Durant l’hiver 2025-2026, alors que je venais de quitter la Cas’A, et que je déménageais dans la Drôme, je me suis lancée dans la construction d’une roulotte-cocon pour répondre à mon besoin de vivre dans un espace me correspondant tout en continuant d’expérimenter la construction d’habitats réversibles.
Mots-clés : Roulotte, déplaçable, low tech, bois, isolant biosourcé, cocon, bioclimatisme, bien-être
Ce projet est issu d’un changement de vie professionnelle et personnelle faisant suite à la décision prise courant 2025 de quitter le projet du Tiers-lieu du Mont Colombis (situé dans les Hautes-Alpes) où j’ai construit ma première maison et de rejoindre le projet des Alvéoles situé dans la Drôme.
Durant 2025, j’ai effectué un compagnonnage pendant 9 mois (à mi-temps) au sein de l’Asso des Alvéoles qui m’a énormément nourri. Le projet répondant à mes intérêts, mes envies, j’ai souhaité continuer en me proposant à la coordination du compagnonnage à partir de 2026.
La question de où et dans quoi vivre a occupé mon esprit durant de nombreux mois. Quitter la Cas’A et tout son bien-être pour retourner vivre dans un bâtiment en parpaing cimenté, certainement pas ! Et il n’était pas envisageable pour moi d’aller vivre entre quatre murs mal isolés en pleine ville à payer un loyer exorbitant. Non, je souhaitais pouvoir habiter en nature, entourée de l’écosystème naturel, dans un cocon où je me sentirais bien.
J’ai un temps pensé à la colocation dans un des petits villages autour des Alvéoles. Mais cela revenait à se satisfaire d’un habitat très probablement non-écoconstruit, et, venant de passer les derniers mois de compagnonnage en coloc en dortoir, je ne souhaitais pas renouveler l’expérience.
La réflexion m’a amené à la construction d’une Tiny-House. Réflexion que j’avais déjà eu 5 ans plus tôt et que j’avais écarté à cause du prix exorbitant du chassis et des contraintes de construction liées au poids. Mais face à la situation, l’idée est venue se frayer un chemin dans mon esprit, de vivre dans un habitat déplaçable afin de pouvoir déplacer ma petite maison si jamais les plans changaient courant année 2026. Le fait que je m’engage au sein de l’Asso des Alvéoles dans un poste en création et donc encore fragile au niveau pérennité a renforcé mes convictions. Limitée par le budget je me suis orientée vers l’achat d’une caravane afin de la retaper et de l’aménager comme je le souhaitais. Mais difficile de bien isoler une caravane de façon convenable si on ne souhaite pas trop manger sur les m2 habitables. À moins d’acheter une énorme caravane. De plus, une caravane reste une caravane, une boite métallique dont le design extérieur ne m’attire pas beaucoup. Je suis donc revenue à l’idée de la Tiny ou Roulotte et j’ai décidé d’acheter un chassis agricole. Moins cher, plus robuste, mais déplaçable seulement par tracteur. La perspective d’expérimenter la construction d’un deuxième habitat réversible m’intéressait aussi fortement. Une opportunité sur Leboncoin et de l’aide finançière via mes parents ont achevé de me décider et je me suis donc lancée fin Novembre 2025 dans la conception express de la structure de ma future roulotte.
Mon chassis agricole, acheté en Décembre 2025, sur le parking des Alvéoles.
Pourquoi une Roulotte et pas une Tiny House ?
Je me suis posée la même question et la réponse que m’ont donné les gens de l’Asymétrie, qui avaient commencé à utiliser ce terme, a été que comme le chassis ayant un double essieu, qu’il était haut et que la forme architecturale étant simple, ma structure ressemblait plus à une roulotte qu’à une Tiny House d’aujourd’hui.
Afin de pouvoir construire ma roulotte en plein hiver, j’ai cherché un lieu qui puisse accueillir ce genre de construction. Et j’ai trouvé l’Asymétrie, atelier partagé à Aouste sur Sye, à 10 minutes des Alvéoles ! Ils n’avaient pas d’emplacement libre pour le mois de Décembre alors j’ai repoussé la construction à Janvier 2026.
J’ai décidé de réaliser la construction de ma roulotte en un temps record pour plusieurs raisons :
Afin de construire rapidement (en un gros mois) j’ai choisi de construire une structure à l’architecture très simple. La hauteur de mon chassis (1m20 du sol) et sa taille de plateau, ont aussi limité les possibilités de design. J’ai choisi de partir sur une structure rectangulaire de 6m par 2,5m (dimensions extérieures) sans mezzanine avec un toit monopente pour réaliser une structure la plus simple à construire, peu couteuse et robuste. J’ai choisi de mettre 4 fenêtres dont 1 porte vitrée pour avoir de la luminosité et un lit sur un sommier haut pour stocker des affaires en dessous. J’ai également fait le choix de mettre des « grands » débords de toiture des quatre cotés (environ 20 à 30cm) afin de protéger le bardage (ce qui est très rare dans les tiny-roulotte, car hors-normes). L’aménagement intérieur est très simple mais harmonieux.
Pour le choix des matériaux, grâce à mon chassis agricole (n’étant pas limitée à 3,5 tonnes) j’ai pu construire tout en bois avec une ossature en bois douglas, un contreventement en OSB 3, une isolation mélangeant ouate de cellulose (plancher), laine de mouton (plafond), biofib trio (murs), un pare-vapeur, lambris et toile de chanvre en revêtement intérieur, du parquet en pin et une pare-pluie et bac acier en toiture, avec un bardage extérieur en mélèze. J’ai également fait le choix, comme pour la Cas’A de noyer mon tuyau de fumisterie dans un chevêtre rempli de plâtre-vermiculite afin de ne pas mettre de laine de roche. Par économie de budget j’ai acheté beaucoup de matériaux déclassés et réutilisé les éléments de la Cas’A. J’ai fait un compromis sur le choix des fenêtres en prenant du bas de gamme, ce qui me pose question sur la durabilité des menuiseries. Je vais voir combien de temps elles vont tenir…
Afin de pouvoir tenir les délais, j’ai également choisi de faire appel pendant une semaine à deux personnes réalisant des roulottes, Max et Maéva, qui sont venu·es m’aider à lancer le chantier et monter le gros du structurel. Ce qui a permis aux murs de ma maison de se monter en quelques jours. J’ai ensuite passé le reste du mois à avancer dès que j’avais du temps libre sur la pose du pare-vapeur, de l’isolant, des menuiseries, du bardage… Pouvoir construire à l’abri au sein de l’Asymétrie, en plein hiver, a été une expérience très chouette (bien que quand même un peu froide). Le fait de pouvoir utiliser les machines de coupe, partager avec les résident·es de l’atelier, s’entraider m’a permis de tenir le coup malgré la fatigue grandissante. J’ai d’ailleurs retrouvé Agathe et Anton, chez qui j’avais fait un stage en aout 2021 alors que je faisais ma reconversion en éco-construction et qui travaillent professionnellement au sein de l’Asymétrie en tant que constructeur·ices de Tiny House !
Fin Février, le chantier de ma roulotte est enfin finis. Quasiment chaque soir du mois de février, j’ai bossé jusqu’à la fatigue pour finir mon petit nid. Les aménagements intérieurs, les finitions esthétiques, la pose du bardage… Des compagnon·nes (la nouvelle équipe arrivée début Février aux Alvéoles) sont venus m’aider ! Des amis, mon compagnon aussi. L’énergie est différente quand on avance à plusieurs. Gratitude à toutes les mains qui m’ont aidé dans cette aventure !
Et puis elle est sortie. Tirée par le tracteur de Nicolas, ma roulotte a quitté l’Asymétrie par une journée oscillant entre vent, pluie, soleil pour s’acheminer cahin-caha vers la lisière du jardin d’un très chouette couple qui m’accueille à Suze. Une dizaine de kilomètres à vingt kilomètres à l’heure par les petites routes serpentant à travers les collines. Un cortège protecteur pour l’accompagner. Romain, menuisier à Beaufort, rencontré trois jours avant, en tampon arrière. Colombe et Nils, compagnon·nes en ouverture avant. Et moi en éclaireuse, quelques kilomètres en amont pour prévenir le convoi de passage éventuel de camions, autre tracteur ou voiture de police. Il faut dire que mon nid ne respecte pas les normes de circulation sur la route. Son débord de toiture est plus long et dépasse des 2,55m autorisés en largeur. Elle devrait être acheminée en convoi exceptionnel. Mais payer un convoi pour 9,2km sur petites routes de campagnes ça me paraît futile. Et construire sans débord de toiture est incohérent pour moi. Alors j’ai pris la décision d’être hors-norme. Comme souvent.
Angoisse à l’entrée du terrain. Le sol gorgé d’eau après des semaines de pluie aspire mes roues et incline dangereusement la structure. Mais non, pas de catastrophe, la roulotte passe et va se poser en hauteur, en bordure de la lisière, entourée d’un paysage magnifique, sous un arc en ciel qui se dresse entre les gouttes. Il ne me reste qu’à emménager dedans et à finaliser les meubles mais il semblerait bien qu’une nouvelle vie soit en train de s’ouvrir.
Comme pour ma précédent maison, la Cas’A, j’ai pensé l’intérieur de ma roulotte en fonction de mes besoins et du mode de vie simple que je mène. Etant limitée, par choix, en espace disponible j’ai pensé tout l’aménagement en appliquant trois principes : fonctionnalité, minimalisme, harmonie.
Presque tout l’intérieur est issu des matériaux que j’ai récupéré à l’intérieur de la Cas’A et des chutes du chantier de la roulotte. J’ai repris le lambris et la toile de chanvre en revêtement, les cordes de chanvre en décoration ainsi que mes meubles et équipements. Cela donne à la roulotte un aspect très similaire à la Cas’A, chaleureux, dans lequel je me sens très bien. Comme une sorte de lien entre les deux structures, une continuité de l’une à l’autre. Comme si une part de la Cas’A s’était transmise au P’tit Nid.
J’ai également cherché à limiter au maximum tous les appareils électroménagers et à utiliser un des principes phare de la permaculture : chaque élément assure plusieurs fonctions et a donc plusieurs utilisations.
Cela s’est traduit chez moi par :
Suite à mon installation en lisière de forêt j’ai encore passé plusieurs weekends à finir de ranger et finaliser des détails ainsi qu’à installer mes panneaux solaires, une gouttière et me raccorder à l’eau potable.
Caler la roulotte de niveau n’a pas été une mince affaire car le sol du terrain était un peu en pente. Ce qui a causé un calage à presque quarante centimètres de haut sous une des roues, ce qui faisait trop. Mon chassis étant déjà haut (1,2m de haut du sol), rajouter encore de la hauteur ne me plaisait pas, niveau stabilité de l’ensemble. Même si je suis relativement protégée du vent grâce aux lisières autour, je reste quand même exposée aux fortes rafales de Mistral. Et je ne tiens pas à ce que ma roulotte bascule. On a donc fini, un mois après l’installation, par décaler de 10m la roulotte pour venir, grâce à un voisin et son tracteur, décaisser un peu le terrain afin de le rendre plus plat. Suite à cela j’ai tout recalé de niveau (seulement quelques centimètres cette fois-ci, en surélevant très légèrement les roues de façon à ce qu’elles n’appuient pas sur le sol) et renforcé la stabilité en mettant plusieurs étais courts sous le chassis.
J’ai aussi fait face à une inondation sous la roulotte suite à de très fortes pluies et à un débordement de ma gouttière. Les chênes et autres arbres juste derrière la roulotte perdant au Printemps de nombreux éléments (feuilles, micros-morceaux d’écorces, pollen, etc) cela avait complètement bouché ma gouttière. J’ai donc tout débouché et nettoyé, remis de la terre sous le chassis aux endroits où l’eau s’accumulait et creusé des tranchées d’évacuation.
Un autre élément face auquel je me suis confronté a été l’envahissement de ma roulotte début Avril par les fourmis. De toutes petites fourmis pas du tout agressives mais très très nombreuses. J’ai cherché et bouché les potentielles entrées mais sans arriver à toutes les trouver. Il doit y avoir de micro trous dans les jonctions des plaques d’OSB permettant aux petits fourmis de rentrer. Cohabiter avec un nombre de plus en plus grandissant de fourmis n’a pas été simple, d’autant plus qu’elles ont exploré chaque recoins de la roulotte jusqu’à l’intérieur de mon lit. J’ai utilisé plein de produits différents pour finir par le spray au vinaigre qui pour l’instant semble diminuer (sans complètement les faire disparaître cependant) leur présence à l’intérieur.
À l’exception de ces situations, le lieu où je me trouve est magnifique, au pied du Saint Pancrace, avec une très belle vue sur les alentours de la vallée de la Gervanne et le plateau en altitude de Plan de Baix. C’est très calme et ressourçant et je m’y sens très bien. Je suis à 5min à vélo de Beaufort sur Gervanne, où se trouve les principaux commerces de la vallée (épicerie associative, boulangerie, restos, bars, médecin…).
Même si je sais que l’installation n’est que temporaire j’espère pouvoir y rester plusieurs mois afin d’éviter de me déplacer durant l’année 2026. Pour la suite cela dépendra des réflexions de l’été 2026 sur la projection d’une installation plus pérenne en 2027. Affaire à suivre…
Conception : Claire Blumenfeld
Année de construction : 2026
Budget : 18000€ total
Prix du chassis : 2000€ + 500€ d’acheminement
Prix de la main d’oeuvre (Max et Maéva) : 4000€ (pour une semaine)
Prix de la location de l’emplacement à l’Asymétrie : 450€ (1 mois et demi)
Prix des matériaux : Environ 10000€
Style d’architecture : Tiny House / Roulotte
Surface extérieure totale : 15m2
Surface intérieure habitable : 11m2
Durée de construction du gros oeuvre : 4 semaines
Durée de construction du second oeuvre et finitions : 3 semaines
Matériaux utilisés : bois, fiofib trio, laine de mouton, ouate de cellulose, osb, pare-pluie, pare-vapeur, visserie
Chauffage : Poêle à bois, bioclimatisme
Autonomie : Panneaux solaires, four solaire, pédoépuration