Jigoku Onsen - Unzen – © Claire Blumenfeld

Sur les traces des volcans de Kyûshû (partie 2/2)

SHIMABARA ET LA RÉVOLTE SATSUMA

Après une petite traversée d’une heure, me voici arrivée dans la ville de Shimabara, au Nord-Est de la péninsule de Shimabara, située dans la préfecture de Nagasaki. Il fait un joli soleil froid. Après avoir déposé mon sac à l’auberge, je me balade tranquillement dans les environs. Shimabara est une petite ville portuaire s’étirant en longueur le long du littoral, au pied du mont Mayuyama. Le mont Mayuyama fait partie du complexe volcanique du mont Unzen composé de différents pics et monts. Le Kinugasa au nord, le mont Fugen et le Mayuyama au centre-est et le Kusenbu au sud. Le Fugendake possède un cratère en activité. La dernière éruption très meurtrière remontant à 1991 a emporté toute une partie des quartiers excentrés de Shimabara.

Je passe mon mardi à vadrouiller dans Shimabara. Le minuscule lac Shiraki, le temple Kotoji abritant la statue d’un boudha couché où pas mal de gens sont présents en train de nettoyer les tombes et le temple. Ce grand nettoyage se faisant fin décembre s’appelle « ôsôji » et fait office de rite de purification. On le pratique aussi au sein des maisons. Visite du quartier aux carpes abritant de nombreux cours d’eau remplis de carpes de taille impressionante ainsi que de jolis vieilles maisons traditionnelles. Je visite la Yusui-teien Shimeiso, comprenant un jardin traditionnel. Dégustation de thé japonais et discussion avec la tenancière et deux visiteurs japonais parlant un peu anglais.

Situé au sommet d’une petite colline, le château de Shimabara se compose de 5 étages, a été construit aux alentours des années 1920 et joua un rôle important dans la rébellion de Satsuma. La préfecture de Nagasaki fut un des principaux lieux d’introduction du Christianisme au Japon au début du 16ème siècle par des missionnaires jésuites. Entre 1637 et 1638, les paysans locaux pour la plupart chrétiens, se rebellèrent contre leur daimyo Matsukura Shigemasa qui imposait des impôts de plus en plus lourds et persécutait les chrétiens. Samouraïs, ronins (samouraïs sans maitre), chefs de village et paysans se rassemblèrent et déclenchèrent ce qui pris le nom de Rébellion de Satsuma. Mais la révolte fut réprimée dans le sang. Retranchés dans les châteaux de Shimabara et de Hara (plus au sud de la péninsule de Shimabara), les rebèlles seront décimés par les canons des navires hollandais, alliés du shogunat.

Le château abrite un musée très intéressant retraçant l’histoire de Shimabara et de ses chrétiens, la rébellion de Satsuma, une superbe collection de poteries et de vaisselles, des petites figurines et une collections d’armures et de sabres. Depuis le dernier étage, on peu découvrir une jolie vue sur la ville, le mont Mayuyama et le cratère fumant du Fugendake.

Shimabara Castle - Shimabara – © Claire Blumenfeld

Je passe également voir le Hall mémorial Seibo dédié au sculpteur et peintre Seibo Kitamura. C’est lui qui a sculpté la statue de la Paix installée depuis 1955 au centre du Parc de la Paix de Nagasaki et commémorant le bombardement atomique de 1945. Je ne connaissais pas du tout le monsieur et je dois dire que ses sculptures m’ont tapé dans l’oeil. Extrêmement expressives et réussies, je les ai trouvées magnifiques.

Visite également du quartier historique Teppô-machi abritant plusieurs « buke yashiki » (maisons de samouraïs) bordant une jolie ruelle de 450m de long coupée en deux par un petit canal. Je finis ma journée par une promenade dans les quartiers plus populaires le long du petit port. Temps magnifique, peu de monde (à part un groupe de jeunes garçons (dans les 12-15 ans), qui me demandent d’où je viens, si mon appareil photo marche bien et si j’aime le Japon), clapotement des vagues et gargouilli des oiseaux. L’atmosphère est superbement paisible. Malgré la nuit qui arrive, je pousse quand même juste qu’au lieu de la coulée de lave meurtrière de 1991. Bien que la nature ait repris ses droits et que les maisons ont été reconstruites on distingue toujours la trace de la coulée. Retour de nuit à l’auberge, poursuivie par le froid.

Bukeyashiki - Quartier hosting several old houses of samurai - Shimabara- © Claire Blumenfeld

DANS L’ENFER D’UNZEN

Le lendemain, Mercredi 30 Décembre, je prend le bus qui m’amène en une heure au sein des montagnes du Mont Unzen, dans le petit village Unzen. Unzen est construit au milieu des sources d’eau chaudes dûes à l’activité volcanique de la région. Fumées blanches, vagues de chaleur, gargouillis des bulles de gaz qui éclatent à la surface et odeur d’oeuf pourris (à cause de l’acide sulfurique), embaument le village. Surnommé « Unzen Jigoku » (Jigoku signifie « enfer » en japonais), l’ensemble provoque un spectacle fascinant. D’autant plus que Unzen était également un des lieux où les chrétiens japonais étaient martyrisées aux alentours de 1600. Le daimyo Matsukura Shigemasa (cité plus haut) refusant le Christianisme, condamnait les chrétiens à la mort par ébullition dans les sources chaudes de Unzen.

Sounds of Unzen – Jigoku Onsen :

 

Jigoku Onsen - Unzen – © Claire Blumenfeld

Le temps étant beau, j’attaque l’ascension du Mont Yadake (altitude de 930m) surplombant le Jigoku Onsen. Le sommet procure une jolie vue sur la vallée en contrebas et sur le col de Nita et les différents pics du complexe volcanique. Je continue ma ballade en longeant la crete sur un petit sentier déambulant dans la forêt. Je redescend dans la vallée par une petite route, bercée par le soleil. Les lieux sont très beaux. Retour au village où ma recherche d’un bento (panier repas) se solde par un échec. Ce sera donc restaurant. Gargote rustique tenue par une mamie une peu acariâtre. Je choisi un donburi accompagné d’oeufs qui s’avère très bon. (Un donburi est un grand bol de riz combiné avec n’importe quelle garniture).

Le ventre plein, je retourne à l’assaut de la montagne, cette fois-ci de l’autre coté du village pour gravir le mont Kinugasa, 870 mètres. A son pied, se situe le joli lac Shirakumo ainsi que le premier espace de camping libre que je trouve au Japon. Les lieux sont sacrement aménagés pour un espace libre : toilettes, espace cuisine, lieu pour faire du feu et emplacements surélevés pour les tentes. Un courageux a d’ailleurs planté sa tente. L’ascension est tranquille, sur un vieux chemin en pierres. Comme pour le Mont Yadake, l’observatoire au sommet permet d’embraser une vue superbe sur la vallée et Unzen mais aussi de voir le bout de la péninsule de Shimabara au Sud et le reste de la préfecture de Nagasaki à l’Ouest. Je redescend tranquillement vers le village à travers une grande forêt de conifères.

Sounds of Unzen – Oiseaux durant l’ascension du mont Kinugasa :

 

View of Unzen and its surroundings from Mount Kinugasa - Unzen - © Claire Blumenfeld

En attendant le bus, je fais le tour du grand lac Oshidori-no-Ike pour tomber sur un petit sanctuaire décidé à Daikokuten (divinité japonaise de la richesse, du commerce et des échanges) dont le visage est taillé dans la pierre.

Le lendemain, le soleil à cédé sa place à la pluie. Mon planning de la journée consistait à faire une randonnée dans les montagnes du Mont Unzen. Optimiste, je prends de nouveau le bus en espérant que la pluie s’arrêtera le temps que j’arrive. Hélas, ma prière n’a pas été entendu. J’attaque la première partie de ma randonnée sous une pluie battante. À moins de prendre un taxi (trop cher), il faut rejoindre le col de Nita (là où se trouve un téléphérique) en montant dans la forêt pendant une heure. La brume fait également son apparition. Arrivée au col, la pluie se transforme en neige et la brume m’empêche de voir à plus de 50 mètres. Maintenant que je suis là, je ne vais pas faire demi-tour. J’achète un ticket pour le téléphérique qui m’amène en trois minutes 300 mètres plus haut. Le staff de la station m’avertit que j’ai pris le dernier téléphérique. Il ferme à cause du mauvais temps. Je serai obligé de redescendre à pied (ce que j’avais de toute façon prévu). Un peu inquiets, ils me regardent partir en me criant « Kiotsukete » (que l’on peut traduire par « Faites attention à vous »). En sortant de la station, je me retrouve dans un autre monde. La tempête de neige fait rage, tout est recouvert de blanc et la brume est tellement forte que l’on ne voit rien au delà de 5 mètres. Me demandant un peu dans quoi je me suis embarquée, je continue malgré tout. Le sentier minuscule longe la crete sous les bourrasque de neige. À part le bruit du vent, le monde est entièrement silencieux. À vrai dire, le monde parait même avoir disparu. En dehors de mon bout de crete, je ne vois rien à part une masse grise. Les couleurs ont disparu. C’est un monde en nuances de gris et de blancs qui se présente à moi. Les lieux se découvrent, fantomatiques, à mesure que j’avance. Un peu déçue de ne pouvoir rien voir de l’environnement, je me console en regardant la neige transformer les arbres en squelettes blancs. L’atmopshère parait surréelle. J’abandonne mon idée d’aller faire l’ascension des différents pics et du cratère (beaucoup trop dangereux, vu le temps) pour ne faire qu’une ballade tranquille qui me prendra deux heures le temps de revenir à la station de la base du téléphérique. Je mange à toute vitesse en essayant de m’abriter de la neige puis je redescends par le même chemin qu’à l’allée pour retourner à l’arrêt de bus. À mesure que je descends, la neige se transforme en pluie et la brume se dissipe légèrement (c’est plutôt que je descends sous la brume, donc forcément on y voit un peu mieux). Grelottant de froid, c’est avec bonheur que je monte dans le bus pour Shimabara.

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