Un pas après l’autre

Une semaine de randonnée sur le West Highland Way. À travers les Highlands, sous la pluie, la tête pleine de questions.

CARNET DE ROUTE

Jour 1 : À travers la campagne écossaise

Aujourd’hui il fait gris et pluvieux. C’est mon premier jour sur le West Highland Way. Départ de Milngavie dont la prononciation n’a rien à voir avec l’écriture. Il y a déjà pas mal de monde sur le chemin. Il faut dire que nous sommes Samedi. Je croise une personne toutes les cinq minutes. Dans l’après-midi, les nuages se dispersent après un dernier coup de pluie et le soleil apparait illuminant le paysage. Je traverse la campagne Écossaisse, mélange de prairies et petites forêts. 

Je suis partie pour pour cinq semaines de randonnées à travers le pays. Cinq semaines d’effort et de retour au calme. En commençant pat le West Highland Way, la randonnée Écossaise la plus connue, la plus fréquentée et aussi la plus marquée. C’est ma première longue randonnée, de plus de quatre jours, que je fais seule. Environ 154km pour relier Milngavie, petite banlieue de Glasgow à Fort Williams au coeur des Highlands. Une semaine à traverser quelques uns de plus beaux paysages de l’Écosse.

Le sac est lourd. Vraiment lourd. La ceinture du sac un peu rigide, me serre les hanches et m’abime la peau me causant de grosses irritations, bleus et inflammations. La douleur est sévère et m’empêche de marcher normalement rendant l’après-midi beaucoup plus difficile. J’arrive au minuscule camping de Drymen avec soulagement où une vingtaine de tentes sont déjà installées. Il fait un temps superbe mais qui ne dure pas. J’essaie de reprendre un rythme plus simple et de ne pas me poser trop de questions sur le temps ou les douleurs physiques mais c’est difficile. Je me demande un peu si je vais réussir à faire cette randonnée et surtout si je vais réussir à passer mes cinq semaines prévues en Écosse. Est ce que cela vaut-il vraiment le coup de s’imposer le froid, la pluie, les douleurs physiques ? 

Jour 2 : Conic Hill et Loch Lomond

Départ gris mais qui se transforme rapidement en alternance de nuages et soleil. Les variations de luminosité rendent le paysage superbe. J’ai beaucoup de mal à marcher. Les douleurs de la veille sont toujours là. Chaque pas semble être une acceptation de la douleur. C’est apprendre à l’accepter, à essayer de ne pas laisser ma conscience se concentrer dessus. J’y arrive plus ou moins bien. C’est quand même foutrement dur.

J’ai lâché 450g à la poste de Drymen. Renvoyé aux parents. Mais les 2kg en trop viennent de mon ordinateur et des divers chargeurs. Faut-il s’en débarrasser ? Tout le monde me dépasse. La majorité ont des petits sacs. Ils doivent dormir en hotel ou utiliser le service de transfert de bagages. Devrais-je faire pareil ? Est ce que la fierté mal placée de vouloir absolument porter tout mon barda doit-elle l’emporter sur le plaisir de la randonnée ? Est-ce que la difficulté fait partie de l’expérience ? De mon choix d’expérience ? Toujours est-il que même les gens chargés de gros sacs ne semblent pas avoir autant de mal que moi. Je ne dois pas être en aussi bonne forme que ce que je le pensais. J’ai du mal à l’accepter. Moi qui me pensait une randonneuse accomplie. Ben c’est pas tellement ça. Je me dis que cette randonnée c’est comme la vie : toujours difficile au début. Et que notre réussite tient au fait de savoir accepter les difficultés et de se dépasser.

La montée de Conic Hill n’est pas si difficile. C’est le point d’intérêt de la journée. 300 mètres de montée pour apprécier la vue sur Loch Lomond. En haut le grand lac se dévoile parsemé de petites îles. Avec les rayons du soleil c’est très beau. Mais très touristique. La descente faite d’escaliers sera plus difficile. Arrivée à Balmaha, j’ai l’impression de débarquer pendant un instant au sein d’une station touristique d’une ile paradisiaque. Mais non je suis bien en Écosse, en plein coeur de l’Écosse. La dernière partie de la randonnée se fait en longeant le lac. C’est très beau et paisible. Je pousse pour six kilomètres de plus et c’est bien fatiguée que je rejoins enfin le campsite très simple de Sallochy Bay juste en bordure du lac. C’est remplie de midges mais ce n’est pas grave. Mes douleurs aux hanches commencent doucement à diminuer.

Loch Lomond

Jour 3 : Marcher sous la pluie

Départ sous la pluie, pour 27km. Cela me paraît impossible. Première étape, rejoindre Inversnaid Hotel, à une quinzaine de kilomètres d’ici. Pour la suite, on verra. Le portage du sac me semble un tantinet moins difficile. Les douleurs s’estompent.

Il fait moche toute la matinée. Je longe le lac dont la couleur varie du gris clair au gris sombre en fonction des nuages. Après 6km j’atteinds Rowardennan. Presque deux heures de marche déjà. Je discute un peu avec un français qui a campé là. Curieusement la discussion me remonte le moral. Le chemin se transforme rapidement en un raidillon longeant le bord du lac avec cailloux et racines et ne faisant que monter et descendre. Dieu que c’est difficile. Pourtant, la partie difficile du trek est sensée être la suivante (comme ça mais en pire) de Inversnaid à Inverarnan. Si j’ai déjà du mal là je n’imagine pas après. La pluie s’abat de plus en plus fort et je fonce. Curieusement, sous la pluie, le portage du sac parait moins douloureux, mon esprit étant concentrée sur autre chose.

À midi, il me reste encore cinq bons kilomètres à faire pour rejoindre Inversnaid. Je décide de changer mes plans, il est impossible que je fasse les 27km prévus. Tans pis. Je ne veux pas me tuer à la tache. Je préfère essayer d’apprécier la marche. Ce sera donc le ferry de Invesnaid à Tarbet de l’autre coté du lac (un peu en arrière) puis un bus jusqu’à Inverarnan. Avec un sac d’une quinzaine de kilos, je ne peux apparement faire qu’une quinzaine de kilomètres par jour. Et bien c’est comme ça.

J’arrive à 14h05 à Inversnaid, 10min avant le ferry. J’ai fait 16.5 km quasiment sans m’arrêter. Le ferry nous emmène à Tarbet sous une pluie torrentielle et je m’écroule dans le seul petit café du coin. Une délivrance. Il est 15h, je n’ai toujours pas mangé. J’achète une soupe maison, un panini bacon-brie, un chocolat chaud au lait de soja avec marshmallow et une part de gâteau au chocolat. Tout ça. Je discute avec un couple de jeunes anglais qui ont campé au même camping que moi hier soir. Eux aussi ont décidé de prendre le ferry et le bus. 

L’autocar arrive, quasiment plein et je laisse le ronronnement du moteur me plonger dans une torpeur douce alors que nous longeons le lac. Inverarnan apparaît et je débarque au camping sous un soleil radieux. Le lac a fait place aux collines des Highlands et c’est très beau. Mais de nouveau rempli de midges. 

Jour 4 : À travers les collines grises

Je me lève sous un ciel orageux mais pas encore pluvieux. Mais la pluie me surprend alors que je reviens des toilettes. C’est le déluge. Une bonne leçon à retenir : toujours ranger la tente lorsqu’il ne pleut pas, le plus vite possible, le reste (soins, petit-déjeuner) peuvent attendre. Ma tente est trempée. Je remballe tout vite fait et essaye de faire sécher mes affaires dans la « cuisine » du camping mais c’est peine perdue.

Apparemment il va pleuvoir toute la journée et même la nuit. J’ai attrapé froid en arrivant en Écosse et avec le mauvais temps cela ne s’arrange pas. Je n’ai plus de voix. Je décide de réserver une petite hutte au prochain camping mais il ne reste plus que des grandes à 45£. Ça fait cher mais c’est le prix pour être au sec.

Malgré la pluie, la randonnée est belle et tranquille. Le poids du sac est supportable et la pluie ne mouille pas trop. Autour de moi, les collines vertes des Highlands commencent à apparaître. Les mêmes questions qu’il y a quelques jours me tournent dans l’esprit. Pourquoi est-ce que je marche ? Pourquoi est-ce que je m’impose cette douleur physique et mentale ? Est ce que la réponse, c’est qu’il n’y a pas de réponse et qu’il faut l’accepter ? Les choses arrivent-elles parce qu’elles arrivent, sans forcément avoir de sens ? 

Avec la pluie la nature semble vraiment inhospitalière. Et très vivante. C’est le royaume de l’herbe et des fougères. À moins d’avoir de la fourrure, l’être humain ne peut survivre longtemps en pleine nature avec toute cette eau. Je passe à Crianlarich pour le déjeuner puis continue sous la pluie pour rejoindre enfin Tyndrum et ma petite hutte. Séchage de mes affaires et petit restaurant du coin pour un repas bien mérité. 

Jour 5 : Une journée merveilleuse

Je me réveille sous un ciel gris et humide. Cela commence à être redondant. Au moins j’ai bien dormi et mes affaires sont sèches. Je quitte Tyndrum sous la pluie m’enfonçant dans les vallées. Des montagnes verdoyants aux formes extraordinaires m’entourent. Malgré le bruit du traffic de l’A82, qui n’est jamais bien loin, j’ai l’impression de commencer à m’enfoncer dans la nature sauvage des Highlands. Les nuages s’effilochent sur le haut de Beinn Dorain. Sa forme pointue me fascine. Quelques éclaircies tombent à pic apportant une dimension merveilleuse au paysage. Suivies par une averse bien sentie qui écourtera mon repas de midi. Je trace la route, longeant les flancs de la montagne. Rien à part l’herbe verte. L’eau me dégouline sur le visage. Comme d’habitude, des pensées inquiètes me viennent rapidement à l’esprit. J’essaye de les calmer en réalisant que je me sens bien malgré tout. Je n’ai pas froid, je ne mouille pas trop. Tout va bien. Et puis, en dernier recours je peux toujours prendre une chambre dans un hotel. 

En regardant les paysages dont les couleurs sont principalement centrées sur le vert et le gris, je me dit que c’est dommage qu’il fasse moche. Que du fait qu’il fasse moche, je me prends pas plaisir ou je n’apprécie pas pleinement les paysages. Que je voudrais avoir du beau temps et que ce mauvais temps me gâche l’expérience. Mais la réalité, elle, elle s’en fout de tout ça. Il pleut, il pleut. Point barre. Elle s’en fout que je soit en dessous en train de faire le West Highland Way. La bonne leçon à retenir de tout cela, c’est qu’il faut accepter la réalité telle qu’elle vient.

À Bridge of Orchy, les éclaircies reviennent. Je repars de plus belle, le moral au plus haut. Qu’est ce que c’est beau ce ciel aux variations de gris, ces nuages s’accrochant aux montagnes et ces rayons de soleil donnant du contraste au paysage. Je monte sur le sommet de la petite colline dominant Loch Tulla. Un petit plateau et des chaînes de montagnes apparaissent. C’est magnifique. La partie un peu plus sauvage du sentier commence. Des nuages menaçant défilent et j’observe le paysage changeant constamment.  

La descente vers Inveroran Hotel est plus courte que prévue et me voila arrivée au niveau d’un petit espace pour bivouaquer à coté d’une rivière et d’un petit pont en pierre. Rien à part les montagnes, quelques vaches et l’auberge quelques mètres auparavant. Et une dizaine de marcheurs qui camperont au même endroit. « Sauvage » sans l’être vraiment.

Il pleut plus ou moins fort toute la soirée et je profite d’un répit pour apprécier le paysage. C’est calme et malgré la pluie rendant l’aventure compliquée et moins sereine, je suis contente d’être là. J’assiste même à mon premier « coucher de soleil » avec quelques nuages roses. Cette journée bien que pluvieuse fut vraiment très belle. 

PS: le poids du sac ne semble plus être si horrible. Mes douleurs physiques ont diminué et à part le fait que je suis un peu malade à cause d’un nez bien bouché et d’une ampoule au petit doigt du pied droit, le reste semble tenir le coup.

Jour 6 : Affronter la pluie en traversant la moor

Rien n’est prévisible. Le climat écossais change en permanence avec une furieuse fixation sur pluvieux. Jouant grandement avec mes limites. Je me réveille à 6h. Ma tente n’est pas mouillée. Leçon apprise, je remballe tout. De gros nuages noirs se profilent à l’horizon et j’ai à peine le temps de manger un petit-déjeuner froid qu’il se met à pleuvoir de nouveau. 

7h45, je commence donc à marcher. C’est la traversée de la « moor » montagnarde. Il pleut et le vent me siffle dans les oreilles. Les créateurs du chemin, autrefois, ont eu la bonne idée d’en faire un chemin rempli de cailloux. La marche est douloureuse et mon ampoule au petit doigt de pied n’aide pas. À peine une heure de marche et je suis à plat. Je ne sais pas si c’est la fatigue, le vent, la pluie ou le chemin caillouteux qui monte doucement mais surement mais je n’en peux plus. Le poids du sac me lamine de nouveau les épaules. 

Je traverse la moor, désertique, verte, montagnarde, magnifique. Mais aussi très inhospitalière. Il pleut. Beaucoup. Et je marche comme un robot puisant dans mes dernières volontés. Cela fait quatre jours qu’il pleut désormais presque en permanence. Je traverse avec un seul but. Atteindre l’autre coté. Le Glencoe Mountain Resort. Mon corps avance tout seul. Mon esprit lui s’est retranché. Il plasmodie un appel au soleil, une lamentation, pendant des heures sous mon crâne. Mais le soleil qui perce bien par quelques instants n’est pas de taille face à la masse de nuages gorgée d’eau qui défile sur la région depuis des jours. C’est apparemment une des zones de l’Écosse où il pleut le plus. Je veux bien le croire. 

Une pluie torrentielle finit par s’abbattre pendant ma dernière heure de marche. Je suis dans un état un peu second, partagée entre un état de désespoir accentué par une douleur lancinante dans mon crane et mon dos et une volonté de ne pas se laisser abattre et de relativiser. Le Glencoe Mountain Resort apparait enfin et j’ai du mal à me dire que je vais encore payer 60£ pour une petit hutte (pour 4 personnes. Toute seule, je me fait toujours avoir sur les prix) mais je refuse de rester dehors. Mon budget file à vitesse grand V mais je me dis qu’il faut aussi savoir faire face aux imprévus et accepter les décisions que l’on prend. Je m’abrite avec bonheur dans une sorte de petit trou de hobbit recouvert de fausse herbe et sombre dans le sommeil, le corps un peu malade.

En me réveillant plus tard je m’aperçois que plusieurs personnes ont décidé de camper malgré la pluie dans le petit camping à coté et je me dis que j’aurais certainement pu aussi. Mais pas aujourd’hui. Je me sens malade et abandonnée. Je suis seule, sans aucun support moral et réconfort. J’aimerais bien m’endurcir un peu pour pouvoir profiter plus sans trop m’inquiéter, même lorsque les conditions climatiques sont mauvaises.

Jour 7 : Traverser la vallée de Glencoe et retrouver le moral

La nuit à l’abri m’a fait du bien, bien que je me sente toujours fatiguée. La pluie semble doucement s’éloigner. Les éclaircies se font plus présentes et je regarde les arcs en ciel défiler sur les montagnes depuis mon petit trou de hobbit. J’attends jusqu’à la mi-journée, pour que les éclaircies prévues arrivent. Au loin l’obscure vallée de Glencoe s’étale dans le paysage. Elle semble bien mériter son nom de vallée de la Mort (en référence au mauvais temps dont la vallée semble être un aimant mais aussi aux nombreuses batailles entre clans ayant eut lieu auparavant). 

En chemin, les nuages passent enfin poussés par un vent assez violent et le soleil apparait doucement. Je marche dans la lande désolée entourée de montagnes aux formes impressionnantes. Le lieu est magnétique, magnifique mais assez difficile à prendre en photo. Difficile de faire rentrer dans le cadre la beauté désolée de l’endroit et la forme si étrange des vallées entre chaque montagnes. Une des vallées semble former une courbe parfaite entre deux montagnes. Contrairement à hier, je me sens bien. Ou du moins, mieux. Le poids du sac ne se fait pas trop sentir. Et c’est peut être l’apparition du soleil bien qu’encore faible qui me remonte le moral. Après presque quatre jours de pluie, j’en avais besoin. Le chemin zigzague tranquillement à travers la moor et à part une étrange partie à la limite de la route, c’est un plaisir. Le sentier finit par tourner et j’entame l’ascension du Devil Staircase, pas aussi dur que son nom pourrait le faire penser et atteins facilement le col le plus haut de la randonnée à 550 mètres de hauteur. D’un coté la vallée de Glencoe, de l’autre la chaîne de montagnes des Mamores.

Je profite du soleil pour manger un morceau un peu en contrebas, l’esprit apaisé. C’est mon avant-dernier jour de marche. Et c’est un de ceux que je préfère. Cela fait 7 jours que je marche. C’est la première fois que je marche aussi longtemps. J’ai du mal à croire qu’une semaine est déjà passée. Une phrase me revient à l’esprit : « after all, this is a walking holiday »*. Oui, je suis là pour apprécier et profiter. Pas pour en faire une épreuve. Oui, l’idée est de se confronter physiquement et mentalement mais en y prenant plaisir !

La descente vers Kinlochleven de l’autre coté est un peu longue, presque 600m d’un coup. Le soleil est là, il fait chaud et humide. Le dernier km se fait le long d’un gros pipeline qui alimente une petite station électrique au centre du village. Rien de bien spécial à Kinlochleven à part les maisons toutes les mêmes. Ancien village ouvrier, Kinlochleven ne vit aujourd’hui que du tourisme. Il fait beau et j’installe ma tente dans un minuscule camping très cher mais en bordure du lac. Un vrai sentiment de vacances semble s’emparer de moi. Je ne sais pas si c’est la soirée au soleil ou le fait que demain c’est le dernier jour de la randonnée mais je suis heureuse. Le soleil disparait bien trop rapidement à mon goût derrière les montagnes laissant la place à des nuées de midges. Dans le petit camping, des dizaines d’oiseaux entament un concert pour saluer la fin du jour. Je me demande encore pourquoi je marche. Qu’est ce qui me pousse à mettre un pied devant l’autre malgré la difficulté ? Et pourquoi j’ai choisi de partir en randonnée pour mes vacances ? En tout cas je n’imagine pas faire autre chose. J’écrase les nombreuses midges qui ont eu l’audace ou la malchance de rentrer dans ma tente. Elles font mal ces saloperies mais elles ne sont pas rapides. Facile à zigouiller d’une seule pression du pouce. Le problème c’est qu’elles sont en train de salir les parois de la tente. Il y des cadavres de midges un peu partout maintenant. Mais c’est ça ou être bouffer à mort. Alors je n’hésite pas. 

* « Après tout, ce sont des vacances à pied »

La vallée de Glencoe et le lac de Kinlochleven

Jour 8 : Derniers kilomètres 

Dernier jour. Il fait un temps magnifique au réveil mais cela ne dure pas. Une grosse masse nuageuse recouvre rapidement Kinlochleven. Je pars avec une espèce d’allégresse dans le coeur. J’ai du mal à croire que cela fait 7 jours que je marche et qu’aujourd’hui c’est la fin. Sans m’en rendre compte le temps a filé. Une bonne montée pour bien commencer la matinée m’emmène à 300 mètres dans la vallée sauvage au dessus de Kinlochleven. Quelques gouttes s’échappent d’un nuage un peu trop rempli et viennent s’abattre sur moi me laissant penser que je vais de nouveau être mouillée. Mais le vent aidant, les nuages passent doucement et le soleil réapparait. La traversée de la vallée est très agréable. Le chemin sillonne à travers le plateau entouré de montagnes vertes et désolées. Le coin fait très sauvage si ce n’est la file de randonneurs effectuant le WHW. Un groupe me dépasse / ou je dépasse un groupe, quasiment toutes les cinq minutes. Vers 14h, je suis dépassée par les premiers coureurs du marathon WHW qui a lieu ce weekend ! Je l’apprendrais plus tard mais le premier coureur qui m’a dépassé est celui qui a gagné avec un temps d’environ de treize heures. Treize heures pour faire le chemin ! Alors qu’il m’aura fallu huit jours pour le faire ! 

Je parcours les vallées me rapprochant de Fort William. Ben Nevis, la montagne la plus haute du Royaume-Uni apparait au loin, son sommet dans les nuages. Je distingue le sentier faisant l’ascension. Je pensais y monter demain mais j’hésite un peu maintenant. Le paysage verdoyant change pour une forêt de sapins décapitée. Des restes de troncs dont la coupe est plus ou moins récente garnissent le paysage rendant les lieux tristes et désolés. Malgré le fait que la région de Ben Nevis soit un monument du tourisme et que le WHW passe juste au milieu de la forêt, une exploitation forestière privée a jugé bon de détruire le paysage. Ça n’est d’ailleurs pas le seul endroit d’Écosse. Beaucoup des forêts de sapins sont en fait des exploitation forestières laissant de nombreux paysages dévastés. La fin du chemin pour rejoindre Glen Nevis où se trouve le camping se fait au milieu de l’exploitation rendant la fin de la journée un peu morose. 

J’arrive au camping sous un temps magnifique et presque trop chaud. Quelques vaches de la race Highland paissent dans un près. Les premières que je vois d’ailleurs. Elles ont toutes une frange très longue leur recouvrant les yeux et je me demande comment elles font pour voir. La fin du trajet officiel se trouve à Fort William, quelques quatre km plus loin mais j’ai décidé de finir ici au pied de Glen Nevis. Au camping je retrouve plusieurs des randonneurs que j’ai croisé tout au long de la semaine. Tout le monde à l’air d’être content d’être arrivé. Le camping est une véritable ville comparé à ceux que j’ai côtoyé pendant la semaine. Beaucoup de monde. L’atmosphère est un peu bizarre ou c’est moi qui est l’impression d’être en décalage peut-être. Je décide de me faire plaisir et opte pour un hot dog & onion with chips pour le diner, ce qui se révèlera être une mauvaise idée. La saucisse est immangeable. Mieux vaut s’en tenir au fish & chips de base. La soirée sera courte, l’appel du sommeil se faisant sentir rapidement. 

Glen Nevis

Jour 9 et 10 : Du repos bien mérité

Le lendemain, je rejoins Ben Nevis Bunkouse à peine 10 minutes à pied du camping, où j’ai réservé deux nuits. Deux jours de repos. Je dépose mon sac puis pars faire une balade aux alentours. Ayant laissé tombé l’idée de faire l’ascension de Ben Nevis, j’opte pour Cow Hill Summit à seulement 260 mètres de hauteur. Sur le chemin de croise Alfa, un canadien avec qui j’avais un peu parlé hier, lui aussi finissant le WHW. Il m’accompagne quelques minutes et on discute de nos retours respectifs sur le trek évoquant le poids lourd de nos sacs. Bien sympathique ce jeune homme. Nous nous séparons et je monte sur ma petite colline pour avoir un joli point de vue sur Fort William et le Loch Linnhe en dessous. Il fait chaud et humide et j’ai un peu de mal à monter malgré que je ne sois pas chargée. La vue d’en haut est jolie mais je trouve que l’aspect un peu industrielle de la ville gâche un peu le paysage. Je redescends et m’en retourne à la bunkhouse pour une soirée tranquille. La bunkhouse est un dortoir très rustique qui servait autrefois à héberger les soldats de passage. Des lits superposés, deux toilettes, deux douches, une petite cuisine, et c’est tout. Très simple. Je discute avec un groupe d’Écossais ayant fait le WHW marathon et me retire pour la nuit. 

Le lendemain, la pluie est de retour et j’en profite pour me reposer, préparer la suite du voyage et travaillant sur mes articles. Pas grand monde, la journée est calme. Malgré un temps relativement pluvieux, randonner sur le West Highland Way fut une belle expérience. Ce ne fut pas ce à quoi je m’attendais, sans être une déception bien au contraire. L’aspect sauvage et inhospitalier de certaines régions accentué par le mauvais temps m’ont laissé une impression de grisaille contre-balancée par des moments de soleil rendant le paysage merveilleux. Mais je dois me rendre à l’évidence, cela fut plus difficile que je l’imaginais. Porter un sac de quinze kilos sur le dos pendant une semaine m’a confronté à mes limites physiques et mentales et de nombreuses questions concernant mon rapport à la marche, à l’effort, à mes attentes et mes objectifs ont tourné en boucle dans mon esprit. Et pourtant, alors que je me repose là, au pied de Ben Nevis, je me rends compte que marcher seule pendant une semaine m’a fait beaucoup de bien. Alors je décide de continuer à explorer les paysages de l’Écosse. Direction les Outer Hebrides, les îles à l’Ouest de l’Écosse où se trouve l’Hebridean Way, un autre chemin de randonnée d’une quinzaine de jours à travers l’archipel. 

Overview

Sur les chemins de randonnée Écossais

Monotonies venteuses

Première partie de ma randonnée sur l’Hebridean Way à travers l’archipel des Hébrides Extérieures.

Quelques jours sur Skye

Quelques jours sur l’île de Skye pour faire des randonnées à la journée le long du Skye Trail.

Photographie – Ile de Skye

L’île de Skye, située au nord-ouest de l’Écosse est la plus grande île de l’archipel des Hébrides Intérieures.

Passages en coup de vent

Derniers jours en Écosse. Une courte visite du Loch Ness en suivant le Great Glen Way et un passage à Inverness. 

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