Carnet
Au contact des carottes
Ramasser des légumes durant l’automne tasmanien et se sentir un peu en décalage.
Informations

Textes et photographies par Claire Blumenfeld

30 juin 2018
Carnet
Au contact des carottes
Ramasser des légumes durant l’automne tasmanien et se sentir un peu en décalage.
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Textes et photographies par Claire Blumenfeld

30 juin 2018

Depuis quelques jours il commence à faire très froid le matin. L’air frisquet me transperce les mains et les pieds que les gants et bottes ne parviennent pas à garder au chaud. Je surveille l’évolution du lever du soleil du coin de l’oeil espérant un réchauffement soudain de l’atmosphère. Mais il faut plusieurs heures pour l’atmosphère se réchauffe de quelques degrés. Depuis fin Avril, je travaille à Premium Fresh. Une exploitation agricole de légumes à dix minutes de Devonport. Trois équipes d’une dizaine de personnes s’occupent de ramasser à la main les différents légumes que la ferme produit. L’équipe où je suis s’occupe de ramasser des carottes, rhubarbes et blettes. Parfois nous allons aider les autres équipes qui elles s’occupent des broccoli, choux de bruxelles, poireau et betteraves. Le nom de l’équipe est Bunching Crew car nous faisons des « bunches » ou “bottes” en français. Des bottes de carottes, de bottes de rhubarbes et des bottes de blettes. Avec des élastiques. Rouge pour les carottes et rhubarbes et jaune pour les blettes.

L’atmosphère de l’équipe est étrange. Pas très sympathique mais pas horrible non plus. Je ne discute pas beaucoup. Il faut dire que la majorité de l’équipe est Taiwanese. Six Taïwanais, deux Tasmaniens et moi. Une Française perdue au milieu de tout ça. Deux japonais étaient présents durant mes premiers jours mais hélas ils sont partis depuis. Les Taïwanais se connaissent déjà et n’ont pas grand désir de connecter avec moi apparemment. À part deux-trois personnes, je n’ai aucun échange avec le reste. Les Tasmaniens, le superviseur et un type d’une trentaine d’années ont un niveau de conversation qui n’est pas assez élevé pour que j’ai réellement envie de m’y joindre. Alors je me concentre sur faire mes bottes. Neuf à douze carottes par bottes, en fonction de la taille. 1…2…3…4…5… etc. Et cela en boucle toute la journée. Vingt cinq bottes forment une pile. Le système d’arrangement des bottes a été mis en place par James, le superviseur. Cela lui permet de compter rapidement combien de carottes nous avons récolté. Tous les matins les nombres tombent : 3000 carottes, 500 rhubarbes et 300 blettes à récolter aujourd’hui. Parfois nous ne récoltons que des carottes toute la journée. Les carottes que nous récoltons sont de petites carottes fines et fragiles, des “Dutch carrots”. Nous les récoltons avec la tige et les feuilles. Toutes les carottes abimées ou de formes anormales doivent être supprimées des bottes. Ils est recommandé de faire des bottes avec des longueurs de carottes homogènes. Certaines des carottes atteignent une dizaine de centimètres mais la plupart tournent autour de cinq à sept centimètres. Elles ont un goût un plus sucré que les carottes normales et sont vendus un peu plus cher dans les supermarchés. 

Le travail n’a rien de bien compliqué. Il est même très simple et le rythme est tranquille (la plupart du temps). Nous commençons à sept heures du matin et finissons généralement à quatre heures. Si nous avons finis de récolter toutes les commandes pour la journée avant quatre heures, il est soit possible de rentrer chez soi, soit profiter du temps restant pour désherber les champs de blettes envahis de fleurs sauvages. Le travail n’est pas vraiment physique non plus. Être assis dans la terre toute la journée n’a rien de fatiguant à part une certaine langueur dans les jambes. À l’exception du désherbage qui lui n’est vraiment pas un travail agréable. Le travail à Premium Fresh n’a rien à voir avec le stress de mon précédent travail en tant que superviseur dans les framboises à Costa. Mais il n’empêche que je m’ennuie. Je ne supporte pas la répétitivité et puisqu’il n’y a personne avec qui discuter, j’ai du mal à trouver de la motivation pour faire mes centaines de bottes par heure. La monotonie, cela me tue. Et puis bien que je comprenne que certains puisse trouver le travail relaxant (pour l’esprit), je trouve que cela manque un peu de challenge. Le job n’est pas assez intéressant pour tenir toute la journée. 

Certains des Taïwanais dans l’équipe sont là depuis des mois. La personne de l’équipe la plus ancienne est là depuis 10 mois !! Presque un an passer à ramasser des carottes. Je ne peux m’empêcher de trouver cela un peu vide de sens. Je sais bien que la plupart des Taïwanais sont là pour se faire de l’argent (le salaire à Taiwan étant ridiculement bas) mais étant donné que le Travail à Premium Fresh n’est payé que 22.86$ par heure (moins que le salaire minimum de 23.53$), je ne trouve pas que travailler à Premium Fresh soit le meilleur job pour économiser. Peut-être restent-ils pour le coté tranquille et facile ?

De mon coté, en mi-Avril, alors que le travail à Costa dans les framboises a commencé à se réduire, la fin de la saison se faisant sentir, j’ai cherché un autre travail. J’ai postulé auprès des petites stations de ski parsèmant la Cordillère Australienne pour la saison d’hiver 2018. Une réponse positive pour Mont Buller, la troisième plus grande station de ski en Australie, m’a enchanté mais la saison d’hiver ne commençant que fin Juin, je me suis retrouvée avec deux mois à attendre. Il a donc fallu que je trouve un autre travail et la seule possibilité restante en Avril en Tasmanie se trouvait être dans la récolte des légumes. Il me manquait également une vingtaine de jours de travail pour compléter mon total de 88 jours en ferme exigés afin d’obtenir un second visa d’un an en Australie. Premium Fresh s’est donc avéré être ma seule possibilité.

Après deux mois de travail à Premium Fresh, je ne suis pas mécontente d’en finir. Le job m’a permis de mettre un peu d’argent de coté et surtout de passer un peu plus de temps en Tasmanie. Grâce à cela j’ai pu continuer d’explorer l’île pendant mes jours de repos. Mais la répétitivité du travail et l’étrange sentiment de se sentir un peu à l’écart de l’équipe ont rendu l’expérience très moyenne et après deux mois passé dans les champs, j’ai plus qu’envie de passer à autre chose.

Overview Chapitre III

Le continent songeur

En terre australienne

Après six mois au Japon, je passe six semaines en Australie en compagnie de mes parents.

Retour en Australie

Traversée en cargo de la Nouvelle-Zélande à l’Australie et retour en terre connue.

La terre d’Arkaroola

Poussière rouge, kangourous, lac salé et bush aride. Découvertes en terre particulière.

Perdue dans les nuages

Mont Buller, une petite station de ski en Australie où j’ai passé trois mois perdue dans la neige et les nuages.

Courts instants de découverte

Dernier voyage à travers la côte Est de l’Australie, en passant par le Queensland et la Grande Barrière de Corail.

Un petit peu d’Australie

L’Australie est un continent immense. Une sélection de photographies illustrant la variété des paysages.

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Carnets et créations orientés nature et voyage

par Claire Blumenfeld

À propos

Claire Blumenfeld. La trentaine. Passionnée de nature, voyages et découvertes. J’observe le monde, la vie autour. Je cherche des réponses sur moi-même. Entre carnets, photos, vidéos et notes, voici les chapitres de ma vie. Le récit de mes errances.

Claire Blumenfeld. La trentaine. Passionnée de nature, voyages et découvertes. J’observe le monde, la vie autour. Je cherche des réponses sur moi-même. Entre carnets, photos, vidéos et notes, voici les chapitres de ma vie. Le récit de mes errances.