CARNET

Courts instants de découverte

Dernier voyage à travers la côte Est de l'Australie, en passant par le Queensland et la Grande Barrière de Corail.
Catégories
Thématiques
Publié le
Textes & Photos
Grande Barrière de Corail, Queensland, Australie © Claire Blumenfeld

Je quitte Mont Buller avec un sentiment de délivrance. Ma décision est prise, je rentre en France. Il me reste à peine un mois en Australie, il faut en profiter. Le continent est gigantesque, il y a tant d’endroits que j’aurais voulu voir. Mais il me faut choisir. Je n’ai le temps que pour un seul endroit. Des récits de voyage de mes parents en Australie (je suis née en Australie il y a une trentaine d’années alors qu’ils y habitaient pour deux ans dans le cadre d’un doctorat), celui qui m’a le plus marqué concerne la Grande Barrière de Corail. Cette grande étendue extraordinaire de corail au large de l’état du Queensland au nord-est de l’Australie. À l’époque, mes parents avaient passé une semaine en bivouac sur une des petites îles inhabitées de la barrière. Nage et plongée avec tuba parmi les coraux, les poissons multicolores et les requins. Balades autour de l’île. Ponte des tortues. Attaques d’oiseux sauvages. Autant d’anecdotes extraordinaires que mes parents m’ont raconté plusieurs fois lors de soirées de visionnage de diapositives.

Aujourd’hui le bivouac est beaucoup plus difficile à faire et beaucoup plus cher. Il va falloir faire autrement. Je décide de me rendre à Airlie Beach, une petite ville portuaire dans l’état du Queensland connue pour être la porte d’entrée sur la Grande Barrière de Corail et les îles Whitsunday. Quelques 3000km au nord-est de moi. Et me voila donc partie pour un road trip d’une dizaine de jours afin de rejoindre Airlie Beach. Je parcours la campagne australienne, le paysage monotone s’étalant devant mes yeux. Quelques heures de voiture par jour, petite balade dans l’après-midi et bivouac dans l’un des free camps accessibles un peu partout (aire de repos ou espace de camping libre non payant). Voila ma routine.

Je laisse Melbourne derrière moi, un pincement au coeur en me disant que je ne retournerais pas en Tasmanie. Albury, Wagga Wagga (pas loin d’où j’ai passé deux mois dans les champs de myrtilles, six mois auparavant), Canberra puis Sydney de loin. Arrêt aux Blue Mountains pour une visite éclair où une pluie torrentielle s’abat sur moi. Je file le long de la côte pour m’éloigner du déluge. Ma petite Toyota Hilux, fidèle compagnon dont il faudra que je me sépare dans moins de deux semaines semble doucement devenir une extension de moi-même. J’arrive enfin à Gold Coast et Brisbane signe d’entrée dans le territoire du Queensland. J’y vends mon vélo et la vie à l’intérieur de ma voiture devient soudainement beaucoup plus confortable. Enfin un peu d’espace. Dans quelques jours je serais à Airlie Beach.

Je roule vers le nord, avalant les kilomètres. Moi qui n’aime pas tellement conduire, j’ai l’impression de m’y habituer. Le paysage change doucement. Plus chaud, plus tropical. Les grandes prairies font place aux champs de canne à sucre. Bundaberg, Gladstone, Rockhampton, Marlborough, Clairview, Mackay et enfin Airlie Beach. Par une fin d’après-midi au ciel hésitant entre grand soleil et grosse pluie j’arrive enfin à ma destination.

Depuis quelques jours, la couleur de l’eau a changé. La mer s’est faite de plus en plus turquoise et j’ai aperçu les premières îles de la Barrière de Corail. Mais Airlie Beach est définitivement la porte d’entrée vers cette merveille. La ville est très touristique, remplie de jeunes backpackers et de familles en vacances. Mais elle possède un charme particulier qui me plaît instantanément. Je m’installe dans un camping, prends une bonne douche et réserve mes excursions pour les prochains jours : une croisière en bateau à la journée parmi les îles Whitsundays et la très connue Whitehaven Beach. Une croisière en bateau parmi la grande barrière de corail avec une sortie plongée en tuba. Un survol en petit avion des îles Whitsundays et de la barrière. Et pour finir une expédition sur l’île Hamilton.  Tout cela est très touristique mais pour mes derniers jours limités par le temps en Australie, je n’ai pas le choix. 

Ma petite semaine à Airlie Beach se révèle être grandiose. Le temps est superbe, chaud mais encore supportable pour moi et les excursions se révèlent être très satisfaisantes malgré les touristes. Je commence par la visite de la Barrière de Corail. Le bateau mets bien deux heures pour y arriver et soudainement l’étendue de corail apparaît de nulle part. Quelle étrangeté. Tout autour du bateau qui navigue avec prudence des récits coralliens s’étalent à perte de vue. Nous plongeons dans l’eau froide pour admirer les coraux et poissons. Les signes du réchauffement climatique et du blanchiment de la barrière sont bien présents. Plusieurs zones blanches, mortes, apparaissent régulièrement comme des plaies douloureuses sur le sol de l’océan. Je remonte sur le bateau me demandant quel impact notre tourisme de masse ajoute aux conséquences déjà désastreuses du changement du climat. Selon les dires des guides, une seule zone limitée de la barrière est accessible aux touristes via les excursions afin de limiter la destruction. Je reste un long moment, fascinée à regarder l’océan et ses changement de couleurs témoins de l’existence fragile des récifs coralliens.

Le lendemain départ de bonne heure pour un survol des îles Whitsundays et de la Barrière en petit avion. La vue se révèle extraordinaire. Probablement un de meilleurs vol que j’ai fait. Les îles dévoilent leur beauté et nous survolons Whiteheaven Beach mesmerisés par la longue étendue de sable blanche. Mais le joyau reste le survol d’Hill Inlet, l’embouchure au bout de la plage avec ses bandes de sable blanc et son eau turquoise. Magnifique.  Puis nous mettons le cap sur la Barrière de corail et j’ai la surprise de la voir apparaitre à moitié immergée ! C’est marée basse contrairement à hier et la partie haute de coraux est à découvert. Depuis le ciel, je prends la mesure de l’étendue de la Barrière et de son extraordinaire présence. On dirait une peinture abstraite.

L’après-midi je repars pour une croisière le long des îles avec arrêt sur Whitehaven Beach et Hill Inlet. Depuis le sol, la vue est différente. La plage est remplie de touristes et j’ai un peu de mal à retrouver la sensation d’émerveillement que j’ai eu le matin lors du survol. Je me balade sur la plage et observe deux goanas (monitor lizards) essayant de voler de la nourriture. Ils sont très beaux et impressionnants.

Je passe mon dernier jour à me balader sur Hamilton Island, satisfaite de mon passage à Airlie Beach. Je n’en ai vu que la partie touristique mais le peu de temps qu’il me reste ne me permet pas d’en profiter plus. La semaine se finissant je repars dans le sens inverse pour retourner à Brisbane.

Le retour se fait tranquillement puisque je suis la même route qu’à l’aller. Je fait un détour par la petite ville d’Agnès Water- Seventeen Seventy pour aller faire une dernière balade et profiter d’un superbe coucher de soleil. Il me reste à peine quelques jours en Australie et il me faut vendre ma voiture et mes affaires. À Brisbane je rencontre un monsieur intéressé mais il s’avère que la personne intéressée n’est en fait pas lui mais une jeune française du même âge que moi ! Élodie est arrivée récemment en Australie, fait du Airbnb chez le monsieur et cherche une voiture pour partir en road trip et travailler. Ma Toyota Hilux lui a tapé dans l’oeil. Je me sens un peu rassurée de vendre ma voiture que j’aime tant à une personne qui me ressemble. Ma Toyota est une vieille mamie avec pas mal de soucis mais elle est robuste et je l’ai aimé dès le premier coup d’oeil. M’en séparer me fait mal au coeur.

Je passe mes derniers jours en compagnie d’Elodie et du monsieur qui a très gentillement accepté de me laisser dormir chez lui. Il faut régler le problème du test technique de la voiture qui me coûtera un bras, faire les papiers du transfert, ranger et trier mes affaires et préparer mes valises. Je visite rapidement Brisbane et je fais une dernière balade avec Elodie dans les GlassHouse Mountains, un petit parc national proche de Brisbane où s’élève onze monts aux formes étranges issus d’éruptions volcaniques.

Et puis le Dimanche 23 Septembre, je laisse derrière moi ma voiture, la grande majorité de mon barda, Elodie, Brisbane et l’Australie. Je quite la terre australienne, un mélange de sentiments étranges m’étreignant la gorge. La joie de rentrer. L’excitation de commencer un nouveau voyage. L’angoisse du vol. La tristesse de quitter l’Australie. L’impression de laisser une partie de moi sur cette terre si différente. La déception de ne pas avoir pu / su continuer mon séjour ici puis en Asie. Un goût amer d’échec se profile doucement dans mon crâne.

Mais il est trop tard, je suis déjà partie. Au-revoir Australie. J’ai l’impression étrange de quitter pour de bon cette fois-ci, la Nouvelle-Zélande et le Japon. Cela fait trois ans que je voyage dans cette partie du monde. Et en quittant l’Australie, j’ai la sensation de quitter définitivement toute cette partie du monde. Au-revoir Australie, Nouvelle-Zélande et Japon. Merci pour tout ce que vous m’avez apporté. Je ne sais pas si je reviendrais un jour sur ce gigantesque continent qu’est l’Australie mais je l’espère. J’espère pouvoir y revenir et continuer d’en faire le tour. Et surtout j’espère être capable la prochaine fois de l’apprécier pleinement.

Overview Chapitre III

Le continent songeur

En terre australienne

Après six mois au Japon, je passe six semaines en Australie en compagnie de mes parents.

Retour en Australie

Traversée en cargo de la Nouvelle-Zélande à l’Australie et retour en terre connue.

La terre d’Arkaroola

Poussière rouge, kangourous, lac salé et bush aride. Découvertes en terre particulière.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Don`t copy text!

Carnets et créations orientés nature et voyage

par Claire Blumenfeld

CHAPITRES

VIDÉOS     |     PHOTOGRAPHIES

À propos

Claire Blumenfeld. La trentaine. Passionnée de nature, voyages et découvertes. J’observe le monde, la vie autour. Je cherche des réponses sur moi-même. Entre carnets, photos, vidéos et notes, voici les chapitres de ma vie. Le récit de mes errances.

À propos

Claire Blumenfeld. La trentaine. Passionnée de nature, voyages et découvertes. J’observe le monde, la vie autour. Je cherche des réponses sur moi-même. Entre carnets, photos, vidéos et notes, voici les chapitres de ma vie. Le récit de mes errances.

Carnets et créations orientés nature et voyage

par Claire Blumenfeld

Contenu récent

Beauté naturelle

La nature est complexe, diverse et magnifique. En changeant de point de vue, l’approche poétique révèle la beauté naturelle.

Dans un monde à l’arrêt

La France est confinée pour essayer de ralentir la propagation du virus et j’observe la nature qui bourgeonne avec l’arrivée du Printemps.