Carnets de voyages et récits de transition vers un avenir éthique et durable

Je m’appelle Claire Blumenfeld et je tiens Peregrinus Mundi depuis 2015. Ce site suit mon évolution dans la vie sous forme de chapitres. Les chapitres I à VI présentent principalement des récits de voyage et photographies. Le chapitre VII suit ma démarche de transition vers un mode de vie basé sur l’écologie et le bien-être à travers trois approches qui m’intéressent particulièrement, la permaculture, l’herboristerie et l’éco-construction.

Le grand Nord
Pédaler autour de la péninsule de Tröllaskagi et de l’oasis Myvatn.
Cratère Hverfell - Myvatn - Nord - Islande - © Claire Blumenfeld
CARNET

Ici les moutons sont blancs et noirs. Une brebis avec ses deux petits. Toujours. Ou presque. Deux blancs. Un noir. Certains ont la laine bicolore. D’où vient ce changement de couleur ? Les six kilomètres de montée pour atteindre le col au dessus de Varmahlid se font sentir. Le contre-coup d’hier et les quatre-vingt treize kilomètres à travers les Hautes Terres, sûrement. Au moins me voilà sur la côte Nord. La côte tranquille, la côte avec moins de circulation, la côte où les touristes ne viennent pas… Je suis la route N°1 de nouveau pour une vingtaine de kilomètres et ce n’est pas le grand calme espéré. Des petits 4×4 identiques me dépassent à une vitesse fulgurante. Et je me sens déçue de ce retour au milieu des touristes.

« Que pensez-vous des deux pistes traversant la péninsule de Tröllaskagi ? » je demande à la dame qui m’accueille avec un sourire au petit centre d’information de Varmahlid. « La première n’est pas une piste, c’est un chemin pour chevaux, vous allez vous retrouvez à porter votre vélo, j’ai bien peur », me répond t’elle. La deuxième, la vieille route, est une bonne piste permettant d’éviter onze kilomètres de tunnel entre Siglufjördur et Olafsjördur. « C’est joli là-bas, il n’y a personne », m’indique la dame. Exactement ce que je voulais entendre !

Le long de la petite route vallonnée longeant la péninsule par la côte Ouest, s’étend des champs et prairies. C’est la saison des foins et le paysage est rempli de petites boules vertes et blanches. Des bottes de foin entourées de plastique. L’odeur de l’herbe coupée flotte dans les airs. De grandes montagnes escarpées s’étirent le long de la mer. Pas de désert minéral ici mais une atmosphère montagnarde néanmoins. Et la petite brise qui me vient de face épuise doucement mes forces. Hofsos, une bourgade tranquille au bord de la mer sera mon premier arrêt sur la côte Nord.

Rien à faire. Je n’arrive pas à être tranquille dans un camping. Le touriste, comme le mouton aime se foutre les uns sur les autres. Mon malheur semble venir du fait que j’arrive souvent tôt, alors que les campings sont encore presque vides. Je choisis un endroit que je trouve protégé et avec un peu de chance au calme. Et je finis invariablement en début de soirée à être entourée de moutons. Y aurait-il une solution ?

La route contourne la péninsule en longeant la mer. Il fait un temps magnifique ce matin, les lieux sont baignés dans une lumière dorée. Des canards, des oies, des mouettes, se prélassent sur l’étendue bleue calme. La végétation est rase, mais il y a de la végétation. Les montagnes sont couvertes de bruyères et mousses et des prairies verdoyantes s’étalent le long de la côte. Je me sens bien dans ce paysage plus hospitalier. C’est le début des fjords. Des bras de mer s’enfoncent dans les terres de la péninsule des Trolls. Après l’Ogresse des montagnes Kerlingarfjöll que je n’ai pas vu, je compte bien voir un troll cette fois ! Je laisse la route pour suivre une piste. La vieille route, qui s’enfonce dans une jolie vallée. Le chemin est valloné et ça grimpe difficilement pendant 500 mètres. Mais que la lumière est belle ! De gros nuages éclairés par le soleil surplombent les hauts sommets enneigés de la péninsule. En bas dans la vallée, les prairies sont encore remplies de fleurs jaunes. Un groupe de chevaux en semi-liberté broutent dans le lointain. Mais pas de Troll. Le vent violent me pousse à remonter sur mon vélo et je me lance dans la descente. Dix kilomètres de bonheur. Dix kilomètres de quasi descente sans pédaler. Au milieu des bruyères en bordure d’une petite rivière, je déjeune tranquillement. J’ai retrouvé les fermes. Je suis presque redescendue de l’autre coté du col dans la vallée de Olafsfjördur. Le village est joli, posé sur une langue de terre au milieu du fjord.

Le ventre de la bête est sombre et froid. L’eau suinte le long du tunnel de 11km reliant Olafsfjördur au fjord Eyjafjördur. Je pédale à toute vitesse pour essayer de distancer les voitures. Il n’y a qu’une voie et l’écho rend le bruit des moteurs assourdissant. La traversée est longue et un peu dangereuse. J’ai peur que les voitures ne me voient pas dans la pénombre. Mais j’arrive sans encombres de l’autre coté. De grandes montagnes enneigées me font face et au loin apparaît Dalvik, petite bourgade en bordure de la mer. Au bord de la route, des gens fourragent dans la bruyère. Sont-ils en train de ramasser des myrtilles ? Je m’arrête cherchant la petite baie bleue mais je ne la trouve pas. Que ramassent-ils donc ? Des champignons ?

Sur les murs du camping de Dalvik, il est possible d’apprendre quelques mots d’Islandais. « Thank you », « Takk fyrir », se prononce « Duck fairy » apparement. Karl un photographe allemand passionné de photos de baleines me montre les photos qu’il a prisent dans la journée. Seulement la grande queue arrière. Je passe deux jours à Dalvik à me reposer après un mois de voyage. J’ai pris une chambre à l’auberge à coté du camping. Il n’y a personne, j’ai les lieux pour moi toute seule. Le midi je déjeune dans un petit café d’une soupe de poisson, spécialité Islandaise. Du cabillaud mélangé à des légumes et des pêches pour un délice des papilles. Accompagné en dessert d’une tarte à la meringue et fruits frais. Un plaisir après les semaines de repas précuits et semoule.

Je quitte Dalvik sous un ciel mi-figue, mi-raisin pour rejoindre Akureyri, la grande ville du Nord. Toujours les grandes montagnes qui s’élèvent des deux cotés du fjord. Le vent souffle fort et la route est longue. Rien de bien spécial à l’arrivée. Je mets mon vélo dans un petit bus pour rejoindre Myvatn. Une centaine de kilomètres à faire sur la route N°1, je dis non. Il pleut encore pendant la traversée mais Myvatn et son grand lac apparaissent sous les éclaircies. Myvatn, c’est l’oasis du Nord. Un grand lac plein de petits îlots et aux eaux remplies de poissons, entouré de cratères et zones géothermiques. Je laisse mes sacs de vélo au Visitor Center et repars dans l’autre sens pour faire le tour du lac à vélo. Des tonnes d’oiseaux se prélassent sur les eaux un peu agitées. Des oies, des canards, des poules d’eau et tant d’autres que je ne connais pas. Une petite forêt de bouleaux nains s’étire le long de la route. Dans le lointain, des montagnes désertiques barrent l’horizon. Derrière moi, les fumées d’Hverir se perdent dans le ciel. Myvatn, oasis en haut des Hautes Terres. Un mélange qui me plaît. Je n’ai pas le temps d’y séjourner longtemps et je le regrette un peu. Je pédale contre le vent et m’arrête en bas du Mont Hverfjall. Un superbe cratère noir formant un cercle presque parfait. Je monte sur la crête et en fait le tour au milieu des touristes. Plus loin c’est Dimmuborgir, la « cité noire » qui m’arrête. De grands piliers de lave noire sortent de terre au milieu des bouleaux nains. Une guide Islandaise raconte que le lieu est habité par des Elfes. Les Elfes sont invisibles mais ils sont là et ils nous observent. Ils vivent dans les trous et grottes qui parsèment les lieux. Petite, sa maman l’interdisait de monter s’amuser dans certaines grottes. Elles étaient habitées. Le sont-elles encore ?

Skútustadagígar aligne une succession de pseudo-cratères au bout du lac. De tout petits cratères hauts seulement de quelques mètres. Formés par explosion de vapeur lorsque la lave en fusion est entrée en contact avec les eaux du lac Myvatn lors d’anciennes éruptions. Les nuages défilent sur la région et je m’en retourne à Reykjahlid récupérer mes affaires. Malgré le mauvais temps prévu pour les prochains jours j’ai décidé de partir en randonnée de trois jours dans la région du lac Askja pour une dernière randonnée dans les Hautes Terres. De retour trois jours plus tard, le temps est toujours aussi mauvais. En attendant le bus qui est sensé me ramené à Akureyri puis à l’entrée des Fjords de l’Ouest, je passe voir Hverir, la zone géothermique à la sortie de Myvatn. Des bulles de vapeur éclatent dans des trous remplis de boue bleue grise. Les fumées enveloppent le lieu d’un voile mystérieux. J’ai froid. Je me suis prise la pluie en rejoignant la zone à vélo depuis le village. Les nuages noirs défilent dans le ciel et cela me file le bourdon. Je n’ai qu’une envie, rejoindre les Fjords de l’Ouest.

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12 septembre 2019

Textes et photographies par Claire Blumenfeld

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