20 novembre 2020
De la nécessité d’une communication non-violente
Est-on capable de changer notre façon de communiquer afin de mettre en place un vivre-ensemble basé sur le respect de l’autre ?

Comment faire pour parler entre nous, nous comprendre, échanger avec respect, communiquer sur des projets et objectifs, transmettre ses besoins et écouter ceux de l’autre ? Comment faire pour communiquer en plaçant le respect et la compréhension de l’autre au coeur de la discussion ? Comment faire pour communiquer en sortant de l’offensive et de la défensive ?

Je me pose ces questions car j’y suis confronté en permanence, tout d’abord vis à vis de moi-même, dans ma façon de communiquer et de comprendre les autres, mais aussi au sein de ma propre famille et au sein des lieux en transition que je côtoie depuis le début de mon voyage, à la recherche d’autres modes de vies. 

Dans les différents lieux où je suis passée en tant que volontaire depuis la fin Août, la communication m’est apparue à chaque fois comme un sujet difficile et révélateur de problématiques essentielles et profondes sur notre façon de vivre-ensemble aujourd’hui. Que ce soit une petite ferme en transition, un chantier participatif sur la paille porteuse, une ferme familiale en produits aromatiques ou un maraicher bio, tous ces lieux centrés sur une démarche écologique et une volonté de transition me sont apparus comme manquant de communication mais surtout de façon de communiquer. Et même si chacun essayait quand même de faire de son mieux, cela n’empêchait pas les problèmes d’arriver et ce de façon récurrente. Comment tous ces lieux tournés vers un avenir où le vivre-ensemble, la communauté apparaissent comme piliers essentiels de la réussite, pouvaient-ils avoir tant de problèmes communicationnels ? 

La question est importante. Parce qu’elle révèle nos dysfonctionnements, nos habitudes et nos angoisses face à  l’avenir. Comment tous ces lieux en transition, comment tous ces éco-lieux qui se créent désormais presque chaque semaine font-ils pour vivre-ensemble ? Comment est-il possible de croire et de prôner un avenir basé sur le partage, la compréhension et le respect si nous ne sommes pas d’abord capables de communiquer entre nous ? Comment revendiquer une démocratie participative, une société communautaire si nous ne sommes même pas capable de nous écouter ? Moi qui suis d’un naturel solitaire et émotionnel et qui ai déjà du mal à communiquer de façon bienveillante vis à vis de moi-même ou de ma propre famille comment vais-je faire pour vivre en communauté ? Suis-je capable de changer ? Suis-je capable d’apprendre à communiquer d’une façon différente ? Suis-je capable d’être conciliante avec n’importe qui, peu importe les orientations ou le caractère ? Suis-je capable de communiquer sans m’énerver, en décelant derrière les paroles souvent blessantes, les besoins de mon interlocuteur ? Suis-je capable de mettre mon égo de coté pour réellement écouter l’autre ? 

Quand je vois les problèmes communicationnels des lieux où je me suis portée volontaire jusqu’à maintenant (non-énonciation des besoins, objectifs non définis, discussions agressives, problèmes d’écoute dans les couples, relations superficielles, problème d’égo, manque d’organisation, etc) et mes propres problèmes d’échanges conflictuels, il me semble évident que la première chose à faire avant même de mettre en place le monde de demain, c’est d’apprendre à communiquer. Nous ne pourrons mettre en place une nouvelle société, une nouvelle démocratie que si nous travaillons sur nos dysfonctionnements afin de ne pas reproduire encore et encore les mêmes erreurs. Il nous faut désapprendre ce que la société actuelle nous enseigne, basé sur la violence (agressivité, compétition, non-respect, enfouissement de nos besoins émotionnels) pour réapprendre à vivre-ensemble et à communiquer de façon bienveillante. Le language et les mots ont un rôle déterminant dans la mise en place de relations bienveillantes ou conflictuelles. L’apprentissage de la communication non-violente dont l’empathie est au coeur du processus me semble donc être une démarche essentielle à faire. Comme le dit le fondateur de la technique, Marshall Rosenberg, il nous faut utiliser un mode de communication qui favorise l’élan du coeur et nous relie à nous-même et aux autres et mettre en place les structures gouvernementales qui favorisent ces échanges. 

Je pense donc qu’en parallèle de ma démarche de découverte d’autres modes de vie, il me faut travailler dès maintenant à l’élaboration d’un bien-être intérieur et à l’apprentissage d’une communication bienveillante. En commençant par travailler sur moi-même, puis en l’élargissant au cercle de ma famille et des échanges quotidiens. Ce travail sur le language et le rapport à l’autre va automatiquement changer ma façon de concevoir une société mais aussi mon rapport aux différentes espèces vivantes habitant la planète. La communication ne s’arrête pas aux hommes. Elle se fait également dans notre rapport aux animaux, aux plantes, aux insectes… Dans nos échanges avec eux et dans notre façon de les concevoir et de les accepter. C’est donc avec un mode de fonctionnement nouveau que je vais être capable d’aborder les thématiques touchant à la transition, la décroissance, le vivre-ensemble et le respect du vivant. Il est même fort probable que c’est probablement seulement en effectuant ce changement, cette mue, que je vais être par la suite capable d’aborder ces thématiques d’un oeil nouveau. 

Pour en savoir plus sur : la communication non-violente.

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