. Un mois de woofing suivi de deux semaines de découverte du pays avec un de ses amis venant la rejoindre. Jeune fille calme et très sympathique, on a beaucoup discuté de nos interrogations similaires sur notre futur, notre boulot et nos envies de voyage.

Les autres animaux

 

En plus des vaches, Kiyuna Farm possède une quinzaine de chèvres, une dizaine de lapins, une bonne trentaine de coqs et poules et un couple de cochons noirs ressemblant plus à des sangliers qu’à des cochons.

e planning de la journée

 

Le travail à Kiyuna Farm commence à 6h du matin pour rassembler les vaches qui ont passé la nuit dans le pré en extérieur. Pendant qu’elles se font traire, nous nous occupons de nettoyer l’étable et d’évacuer le fumier des stalles. Vers 7h30 nous les nourrissons au foin, puis une demie-heure plus tard à l’esa (terme japonais désignant un complément alimentaire). Petit-déjeuner à 8h. Jusqu’à midi, les vaches sont nourries toutes les demies-heures en alternant foin et esa. Chèvres, lapins, coqs et poules et cochons sont également nourris et les cages nettoyées. Repas à midi puis temps libre jusqu’à 3h. Le travail reprend ensuite  jusqu’à 5h – 6h  pour de nouveau nettoyer les étables et évacuer les déjections et nourrir tous les animaux.

Préparer l’Esa

 

L’esa est complément alimentaire pour nourrir les vaches fait d’un mélange de céréales, de tofu, d’une autre substance d’une odeur atroce dont je n’ai pas retenu le nom, de riz et de vitamines. Les vaches mangent en général deux grandes brouettes d’esa par jour. Nous devions donc préparer et mélanger la mixture à la main deux à trois fois dans la journée.

Un travail physique et fatiguant

 

Le travail à la ferme n’est pas une partie de plaisir. Nettoyer les étables, préparer le foin, mélanger l’esa, nettoyer les veaux, etc sont des tâches longues, difficiles et douloureuses pour le corps surtout dans les premiers jours. Qu’il fasse un soleil magnifique ou que ce soit la tempête, le travail doit être fait. Le manque de diversité rend également le travail un peu monotone. La fatigue est d’autant plus importante que les temps libres sont peu nombreux et de courtes durées. J’avoue que la grosse charge de travail m’a un peu surprise à mon arrivée et que le travail ne m’a pas particulièrement enchanté. Par contre j’ai apprécié travailler toute la journée en plein air avec des animaux et voir le lever de soleil tous les matins.

Un hébergement précaire

 

L’hébergement des woofers est une petite cabane faite de bric et de broc, en bois, tôles et bâches en plastique juste devant l’enclos des veaux, coqs et poules. Réveil à 5h par un cocorico garanti ! L’hébergement est constitué d’une salle commune et d’une chambre-dortoir. L’équipement est minime et l’isolation thermique inexistante. Lors de la tempête qui a eu lieu pendant cinq jours de mon woofing, les bâches claquaient si fort que l’on ne s’entendait presque plus parler. Les toilettes et la douche sont à l’extérieur avec des conditions sanitaires très rurales. Il faut faire le feu pour avoir de l’eau chaude. Malgré tout, l’ensemble possède un certain charme, notamment grâce aux peintures réussies qui tapissent les murs du dortoir et de la ferme.

La loi du plus fort

 

D’un naturel plutôt calme en temps normal, les vaches se transforment en véritables brutes lorsqu’arrive la nourriture. Les vaches les plus faibles sont alors chassées à coup de cornes. Nombreuses sont les vaches qui possèdent des marques de cicatrices et j’ai vu plusieurs fois une vache saigner suite à un coup violent. J’ai également observé ce genre de comportement chez les chèvres et lapins mais en moins violent.

Honey Bunny

 

Honey Bunny est la vache la plus faible de l’ensemble du groupe. Étant constamment brutalisée par les autres vaches et se trouvant donc dans l’incapacité de manger, elle fut séparée du groupe pour être « hébergée » dans un petit espace à elle seule. D’un naturel tranquille, Honey Bunny est la seule vache à avoir reçu un prénom qui fait d’ailleurs référence à sa robe d’une jolie couleur miel.

Un amour de chatons

 

La ferme abrite une dizaine de chats et trois petits chatons pour la plupart errants qui ont décidé de s’établir dans les étables après s’être rendus compte qu’il était facile d’obtenir de la nourriture. Lorsque je suis arrivée, la plupart avaient attrapé froid suite au mauvais temps et c’était un peu douloureux de les voir renifler ou atchoumer, les yeux larmoyants. Le rhume est une maladie qui peut être très dangereuse pour le chat. Sonja et moi leur avons construit des petits abris de fortunes pour les protéger du froid et de la pluie. Les trois petits chatons (je n’ai aucune idée de leur âge mais ils ne devaient pas être vieux) étaient absolument irrésistibles. En quête d’amour et de caresses, ils venaient tout le temps miauler et se frotter à nos jambes pour être pris dans les bras. Ronronnements immédiats ! J’ai partagé quelques très beaux moments de tendresse avec chacun des trois, notamment le soir lorsque je les amenais avec moi dans la petite baraque où se trouvait la connexion internet pour les protéger du froid. En boule sur mes jambes s’endormant ou suivant avec attention un des épisodes que je regardais, réclamant des caresses truffe à nez, ronronnant, petit corps chaud si mince. Moi qui n’était pas énormément fan des chats avant ça, mon coeur a changé de bord.

Séparation

 

Quatre veaux mâles furent vendus pendant mon woofing, très certainement pour finir dans nos assiettes. Les faire quitter leur enclos fut une petite bagarre à chaque fois. Mais un veau seul est impuissant face à deux hommes décidés.

L’ancien silo

 

 

Kiyuna Farm possède un silo aujourd’hui transformé en caisse de résonance pour les séances de musique d’Asahide. Celui-ci a aménagé l’intérieur en y installant lampe, petite table et chaise. Shamisen, flûtes et partitions de musique reposent à l’intérieur. Quand l’envie lui prends, Ôtosan se lance dans l’interprétation de grands classiques, chant y compris.  Il est également possible de faire l’ascension par l’extérieur du silo. La montée d’une trentaine de mètres (je pense) est douloureuse pour les mains mais la vue au sommet sur les environs vaut le coup.

Retour du soleil

 

Le retour du soleil après cinq jours de tempête fut vécu par tout le monde comme une délivrance. Tous les animaux se prélassaient au soleil pour emmagasiner la chaleur. Ni, le chien de la ferme (« Ni » signifie « deux » en japonais), aimait particulièrement s’étaler dans l’herbe verte sur un des cotés de notre hébergement.

Visites scolaires

 

Kiyuna Farm accueille régulièrement des visites des écoles des alentours. Les enfants découvrent le travail et la vie à la ferme, apprennent à faire du beurre, tester la traite des vaches et jouent avec les chatons. Beaucoup d’agitation et de cris durant ces visites mais les sourires et l’enthousiasme font plaisir à voir.

Cuisson maison

 

Pour la visite des enfants, Keiko Kiyuna avait préparé des petits pains en forme de mamelles de vaches. Mais la plupart des enfants ont trouvé qu’ils ressemblaient plutôt à des « oppai » (« seins » en japonais). Du coup ils furent rebaptisés « oppai-pan » (« pan » signifiant « pain »). Les enfants ont beaucoup rigolé. Blague à part, les pains étaient très bons.

Bonus

Sounds of Kiyuna Farm – La traite des vaches :

 

L’introduction à ce focus est disponible, ici.