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Une fin d’année en Provence
Balade dans les paysages provençaux en hiver, redécouverte de la Garrigue et conclusions sur cette fin de décennie.
Provence, France © Claire B. - Merci de ne pas utiliser sans autorisation

C’est la fin de l’année en Provence. L’hiver est arrivé, il ne fait pas très chaud et le mistral souffle. Cela fait plus de deux mois que je suis rentrée en France. L’Islande m’a beaucoup manqué les premiers temps et puis les jours ont défilé et je me suis laissée absorbée par les multiples projets dans lesquels je mettais lancée. Je suis allée de nombreuses fois en Camargue en bordure de la mer mais aussi plus vers l’intérieur, dans la plaine provençale. Je suis allée me balader à pied ou à vélo, avec mes parents ou seule, redécouvrant ce pays avec lequel j’entretiens une relation un peu conflictuelle.

La Provence durant la saison estivale est, pour moi, un lieu invivable. Une plaine aride et sèche où faire le moindre mouvement demande un effort monumental. J’exagère un peu mais ça n’est pas si loin de la réalité. Mais en ce moment c’est l’hiver et le climat n’a rien à voir. Les températures sont fraiches voir froides, la végétation est toute verte suite aux grosses pluies d’automne et la lumière est magnifique. Les journées sont courtes mais quand le temps n’est pas couvert (très régulièrement grâce au Mistral), la lumière est d’une pureté magique déposant une ambiance paisible et simple sur le paysage. J’aime aller courir, me balader ou faire du vélo en fin d’après-midi afin de profiter du coucher du soleil qui pose de jolies teintes rosées pâles sur les arbres le long du Rhône. C’est très beau et cela diffère grandement de mes souvenirs. 

La Provence est une grosse région du sud de la France appelée officiellement la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Elle couvre une variété de paysages et d’environnements fait de grandes plaines (comme la plaine du Rhône où vivent mes parents), de petits massifs calcaires, de garrigues, de littorals et de moyennes montagnes (les Préalpes). La grande majorité du climat est méditerranéen se transformant en alpin dans les Préalpes. Pour moi qui vit, en ce moment, dans la partie méditerranéenne proche de la côte, la Provence, c’est un ensemble de champs et plaines agricoles où poussent oliviers, vignes, lavande et arbres fruitiers (au Printemps) avec quelques feuillus (qui ont actuellement perdu leurs feuilles) entourés de massifs vallonés calcaires couverts de garrigue. 

Proche du maquis, la garrigue est un type de végétation poussant sur les reliefs calcaires méditerranéens. Le sol couvert de pierres blanches ne permet qu’aux petits arbres de pousser. Ceux-ci sont majoritairement composés d’oliviers, chênes verts, houx, pins et arbousiers. À cela s’ajoute de nombreux buissons et plantes comme le genévrier, le buis, le thym, le romarin, le genêt, la salsepareille ou le figuier de barbarie. Peu d’ombre pour se protéger du soleil mais de nombreuses odeurs fortes et entêtantes embaumant les narines. Du coté de la faune on y trouve de nombreux insectes, des couleuvres (surtout en été), pleins de lézards et lapins, pas mal de sangliers (invisibles en journée) et une foule d’oiseaux dont des busards cendrés. En été la garrigue souffre de la sécheresse et il n’est pas rare que des feux d’origines naturelles (ou humaines) se déclenchent. 

Depuis plusieurs années, la garrigue voit ses buis se faire dévorer par la pyrale du buis. Originaire d’Asie Orientale, la pyrale est un papillon de nuit dont la chenille se nourrit exclusivement de buis. L’insecte est arrivé en France dans les années 2000 et depuis la prolifération du papillon s’est multipliée, l’insecte n’ayant pas de prédateurs (en Europe). Les seuls buis encore épargnés sont ceux se trouvant à plus haute altitude, la pyrale ne supportant pas le froid. La grande majorité de buissons auprès desquels nous passons lors de nos balades ont été entièrement ravagés. Il n’en reste qu’un squelette dont les branches sont recouvertes de cocons collants. Par endroits nous marchons sur des kilomètres au milieu des arbres morts. La catastrophe est grande. Pourtant depuis un ou deux ans, mes parents ont remarqué que certains arbustes commençaient à faire des repousses. Quelques feuilles vertes réapparaissent par-ci par-là laissant espérer une possible évolution positive et mettant en évidence la résilience de la nature. Il se peut qu’à force de dévorer les arbres entiers, la pyrale se soit condamnée elle-même à sa destruction n’ayant plus rien à manger. Une évolution à suivre dans les années à venir mais qui semble de façon ironique refléter la situation actuelle du monde et de la société humaine. 

Le Pont du Gard, entre Uzès et Remoulins servait au passage d’un aqueduc romain. Une Tremelle gélatineuse, les fruits bleus métalliques du Laurier Tin, une arbouse, fruit de l’arbousier.

En se baladant dans les garrigues de la région, il n’est pas rare de tomber sur des vestiges préhistoriques ou médiévaux. C’est ce qu’il reste de l’intense activité agricole se déroulant autrefois dans la région. De nombreuses terraces et murs en pierres sont encore visibles ainsi que des “bories” ou cabanes en pierres sèches, petits chef-d’oeuvres architecturaux, souvent à moitié écroulés servant autrefois d’abris aux paysans et bergers. On trouve généralement à proximité un “aiguier”, sorte de citerne creusée dans la roche, couverte ou non et servant à recueillir l’eau de pluie. On peut aussi observer l’emplacement d’anciennes charbonnières où des familles souvent très pauvres coupaient et brulaient le bois de la garrigue pour en faire du charbon vendu en ville. Un peu plus loin vers le massif de la Sainte-Baume se trouvent des glacières. Ces gigantesques constructions en pierre creusées d’environ trente mètres de profondeur et s’élevant à une vingtaine de mètres au dessus de la limite du sol servaient à stocker de la glace et furent utilisées autour de 1830. La révolution industrielle et l’exode rural ont mis fin à toute cette activité et la nature a depuis progressivement repris ses droits. La région est également connue pour les nombreux vestiges romain, petits châteaux et monastères qu’elle abrite, témoignages d’une région ayant subi de nombreux changements et occupant une place importante dans l’histoire de la France.

J’aime me balader en hiver en Provence, redécouvrir les paysages, les ruines enfouies sous la garrigue, les plaines agricoles vides et les jolis petits villages à l’architecture traditionnelle. Au loin, surplombant la vallée comme un petit Mont Fuji, s’étale le Mont Ventoux. Culminant à presque 2000m, le Géant de Provence est un relief calcaire isolé dont le sommet est dénué de végétation provoquant l’illusion de loin d’être en permanence couvert de neige. Le Mistral y souffle en permanence. Autrefois parcouru par les bergers et leurs bovins, la montagne est aujourd’hui arpentée principalement par les cyclistes en quête de challenge et sert régulièrement d’étape au Tour de France. En hiver ça n’est pas le meilleur endroit pour aller se balader parce qu’il y fait sacrément froid. 

Redécouvrir la région durant ces deux derniers mois de l’année 2019 m’a ouvert les yeux sur l’environnement autour de moi et m’a permis de revoir mes préjugés. Je ne pense toujours pas être capable de l’apprécier en été mais en hiver la vie y est tranquille et agréable et j’apprécie cela. C’est vraiment en hiver que la Provence dévoile tout son potentiel pour la randonnée et le cyclisme. En été les hautes chaleurs rendent toutes activités difficiles. 

Passer les fêtes de fin d’année ici, en cette décennie qui se finit et après cinq ans à l’étranger, fut aussi l’occasion d’échanger avec ma famille. Cette décennie qui se finit fut remplie de découvertes, de bonnes leçons et de difficultés mais je lui suis reconnaissante pour tout ce qu’elle m’a appris. Je suis également satisfaite d’avoir réussi à mener à bien les projets sur lesquels je mettais lancée et j’espère vraiment que cette nouvelle année qui démarre sera celle de la réussite, du changement et de mon entrée concrète dans l’avenir. Meilleurs voeux !

Le massif de la Sainte Baume.

Vous suivez le Chapitre 6 : Un pas vers l’avenir

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Comment se construire un avenir dans une époque de grands bouleversements ?
Depuis 2015 je chemine à la découverte d’autres cultures et d’autres modes de vie d’abord à travers plusieurs pays étrangers puis en France. Rencontres, confrontations et réflexions élargissent ma vision du monde et développent ma conscience écologique. La pandémie du covid19, les catastrophes climatique et biologique en cours et la nécessité de mettre en place des changements de vie majeurs orientent mes décisions quant à mon futur. Je travaille aujourd’hui à la construction d’un avenir le plus résilient possible à travers l’acquisition de savoirs liés à l’éco-construction, les low tech et les plantes et en évoluant vers un mode de vie centré sur la frugalité heureuse et le vivre-ensemble

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