Carnets de voyages et récits de transition vers un avenir éthique et durable

Je m’appelle Claire Blumenfeld et je tiens Peregrinus Mundi depuis 2015. Ce site suit mon évolution dans la vie sous forme de chapitres. Les chapitres I à VI présentent principalement des récits de voyage et photographies. Le chapitre VII suit ma démarche de transition vers un mode de vie basé sur l’écologie et le bien-être à travers trois approches qui m’intéressent particulièrement, la permaculture, l’herboristerie et l’éco-construction.

Les mains dans les kiwis
Mes derniers mois en Nouvelle-Zélande. Empaquetage de kiwis, découverte de White Island et moments joyeux.
Te Puke, Bay of Plenty, île du Nord, Nouvelle-Zélande © Claire Blumenfeld
CARNET

Me voilà donc installée au camping de Trevelyan’s. Six bonnes semaines à empaqueter des kiwis afin de récupérer un peu d’argent pour la suite de mon voyage qui j’espère se fera en Asie. Je profite de mon weekend de libre pour faire la connaissance des personnes habitant dans la maison partagée où je loge. Il y a une dizaine de personnes venant des quatre coins du monde (Angleterre, Irlande, Italie, Allemagne, Japon, Pérou, Lettonie (et France avec moi)). Certains sont là depuis le début de la saison (début Avril), d’autres viennent, comme moi, d’arriver. La bicoque où nous vivons est une vieille demeure pleine de charme mais qui a du mal à chauffer. C’est le début de l’hiver en Nouvelle-Zélande et il commence à faire sacrément froid. Heureusement de petits chauffages électriques apparaissent comme par magie. J’en profite aussi pour aller faire un tour à vélo dans les environs. Visite de Te Puke, le village où est situé Trevelyan’s ainsi que de Papamoa, la zone d’habitation longeant la baie. Je me trouve dans la Bay of Plenty. Le tourisme et l’agriculture compose les deux principales activités faisant vivre la région. Au bout de la baie se trouve le Mont Maunganui, petite colline qui offre une jolie vue sur les alentours. Tauranga, la « grande » ville du coin, s’étale derrière la colline.

Le travail commence et on m’attribue un numéro. Je fais partie de l’équipe Trayliner en D1. Le travail est réparti entre cinq groupes : D1 – D2 – D3 – D4 et D5, le dernier étant le groupe travaillant lorsque les autres sont en repos. Au sein de chaque équipe se trouve différents postes. Les trayliners s’occupent d’ouvrir les boîtes en carton où vont être stockés les kiwis, d’y mettre du plastique à l’intérieur et de les envoyer aux Packers. Ceux-ci sont de l’autre coté de la ligne où défilent en permanence les Kiwis. Ceux sont eux qui stockent les fruits dans les boites. Il y a différents types de boîtes et de plastiques et il faut être rapide afin que les packers ne soient jamais à court de boîtes. En plus de stocker les kiwis, les packers vérifient que les stickers sont bien présents et qu’il n’y a pas de kiwis trop mous ou abimés. Une fois les kiwis dans les boîtes, les stackers s’occupent de coller des étiquettes et d’empiler les boîtes sur les palettes. Au tout début de la ligne se trouve les graders. Ils s’occupent de trier les kiwis par taille et aussi d’enlever les kiwis abimés ou trop mous. D’autres travails existent tel que Contrôle Qualité mais n’ayant pas eu l’occasion de les approcher, je ne connais pas en détail leur fonction.

Je passe ma première semaine au sein de D1, dans un vieil hangar avec des équipements un peu datés. Ma première journée ne finie presque en enfer, ne pouvant presque plus bouger. Mon dos est en miette et j’ai un torticolis d’enfer. Étant donné que le travail est rapide et qu’il faut effectuer les mêmes gestes toute la journée, en position debout, mon corps n’a pas supporté. C’est un travail très physique et répétitif et je me demande un peu inquiète comment de vais faire pour survivre aux six prochaines semaines. Heureusement mon corps s’habitue rapidement à la répétitivité du travail. Nous faisons de longues journées de neuf heures, ce qui me permet d’accumuler pas mal d’argent de coté. Et nous avons droit à des kiwis gratuits ! Les “rebuts” sont mis à la disposition des employés et je ne me prive pas. Pendant un mois, nous avons droit aux kiwis jaunes, au goût sucré et délicieux puis vers la fin, ceux-xi sont remplacés par les kiwis à la chair verte.

À la fin de la première semaine, la manager nous apprend que l’équipe D1 est dissoute ! En effet D1 n’est ouverte qu’en cas de surplus de kiwis. Apparemment le surplus est fini et l’équipe D1 n’est plus nécessaire. Nous nous retrouvons donc réparti dans les autres équipes. Je me retrouve en D5, l’équipe qui change constamment de hangar en fonction du repos des autres. Je suis un peu déçue de devoir quitter les amis que je m’étais faite en D1 mais c’est comme ça. Les autres hangars sont sensés avoir des équipements plus récents. Et cela permet de me débarrasser de Daniele, notre superviseur Trayliner en D1, qui n’est vraiment pas sympathique. L’équipe de Trayliner D5 s’avère nettement plus agréable et mon moral remonte en flèche. Tout le monde s’amuse, même le superviseur, un maori du nom de T.K. Une grande majorité de l’équipe est composée de maoris, ce qui me donne l’occasion de pouvoir discuter avec eux. Je sympathise également avec le reste de l’équipe. Misa, Usa, Naoko, Liam, Aurore, Sebastien, Haarana, Jennie, Marie, Laura, Ricky, Piki, Ai, Pablo, Melisa, José, Sora sont très gentils et ont essaie de s’amuser le plus possible pendant le travail. Un bon moyen d’éviter de devenir fou à force de faire les mêmes gestes toute la journée.

Mes six semaines passent très rapidement, entre ennui et rigolade. Si je récupère pas mal d’argent les deux premières semaines, je déchante rapidement par la suite. À cause d’un mauvais temps persistant et d’une mauvaise saison (due à un été pas beau), le ramassage des kiwis dans les vergers est retardé et les kiwis sont de mauvaise qualité. Fini les journées de neuf heures. Nous faisons des demi-journées et avons parfois même droit à trois jours de repos par semaine. Je dois me rende à l’évidence, ce n’est pas avec ce travail que je vais me réussir à voyager ensuite. Profondément déçue, je passe plusieurs jours à réfléchir à ce que je peux faire. Aller en Asie avec à peine 3000$ m’obligerait à ne pouvoir y rester que deux mois environs et à tout précipiter. Ce n’est vraiment pas ce que je faire. Alors je décide de retourner en Australie avec un visa working holiday d’un an afin de pouvoir travailler. Les emplois sont mieux payés en Australie qu’ici et c’est l’occasion de continuer à découvrir le continent après mon passage rapide il y a un an

 Je me lance dans les démarches pour obtenir le visa et trouver un travail. Une réponse positive pour un travail de cinq mois au sein du Arkaroola Resort and Wilderness Sanctuary finie par arriver. Un hotel / camping situé dans les Flinders Ranges en Australie Méridionale au milieu de nul part ! Pas beaucoup de vie sociale mais le moyen parfait de récupérer beaucoup d’argent en peu de temps. Cela me plait instantanément et me voila donc avec un tout nouveau plan pour la suite.

Je profite également de ma présence dans la région pour aller faire ma dernière visite touristique de Nouvelle-Zélande : le tour guidé de White Island, une île volcanique en activité située à 1h30 en bateau de Whakatane (une heure de route depuis Te Puke). J’y vais avec Lasma, une lettone qui habite dans la maison. La visite est sympathique mais moins impressionnante que ce que je pensais. À part un casque de protection et un masque pour filtrer l’air, pas d’équipement spécial. Nous faisons le tour de l’île en marchant au milieu des fumerolles et petits geysers. Après la visite de Rotorua et la traversée du Tongariro, l’endroit manque un peu de panache.

Vers la mi-juin, le travail à Trevelyan’s se finit. Nous avons droit aux mots de remerciement des managers et superviseurs ainsi qu’au visionnage de la vidéo ayant été tourné pendant les dernières semaines. Plusieurs soirées pour fêter la fin et mon expérience à Trevelyan’s se conclue. Tout le monde s’en va vers de nouvelles aventures. je quitte les autres avec un pincement e tristesse dans le coeur. Misa, Usa, Naoko et moi prenons un bus pour retourner à Auckland. Il ne me reste qu’une semaine en Nouvelle-Zélande. J’en profite pour faire des achats pour l’Australie, passer du temps avec mes amis et changer de coupe de cheveux. Et puis le dernier jour arrive, le mardi 27 Juin, et j’embarque à bord du Spirit of Singapore, un cargo de marchandise pour rejoindre Sydney. Et oui, j’ai décidé de faire Auckland – Sydney non pas en avion mais en bateau. Mon infection des sinus n’a pas guérie depuis mon passage chez l’ORL à Wellington et je ne peux pas prendre l’avion. Heureusement alors que je cherchais une solution quelques semaines plus tôt, j’ai appris que les gros cargos de marchandise qui parcourent la mer prennent des passagers. Malgré le prix très cher j’ai réservé une cabine au sein du Spirit of Singapour pour rejoindre Sydney en trois jours. Je regarde le port d’Auckland qui s’éloigne dans la nuit. L’année au pays des kiwis a passé si vite. Tant de découvertes, tant d’aventures, tant de choses ratées. J’aurais aimé rester plus longtemps dans ce pays au bout du monde. Les lumières de la ville disparaissent et après un gros soupir, je me tourne vers la nouvelle aventure qui m’attend. 

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30 juin 2017

Textes et photographies par Claire Blumenfeld

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