À la croisée des chemins

Qu'est-ce que la Camargue ? Comment l'histoire et l'exploitation humaine ont-elles façonné cette plaine deltaïque ? Et quels sont les enjeux actuels pour le milieu naturel ?

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Un cratère blanc est sorti du sol plat de la Camargue. Un cratère fait de sel. Là, en bordure de la mer, où se jette le Rhône, se trouvent des marais-salants. De ce coté de la Camargue on y produit du sel de déneigement. De l’autre coté, du coté du Petit Rhône, juste en dehors de la réserve, on y récolte du sel alimentaire. Au milieu, dans le delta, les marais et sansouires accueillent une faune et flore spécifique. Des randonneurs et touristes se baladent et observent les oiseaux et les Flamants Roses en train de rougir en ce début d‘hiver. Des chevaux blancs et des taureaux noirs paissent entre les roselières et les champs de riz et plus loin vers le Nord, au dessus de l’immense étang du Vaccarès s’étalent les grandes propriétés agricoles. Par-çi, par-là, quelques gros mas et des petits villages. Des cabanes blanchies à la chaux et aux toits de roseaux, apparaissent parfois au milieu des lagunes. Des anciennes « cabanes de Guardians », témoins d’une tradition qui s’efface. Des petites routes serpentent au milieu d’un réseau de canaux remplis d’eau. Et sur les extérieurs, sur les bordures du Delta, ce qu’il reste de l’industrie française encore vivante, bourdonne d’activité au milieu des éoliennes tournant dans le vent. 

Qu’est ce que la Camargue ? Une réserve naturelle ? Une identité culturelle ? Un espace agricole et industriel ? Un lieu touristique ? Un paysage de carte postale ? Tout cela à la fois ? Avant d’y venir régulièrement au cours des deux mois de cette fin d’année 2019, je ne connaissais qu’assez peu la Camargue. Un vieux souvenir de la grande étendue d’eau de l’étang du Vaccarès, une boite de gros sel de la Camargue dans la cuisine de mes parents, une idée lointaine de traditions et d’emblèmes à base de taureaux, chevaux et flamants. Alors que je marche en cette fin d’année 2019, observant le paysage et les oiseaux, je m’interroge sur l’histoire de la Camargue, sur son évolution et ses problématiques. Et sur ce que cela en dit de notre rapport à la nature. 

Tout autour de moi, il y a de l’eau. Douce et salée. La mer, les étangs, les rivières, les canaux, les marais composent le paysage de la Camargue. C’est une zone humide. Un paysage presque parfaitement plat, sans relief. Vu du sol, il est difficile de se rendre compte de la succession des zones d’eau et de l’immense réseau de petits canaux délimitant un paysage modelé par la main de l’homme. Pendant des siècles, l’implantation humaine et agricole sur le delta fut limitée par l’instabilité du sol, les inondations d’eau douce en hiver, la sécheresse et la salinisation des terres en été. L’arrivée du 20ème siècle marque l’anthropisation du milieu avec l’endiguement des bras du Rhône et l’installation d’un réseau d’irrigation pompant l’eau douce du Rhone pour dessaler les sols du delta. L’agriculture se développe via la viticulture et la riziculture et l’exploitation du sel se met en place avec la création de la Compagnie des Salins du Midi. L’aménagement du delta s’accélère via la construction de plusieurs villages industriels et de lignes de chemins de fer. L’exploitation d’eau douce pour l’agriculture et d’eau salée pour les salins entraine cependant un mélange d’eaux au sein du réseau d’irrigation et des étangs centraux de la Camargue. De fortes frictions entre les agriculteurs et saliniers apparaissent pour la gestion de l’eau de ces étangs. Mais la zone centrale du delta, au delà de n’être qu’une simple ressource à exploiter est surtout une zone humide d’une très forte biodiversité. En 1927 se crée la Réserve nationale de la Camargue mettant en réserve cette partie centrale et formant un espace tampon entre terres d’eau douce et terres d’eau salée. À cela s’ajoute en 1973 la création du Parc naturel régional de la Camargue couvrant la plaine deltaique délimitée à l’est par le « Grand Rhône », à l’ouest par le « Petit Rhône », au sud par la mer et au nord par l’agglomération d’Arles. Regroupant terres agricoles, marais-salants et espaces naturels protégés, le parc travaille depuis à concilier environnement et développement. 

En parcourant la Camargue aujourd’hui, il m’est difficile de m’imaginer à quoi ressemblait le delta avant que la main de l’homme ne modèle le paysage. Je roule sur de petites routes tranquilles dans une atmosphère paisible de début d’hiver. Les champs de rizières dont il ne reste plus grand chose à cette époque de l’année diffusent une légère mélancolie dans l’air. L’exploitation des salins de Giraud est à l’arrêt, la récolte du sel à déjà eu lieu. Il n’y a pas grand monde et j’apprécie le calme des lieux. Quelques taureaux noirs et chevaux blancs paissent encore dans la réserve. Il n’y en a pas beaucoup et je me demande si c’est parce que c’est l’hiver ou si leur exploitation est en diminution. Autrefois, les troupeaux étaient gardés par ceux que l’on appelait les « gardians », (gardiens d’une manade camarguaise ou d’un groupe de taureaux ou de chevaux élevée en semi-liberté et appartenant à un manadier). Aujourd’hui, c’est bien rare d’en apercevoir un. De petites aigrettes blanches fouillent le sol à proximité des mammifères. Elles ont pour habitude de se percher sur le dos des taureaux et chevaux mais pas aujourd’hui. L’élevage des taureaux et chevaux et leurs activités en relation (manifestations taurines, métiers de « gardian » et de « manadier ») furent le ciment de la création de l’identité camarguaise.

« Le facteur culturel a été forgé par les poètes de la fin du XIXe siècle. À la suite de Mistral, qui le premier a mis la Camargue en scène dans son poème Mireille (1859), deux autres félibres, habités eux aussi par le souci de préserver la langue et la culture provençales, choisirent de s’installer dans le delta, d’y écrire, mais aussi d’y ériger les activités taurines et équestres comme ferment de l’identité locale. Joseph d’Arbaud (1874-1950) se rendit célèbre avec La bête du Vaccarès publié en 1926. Le Marquis de Baroncelli-Javon (1869-1943), manadier dans la basse Camargue, devint la figure emblématique de la « camarguité » [Pelen 1987]. On lui doit l’invention et la fixation définitive de la tradition gardiane. La résistance des milieux lacustres à la pénétration humaine symbolise pour ces écrivains celle de la culture et de la langue provençales à l’uniformisation supposée du pays. « Les poètes, les savants, les gardians, les pêcheurs et les gitans » sont mobilisés, au sens propre du mot, dans « la nation gardiane », qui, codifiée dans ses moindres détails, deviendra rapidement une originale tradition culturelle. Ce mouvement s’exprimera en termes militaires et, bien que s’opposant aux grands propriétaires, confortera l’insularité camarguaise en surajoutant à « la Camargue des Camarguais » une Camargue, terre de traditions. » [Bernard Picon. Du Bon usage de la menace. Chronique des représentations de la nature en Camargue. In: Études rurales, n°141-142, 1996. Cultiver la nature]. Aujourd’hui, les traditions camarguaises sont en perte de vitesse dans la vie de tous les jours. Il ne reste plus grand chose des gardians et de leur art traditionnel. Et la majorité de l’élevage et de l’agriculture est faite à l’aide de machines. La culture camarguaise se retrouve désormais seulement dans les quelques musées de la région et dans les manifestations taurines et célébrations de l’été qui gardent un peu de valeur patrimoine et servent d’attrait touristique. 

Un frottement doux envahi mes oreilles. Le vent a forci et les roseaux bruisent sous les rafales de vent. Il y en a partout en Camargue. Ils poussent le long de la multitude de petits canaux formant de jolies roselières. Au Moyen-Âge, les roseaux étaient récoltés à la main. On les utilisait vert en été pour servir de fourrage au bétail et sec en hiver pour servir de chaume aux maisons des gardians. Ces petites cabanes généralement construites au milieu des marais étaient entièrement assemblées à la main en utilisant les roseaux et branches du milieu alentour. Vers le début du 20ème siècle, les cabanes se solidifièrent, les murs furent blanchis à la chaux et seul le toit resta en roseaux. Ce sont ces constructions qui formeront la traditionnelle architecture camarguaise dont on distingue encore quelques restants aujourd’hui. Depuis les années 1950, l’exploitation des roseaux est mécanisée et s’effectue sur le roseau sec de mi-novembre à mi-mars. On s’en sert pour la confection de toitures en chaume, le roseau étant un très bon isolant phonique et thermique et pour la confection de clôtures, brises-vents, affûts de chasse. Un drôle de bruit se fait entendre alors que je longe un petit canal rempli de roseaux. Un ragondin est en train nager entre les tiges appelant ses congénères. Des tas de petits oiseaux se faufilent parmi les branches et un héron cendré immobile presque invisible parmi les roseaux m’observe du coin de l’oeil. Les roselières sont de formidables milieux de vie et de reproduction pour l’avifaune camarguaise. Ce sont également ici, en Camargue que l’on en trouve la plus vaste concentration. Leur exploitation (comme celle de la chasse, de la pêche, de l’agriculture, etc) est bénéfique pour la conservation des zones humides de la Camargue dans le cadre d’une exploitation raisonnée. Elles permettent d’entretenir les milieux, de les renouveler, de gérer l’apport l’eau, etc. Mais elle pourrait avoir des conséquences néfastes pour l’avifaune si l’exploitation mécanisée s’intensifier. En Camargue aujourd’hui, toutes les exploitations traditionnelles font face au même questionnement : comment concilier développement durable et conservation du milieu naturel ?

En ce début d’hiver en Camargue, il n’y a pas grand monde. Quelques campings-cars se baladent le long des digues menant au Phare de la Gacholle et je croise surtout des amateurs de photographie venus observer les oiseaux. Le tourisme en Camargue s’est développé à la fin du 19ème siècle en même temps que les poètes provençaux inventent la culture camarguaise et ses traditions. Le village de Sainte-Marie-de-la-Mer en bordure de la mer attire également les visiteurs depuis le Moyen-Âge puisque c’est là, d’après la tradition catholique, qu’un groupe de disciples de Jesus fuyant la Palestine comprenant Marie-Madeleine et Marthe, s’échouèrent en bateau. En dehors du tourisme lié aux traditions et culte religieux, le delta attire également les visiteurs de la région amateurs de solitude, de randonnées et d’observation des oiseaux. Et puis la qualification de Réserve naturelle et la présence d’espèces emblématiques dont le Flamants Roses attirent aujourd’hui les touristes du monde entier. Le tourisme en Camargue est saisonnier faisant le gros de son chiffe d’affaire en été. Le reste de l’année, le lieu est plutôt calme. Des balades thématiques à pied ou à vélo sont organisées et fléchées par la gestion du Parc. Je me balade tranquillement le long des marais suivant l’itinéraire de découverte nommé « Circuit des Flamants Roses et du Sel ». Le chemin me fait passer par l’étang du Fangassier, le lieu de nidification des Flamants Roses de la Camargue et autour de l’exploitation des salins du Midi à coté du village de Salin-de-Giraud. Une signalétique m’indique que les chemins sont interdits aux automobiles, qu’il ne faut pas cueillir les fleurs sauvages et que le camping n’est pas autorisé. Dans les années 1900, les espaces naturels de la Camargue étaient principalement utilisés par les locaux comme un espace récréatif. Avec le développement de la « culture camarguaise »  dans les années 80 apparait un afflux de touristes aisés issus des grandes métropoles européennes. C’est le début du tourisme de masse en Camargue et la mise en place des premières mesures restrictives visant à réguler l’accès des visiteurs. L’accès aux automobiles et le camping est interdit sur le littoral en 1981 et les locaux perdent l’accès libre au milieu dans lequel il vivent. 

Dans une enquête menée en 1984 en Camargue, Bernard Picon met en évidence que les personnes venant visiter les espaces naturels protégés à accès restrictifs ne sont pas les locaux du coin mais des personnes étrangères à la région (soit d’autres régions de France, soit d’autres pays). Ces personnes étant généralement issues des classes moyennes et supérieures de la société. « Les couches moyennes ou supérieures de la société n’hésitent pas à faire des centaines de kilomètres pour quelques jours de contemplation de « nature » ou pour observer des oiseaux. Très minoritaires sont celles qui disent n’être venues que pour passer quelques jours de vacances sans autre motivation. Il s’agit en fait d’une pratique relativement « égoïste » d’évitement des foules estivales. Cette pratique peut ainsi s’additionner à un certain nombre d’autres symboles de différenciation sociale : faire un voyage lointain hors-saison pour s’immerger dans un milieu naturel semble bien être un des attributs des couches moyennes-supérieures des sociétés européennes. Cette constatation met en évidence l’ambiguïté sociale certaine que constitue une politique de protection de la nature sur des espaces précis. Les populations locales se voient interdire certaines formes de pratiques habituelles des espaces en question au nom d’une rationalité qui leur est généralement étrangère. Elles ont, comme on le verra plus loin, le sentiment d’être exclues de leur propre territoire parce que les contraintes d’accès favorisent des modèles de loisirs qui ne sont pas les leurs. Bien entendu, cette politique n’est pas préméditée puisque les raisons qui président aux interdictions sont des raisons de biologistes, de botanistes, de géologues ou d’ornithologues ». [Bernard Picon. Les conflits d’usage sur le littoral camarguais : protection de la nature et pratiques sociales. In: Norois, n°133- 135, Janvier-Septembre 1987. Espaces côtiers et sociétés littorales]. 

Cette contradiction entre protection de la nature, restriction d’accès, population locale et tourisme est une thématique très intéressante pour moi. Nombreux sont les endroits de la Camargue qui étaient autrefois accessibles à tous et qui ne le sont plus aujourd’hui. Moi-même en me baladant parmi les marais, je ne peux m’empêcher de pester contre les limitations d’accès et le fait de ne pas pouvoir circuler librement. Et pourtant je suis quelqu’un totalement en faveur de la protection de l’environnement qui comprend parfaitement la nécessité de limiter l’accès face à l’impact du tourisme de masse. Comment est-il possible de concilier protection de la nature, liberté d’accès et tourisme de masse ? C’est une question qui m’occupe beaucoup l’esprit et face à laquelle j’ai été beaucoup confrontée durant mes cinq ans de voyages et notamment lors de mon séjour en Islande. La grande majorité des démarches mises en place semblent se concentrer sur la restriction de l’accès libre et la mise en place d’offres de visites guidées. Le problème de cette solution pour moi est qu’elle enlève l’attrait principal d’un séjour en pleine nature : l’immersion dans un milieu naturel sauvage loin des foules. Je pense que la solution n’est pas de limiter de plus en plus l’accès mais plutôt de changer les mentalités, de changer notre rapport à la nature. Nous devrions tous être capable de respecter, protéger, limiter notre impact face à la nature afin de pouvoir en profiter librement. C’est peut-être une vision naive du problème, mais je veux croire qu’un jour la population humaine sera capable de se comporter intelligemment face à la nature. Le fait de retrouver ces mêmes problématiques en Camargue me font réaliser à quel point le monde entier est confronté aux mêmes problèmes.

La gestion de l’eau et des milieux de la Camargue a depuis toujours généré de forts conflits entre les différents usagers. Chacun des points que j’évoque après, concernant le domaine de la gestion de l’eau, se retrouvent partagés entre les besoins souvent incompatibles des différents acteurs du milieu. Le premier point à poser problème concerne la qualité de l’eau : salée pour la saliculture, douce pour l’agriculture, saumâtre pour les milieux naturels. La pollution de l’eau via pesticides et engrais sont également problématiques pour la conservation des milieux naturels. Le deuxième point concerne la saisonnalité du delta. Si la gestion de l’eau équilibrée entre eau douce et eau salée permet la diversité des activités humaines dans le delta, elle inverse le cycle naturel des saisons puisque les niveaux d’eau sont élevés en été (afin de permettre la riziculture et la récolte du sel) et bas en hiver (ce qui rend peu favorable la protection de certaines espèces animales et végétales). Le troisième point concerne la hauteur d’eau souhaitée dans un milieu afin de permettre la pratique d’une activité. Chasse, coupe du roseau, pêche, riziculture demandent des niveaux d’eau différents. Sur un même espace, le delta du Rhône, se trouve des activités nécessitant des besoins en eau différents. Comment faire pour rendre ces activités compatibles ?

Un autre exemple de la difficile cohabitation entre hommes et nature concerne les Flamants Roses. Le Printemps en Camargue rime avec la reprise de l’agriculture et la mise en semis des champs de rizières. Depuis une vingtaine d’années, les Flamants ont pris l’habitude d’aller se nourrir dans les rizières. Se posant en groupe d’une centaine d’individus, ils viennent patauger dans les champs, déterrant les graines afin de s’en nourrir, enfouissant par inadvertance le reste et provoquant de gros dégâts et de fortes pertes économiques pour les riziculteurs. Suite au piétinement des oiseaux, les parcelles doivent être ressemées. Entre 0,5 à 5% de la superficie totales des parcelles sont touchées. Pour essayer de chasser les oiseaux, les producteurs utilisent des techniques d’effarouchement (gyrophares, canons à gaz, tour de guet, etc) qui se révèlent assez inefficaces. La pression des flamants sur les rizières est aujourd’hui accrue par l’augmentation progressive de la population de flamants en Camargue, l’agrandissement des parcelles cultivées en riz et la disparition des haies. Ces deux derniers facteurs étant la conséquence de l’intensification des systèmes agricoles et l’utilisation généralisée de l’hélicoptère pour l’épandage de pesticides. Face aux dégâts, certains producteurs excédés demandent une indemnisation. D’autres remettent en cause le statut d’oiseau protégé jugeant son nombre trop important et désirant même réguler la population grâce à la chasse. Une approche allant à l’encore de tous les efforts du Parc Naturel Régional de Camargue pour protéger l’oiseau vulnérable. Plusieurs mesures agri-environnementales ont été mises en place, avec notamment l’aide à la remise en place de haies autour des parcelles, celles-ci ayant un effet dissuasif avéré sur les flamants. Mais ces mesures ont été assez peu suivies de la part des riziculteurs prétextant une incompatibilité avec leurs pratiques d’agriculture intensives (épandage aérien de pesticides rendu difficile avec la présence des haies, schéma d’irrigation inconciliables, présence de possibles ravageurs, etc). Cela illustre la mise évidence de la fracture entre la logique d’une agriculture industrielle et la protection de la nature qui l’entoure. Heureusement quelques agriculteurs camarguais ont accepté de mettre en place un système de polyculture diversifiée intégrant la présence de haies et le résultat s’avère positif. L’avenir conjoint du Flamant rose et de l’agriculture en Camargue passe obligatoirement par un changement d’approche des pratiques agricoles.

En 2010, le Parc naturel régional de la Camargue à mis en place une nouvelle charte définissant les nouvelles orientations à suivre pour les douze années à venir avec la volonté de faire de la Camargue un modèle de gestion réussie adaptable dans le monde entier. Les grandes valeurs du parc sont de préserver et valoriser le patrimoine naturel et culturel de la Camargue et d’accompagner les dynamiques sociales, économiques et territoriales. Chercher à concilier protection de la biodiversité et développement humain et social. La nouvelle charte du Parc s’articule autour de trois thématiques : la gestion de l’eau, la mise en place d’une relation durable entre l’homme et la nature et la volonté de placer la population au coeur de l’aménagement du territoire. Aujourd’hui, les changement climatiques, l’élévation du niveau de la mer, l’affaissement du delta (par manque d’apports sédimentaires via les fleuves aujourd’hui endigués), la contamination des milieux aquatiques par les pesticides, la teneur en sel trop élevée des étangs posent de sérieux problèmes pour l’avenir du delta. Ce sont ces problèmes face auxquels la Charte désire mettre en place une gestion concernée et sensibiliser la population. La nouvelle charte met également en évidence que malgré la mise en place de moyens de défense face aux crues et montée du niveau de la mer, il sera à long terme, impossible de maintenir la protection de l’ensemble du littoral.

La restauration et la protection des milieux naturels à proximité d’espaces agricoles et domaines publiques ne peut se mettre en place sans l’accord et la compréhension de tous les acteurs. Les industries situées en limite du delta et notamment la zone industrielle de Fos-sur-Mer entrainent dans l’air l’émission de particules dont l’impact sur les espèces animales, végétales et humaines est en cours d’étude. Supprimer l’activité industrielle (le peu qu’il en reste) pour protéger les milieux naturels ne me semble pas être la voie à suivre tant les conséquences pour l’économie française seraient grandes mais des réponses mettant en place une réduction de la pollution et une volonté de préservation du milieu de la part des industries en accord avec la charte du Parc me parait être la solution. La Charte cherche d’ailleurs à développer ce qu’elle appelle « une conscience éco-citoyenne » à travers des actions de sensibilisation. Le but étant de faire comprendre au public et acteurs le fonctionnement des zones humides et leur protection. Des techniques d’agriculture favorables à l’environnement sont ou vont se mettre en place avec la volonté de favoriser des exploitations biologiques et une agriculture raisonnée. Afin de maintenir et revaloriser les techniques et savoirs-faire traditionnels, la Charte développe les démarches de promotion et de qualité via l’attribution de labels et de la marque « Parc ». La diminution de certaines espèces (notamment de populations d’oiseaux) due à la pratique de la chasse et de la pêche non controlée pose problème et le parc cherche à mettre en place des régulations via un plan de chasse durable et un plan de gestion halieutique. Du coté du tourisme, le Parc désire développer un tourisme exemplaire durable à travers une découverte accompagnée du territoire, la mise en avant de la culture camarguaise et une offre d’hébergements de qualité. Le problème de la forte présence du moustique en Camargue en été et première source de mécontentement pour les locaux et visiteurs requière une recherche de solution qui ne doit pas être traité à la légère. La démoustication de la Camargue rendrait certainement la vie plus simple aux habitants et visiteurs et pourrait éliminer la présence éventuelles de maladies transmises par les moustiques. Mais l’utilisation de méthodes ou produits toxines pourrait avoir des conséquences néfastes sur la faune et la flore locale. Le Parc cherche donc à mettre en place des traitements à base de bio-insecticides avec suivis afin de surveiller leur impact. Afin d’essayer de résoudre les problèmes de gestion et de direction qui oppose souvent habitants, agriculteurs, industriels et gestionnaires du Parc, la charte désire mettre en place un système de « gouvernance » représentant tous les acteurs du milieu. De nombreux aménagements sont prévus que ce soit autour du développement du transport « doux » (vélo et randonnée), de l’amélioration de la qualité de vie pour les habitants, de l’utilisation d’énergies renouvelables ou de l’urbanisation durable (efficacité énergétique, nouveaux modes architecturaux, conceptions bio-climatiques, matériaux écologiques, etc).

Aujourd’hui fin 2019, en me baladant dans le parc en ce début d’hiver, je pense aux paysages autour de moi, à son histoire, à notre relation avec la nature. Les milieux naturels semblent en bonne santé. Il y a des oiseaux partout. Je n’ai quasiment pas vu de déchets par terre. Et même si la vie semble tourner au ralentie, une sensation de joie simple semble flotter dans l’air de la Camargue. N’étant pas en Camargue en 2012 et n’y habitant pas, j’ai un peu de mal à me rendre compte des éventuels améliorations mises en place ou des problèmes apparus depuis la date d’application de la nouvelle charte. En feuilletant le programme grand public et éducatif de la période Automne-hiver 2019-2020, je me rends compte que de nombreuses rencontres et activités de découvertes sont programmées et que le musée de la Camargue s’agrandit. Malgré le calme de l’hiver, la Camargue semble bien vivante et sur une voie positive. Les enjeux et problématiques face à l’avenir et la réussite de la gestion des différents acteurs sur un même milieu sont des démarches sur le long terme. J’espère que la Camargue, cette terre des multiples, ce delta particulier, sera capable, si ça n’est pas déjà le cas, de mettre en place un rapport positif et respectueux entre l’homme et la nature.

Taureaux près des Saintes-Maries-de-la-Mer
Cabanons de pêcheurs
Faune et flore de Camargue : libellule, roseaux, cigogne, héron cendré
Le port de Fos-sur-Mer
Exploitation de sel au Salin-de-Giraud
Les salines de Salin-de-Giraud et le Phare de la Gacholle
Coucher de soleil sur la Camargue
Overview

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