Carnets de voyages et récits de transition vers un avenir éthique et durable

Je m’appelle Claire Blumenfeld et je tiens Peregrinus Mundi depuis 2015. Ce site suit mon évolution dans la vie sous forme de chapitres. Les chapitres I à VI présentent principalement des récits de voyage et photographies. Le chapitre VII suit ma démarche de transition vers un mode de vie basé sur l’écologie et le bien-être à travers trois approches qui m’intéressent particulièrement, la permaculture, l’herboristerie et l’éco-construction.

Tumbarumba, le retour du positif
Les choses s’améliorent dans un petit village de l’état du New South Wales.
La vue depuis la maison de Pauline, Tumbarumba, New South Wales, Australie © Claire Blumenfeld
CARNET

Tumbarumba est apparut sous une pluie torrentielle. Il pleut depuis trois jours et je ne sais pas trop quoi faire. Mon seul objectif en tête était d’atteindre le village car c’est là que se trouve une des fermes Costa pour la récolte des myrtilles. La saison est sensée commencer début Décembre. Me voila donc arrivée dans un petit village désertique. Une rue centrale avec quelques boutiques, un centre d’information et un camping. Et c’est tout. J’ai un moment d’hésitation. Mais il y a quelque chose dans le village qui me plaît. Une atmosphère sympathique, un air montagnard et l’étrange impression d’être au bon endroit. Tumbarumba est un tout petit bled qui a poussé au milieu des collines. La Cordillère Australienne, la grande chaine de montagnes qui s’étire le long de la côte est de l’Australie n’est pas loin. Le parc national Kosciuszko où court les montagnes se trouve à quelques kilomètres seulement. C’est là que se trouve le sommet le plus haut d’Australie (2228m). Ici, ils appellent le lieu les Alpes Australiennes. Trois-quatres stations de ski se partagent les quelques pistes enneigées en hiver. J’ai du mal à concevoir l’Australie avec de la neige. Mais vu l’état de la météo en ce moment, cela ne paraît pas si irréalisable. 

Sous la pluie je passe voir la ferme Costa pour me renseigner sur la saison de la récolte des myrtilles. Mais il n’y a personne. Personne non plus dans le camping. J’ai un mauvais pressentiment. Le sol du camping est complètement trempé et la petite rivière qui le traverse menace de déborder. Apparemment selon le gars du camping la saison du fruit-picking ne commence pas avant le 11 Décembre. Voir le 18 ! Mauvaise nouvelle. Que vais-je faire en attendant ? 

Profitant d’une petite éclaircie je vais me balader autour du village. Un petit sentier monte dans la colline derrière. Personne à part un Echidné qui a filé sans tarder en me voyant arriver. Un son strident me vrille soudainement les tympans. Je repère une tâche de couleur brune et blanche sur un arbre en face de moi. Un passereau fait des vocalises. Pour un tout petit oiseau, il en a de la voix !

Le lendemain j’appelle Costa. C’est bon, je suis sur la liste des inscrits. Introduction Jeudi pour commencer le travail lundi ! Je suis contente. Mais ça veut quand même dire une semaine de retard par rapport à ce que je pensais. Je demande à Angeline, la dame de la ferme si elle peut me donner des pistes pour les hébergements dans le coin, ne souhaitant pas rester au camping. Elle me dit d’aller voir les hôtels du village. Elle va aussi contacter une dame qu’elle connaît qui pourrait avoir une chambre disponible. Je vais voir les hôtels. Trop chers. Heureusement Angeline me recontacte avec le numéro de Pauline, la dame qui pourrait m’héberger. Je l’appelle, lui explique ma situation et elle me donne rendez-vous pour le soir. En fin de soirée, je rencontre Pauline. Elle semble gentille mais c’est la première fois qu’elle accueille quelqu’un dans sa maison et elle hésite un peu. Mais elle finit par m’inviter à venir dormir chez elle. Elle habite dans une jolie baraque isolée, à 14km de Tumbarumba. Nous discutons de l’organisation. Il y a plusieurs points à régler mais on verra ça plus tard. Pour l’instant je suis au chaud dans un bon lit !

En échange d’un prix d’hébergement pas trop cher, Pauline me demande si je suis d’accord pour m’occuper de nettoyer son garage et de faire du jardinage. J’accepte sans problème. Et me voila donc à vivre dans un superbe coin tranquille. La maison fut construite par Pauline et son mari sur la prolongation d’un hangar. L’intérieur est très sympathique. J’ai ma propre chambre. Et la cuisine et la salle de bain sont d’un niveau supérieur à quasiment tout ce que j’ai pu voir depuis que j’ai commencé à voyager. Une grande véranda et un jardin entourent la maison. C’est rempli de fleurs et la vue sur les collines environnantes est superbe. Pas de voisins, juste un cheval presque sauvage dans le paddock à coté. Il y a des oiseaux partout et des carillons s’agitent avec la brise et diffusent une douce mélodie. Un petit paradis ! Je me sens très chanceuse d’être tombée sur Pauline.

Angeline m’a rappelé deux jours plus tard. Avec une bonne surprise. Elle m’a demandé si je voulais être assistante-superviseur ! Il s’agit donc d’aider le superviseur à gérer l’équipe des pickers. C’est payé à l’heure, 23$. J’ai dit oui bien que j’ai un peu hésité en me demandant si je ne ferais pas mieux de rester picker (ramasseur de myrtilles). En étant rapide il est possible de se faire beaucoup d’argent. Mais étant donné que je n’ai jamais fait de picking, il est fort peu probable que je sois une flèche dès le début. Le lendemain a lieu l’induction pour les assistants. Rendez-vous donc à Costa vers le milieu de la matinée pour une présentation par Angeline et la signature de tout un tas de papiers. L’organisation a l’air un peu moins au point qu’à Trevelyans en Nouvelle-Zélande, où j’avais travailler dans un entrepôt à empaqueter des kiwis. Mais je suppose que le packing et le picking fonctionne différemment. Et Costa Tumbarumba semble être un peu plus petite que Trevelyans. Néanmoins l’atmosphère que dégage le lieu me plait. 

Aujourd’hui, je suis allée à Wagga Wagga, la grande ville de la région, pour acheter des réserves de nouritture. Quinoa, Soba, Ramen, sauce Tamari, Tofu, des fruits secs, etc. Sur la route, j’ai sauvé une tortue ! Elle etait sur la bande blanche au millieu et a échappé de justesse à mes roues. Je me suis arrêtée et je suis allée la récupérer pour la déposer sur le bas-coté. J’ai vu sa petite tête et ses yeux jaunes. C’est apparemment une tortue terrestre. Je ne savais pas qu’il y en avait en Australie. À Wagga Wagga les bus sont tous estampillés “busabout” qui fait référence à “walkabout”, une rite de passage Aborigène, où les jeunes hommes vont vivre dans la nature pendant plusieurs mois afin de faire la transition spirituelle et traditionnelle vers la vie adulte. La journée fut bien remplie et sur le chemin du retour, la lumière de la fin d’après-midi était sublime. Le paysage dans la région se composent principalement de collines ondulées, de grandes prairies d’herbes jaunes et d’Eucalyptus.

Les jours passent et me voilà arrivée à la fin de la semaine. J’ai continué de travailler dans le jardin de Pauline et à avancer sur mon blog. Je suis aussi allée me balader dans les alentours. Juste à coté de la maison de Pauline en contrebas, se trouve Paddys Fall, une jolie cascade. Un petit sentier longe la crique pendant deux heures. Mais avec tout ce qui a plu la semaine dernière, le sentier est envahi par les herbes. Et comme je me méfie des serpents j’ai rapidement fait demi-tour. À la place je suis allée me balader dans la petite explotation forestière en face de la maison de Pauline. C’est un peu moins beau mais je ne me sentais pas en danger. Dans les environs il y a pas mal de zones couvertes de pins qui sont en fait des exploitations. Les arbres sont coupés puis replantés suivant un cycle de plusieurs années. Forcément les zones coupées ne sont pas très jolies. Je suis tombée sur un Echidné en train de fouiller le sol à la recherche d’insectes et de fourmis. C’est vraiment des petites bêtes intéressantes et puis contrairement à la plupart des animaux en Australie, ils ne sont pas dangereux pour l’être humain. Je me sens bien et je suis contente de me retrouver à vivre chez Pauline. Mais un léger sentiment de dépression me plane toujours autour. Probablement la fin (j’espère) des mois précedents remplis de doutes, de mal-être et d’interrogations. Ma démission d’Arkaroola, presque trois mois auparavant m’aura au final beaucoup plus affectée que ce que je ne l’aurais cru. 

Pauline a mis deux mangeoires sur sa terrasse avec des graines pour nourrir les oiseaux du coin. Un couple de Perruche Royale viennent très souvent becqueter quelques graines plusieurs fois par jour. Chloé, la chatte de la maison semble avoir un peu chaud avec son épaisse fourrure. Elle est un peu farouche et ne se laisse pas vraiment caresser. En plus de la jolie vue et des animaux, un chèvrefeuille embaume la terrasse de sa délicate odeur. La maison de Pauline est vraiment très agréable à vivre.

En milieu de journée, Dimanche, j’apprends que le travail à Costa est repoussé d’un jour, un des superviseurs ne pouvant pas être là à temps. Je passe donc mon lundi entre la bibliothèque et le jardin de Pauline. Je contacte aussi Tiandi Farm, le travail volontaire que je suis sensée faire en Janvier afin de leur demander s’il serait possible de décaler d’un mois, pour me laisser le temps de faire la saison entière du blueberry fruit-picking. Julia, la responsable très sympathique me réponds positivement. Ils faut juste qu’ils trouvent quelqu’un pour me remplacer durant Janvier. Demain, début du boulot tant attendu. Un changement de rythme qui va, j’espère, va me faire du bien.

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19 décembre 2017

Textes et photographies par Claire Blumenfeld

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