Carnets de voyages et récits de transition vers un avenir éthique et durable

Je m’appelle Claire Blumenfeld et je tiens Peregrinus Mundi depuis 2015. Ce site suit mon évolution dans la vie sous forme de chapitres. Les chapitres I à VI présentent principalement des récits de voyage et photographies. Le chapitre VII (à venir) suit ma démarche de transition vers un mode de vie basé sur l’écologie et le bien-être à travers trois approches qui m’intéressent particulièrement, la permaculture, l’herboristerie et l’éco-construction.

Aventures à Waitomo Caves
Exploration et aventures dans les grottes et cavernes du petit village Waitomo.
Waitomo, Île du Nord, Nouvelle-Zélande © Claire Blumenfeld
CARNET

Je quite Rotorua à une horaire absolument indécente pour prendre le bus qui doit m’emmener à Waitomo, petit village rural situé coté ouest dans le centre de l’île du Nord. Le lieu est connu pour ses nombreuses cavernes et grottes très anciennes datant de l’Oligocène. En Maori, “wai” signifie “eau” et “tomo” peut se traduire par “doline. Waitomo se trouve à seulement deux heures de Rotorua. Donc relativement proche. Mais le bus fait un nombre de détours infinis et remonte même sur la côte Est pour aller chercher des gens ! Au lieu de mettre deux heures, il m’en faut sept pour rejoindre Waitomo ! L’enfer. Le bus me dépose enfin à l’i-site du village (office du tourisme) et c’est sous la pluie que je rejoins mon hôtel, le Waitomo Caves Hotel où j’ai réservé pour deux nuit. Il s’agit d’un bâtiment historique, existant depuis 1908, dont on dit même qu’il est hanté !  La bâtisse est superbe, c’est le seul exemple d’architecture victorienne en Nouvelle-Zélande.

Je dépose mes affaires puis pars faire un tour dans le hameau pour trouver à manger. Aucune supérette, seulement trois restaurants/cafés à des prix exorbitants. Je sens que ces deux jours à Waitomo vont me coûter cher. La pluie tombe de plus en plus fort et mets à plat mon idée de randonner  le long du Waitomo Walkay, balade de trois heures à travers le bush, les paysages calcaires et les prairies. C’est l’hiver en Nouvelle-Zélande et il pleut. C’est comme ça. À la place je me lance sur la Opapaka Pa Walk, petite balade permettant d’aller voir les restes d’un “pa” (ancien village fortifié Maori de la tribu Ngati Hia datant de la fin du 18ème siècle). Je grimpe à travers le bush entourée d’une végétation magnifique et luxuriante, mélange d’arbres à feuilles, de fougères géantes et de conifères. Il fait déjà presque nuit alors qu’il est à peine 15h de l’après-midi. Au sommet la pluie s’arrête pour laisser la place à de magnifiques rayons de soleil traversant les nuages. La vision des rayons sur le vert des prairies ondulées et la brume au loin est absolument magnifique. J’admire le reste du “pa” (structures de défense (tranchées) et des fosses permettant d’entreposer des Kumara (pomme de terre douce) et la vue fantastique sur la région puis je m’en retourne à l’hotel. 

Le fait d’avoir ma propre chambre et salle de bain me fait vraiment plaisir. Mais il fait un froid de canard et le minuscule chauffage ne suffit pas à réchauffer la pièce aux murs de quatre mètres de haut. Le lendemain après avoir survécue au froid, je me réveille de bonne heure pour aller voir la Glowworm Cave juste à coté de l’hotel. La renommée de Waitomo vient de ses tours et activités dans quelques unes des plus belles grottes de la région. Les plus célèbres sont la Glowworm Caves,  la Ruakuri Cave et la Aranui Cave, toutes réputées pour leur population de vers luisants et la vision de superbes stalactites et stalagmites. Une excursion guidée nous emmène moi et un couple de Kiwis dans un voyage à travers les profondeurs.

Niveau supérieur, Catacombes, passage dans le Tomo (puit vertical de 16m fait de calcaire), arrivée dans la Chambre du Banquet où il est possible de voir les traces les premiers explorateurs (trace de fumée sur le plafond) puis nous contournons le Pipe Organ, une superbe formation rocheuse. Des stalagtiques et stalagmites impressionnantes nous entourent de tous les cotés. Nous arrivons au sein du dernier niveau, où se trouve la Cathédrale. Un très grand espace d’environ 18m de haut possédant une très bonne acoustique se dévoile. Notre guide nous fredonne d’ailleurs une jolie chanson. Des concerts ont régulièrement lieu dans la grotte ! Vient ensuite le clou du spectacle, l’observation des vers luisants. Le guide éclaire une portion du plafond de la grotte au dessus de la rivière souterraine en contrebas et nous voyons apparaitre des « fils » pendant du plafond. Il y en a plein et c’est très impressionnant. Les vers luisants sont bioluminescents afin d’attirer les insectes, qu’ils capturent grâce à des filaments collants qu’ils font pendre aux plafond des grottes. Ils sont capables d’entendre les vibrations dans l’air et se mettent donc à émettre plus de lumière lorsqu’ils perçoivent les vibrations d’un insecte dans les parages.

Mais le plus intéressant reste à venir puisque nous descendons sur la rivière en contrebas où le guide nous mène en bateau dans le noir le plus complet pour une petite balade sur la rivière. Nous voyons alors apparaitre un plafond rempli d’éclats bleus. On dirait des étoiles ou la galaxie ! C’est absolument fantastique. Nous passons un moment dans le noir et le silence complet à observer l’apparition grandiose. À un moment le guide tape très fort du pied sur le bateau et nous voyons l’éclat bleu tripler d’intensité ! Les vers ont senti la vibration du son et ont naturellement pensé qu’il s’agissait d’un insecte à proximité. Hélas, la visite touche déjà à sa fin et nous accostons à l’air libre. J’ai du mal à m’extirper  des profondeurs fascinée par la vision des vers bleus.

Je me balade un peu dans le magasin de souvenir de la grotte cherchant une carte postale à l’effigie des vers (les photos sont interdites pendant la visite afin de ne pas déranger les vers luisants). Puis je me rends à l’i-site où j’attends une navette censée venir me chercher entre 10h30 et 11h pour m’amener au “plat principal de la journée” : The Black Abyss adventure ! J’ai réservé avec The Legendary Black Water Rafting Company, cinq heures d’aventure, d’adrénaline et d’exploration dans la grotte Ruakuri. Alors que je patiente l’idée de passer cinq heures dans le noir et dans l’eau commence à m’angoisser sérieusement.

La navette est en retard et une jeune femme apparaît enfin m’emmenant à toute vitesse aux locaux de The Legendary Company juste en bas de la route. J’aurais parfaitement pu faire le trajet à pied… Je retrouve le reste de mon groupe en train d’enfiler leur combinaison. Rencontre avec Tim, un des deux guides, un jeune Kiwi du même âge que moi qui me dit de ne pas hésiter à lui dire si je ne comprends pas quelque chose en anglais. L’enfilage de la combinaison et des chaussures n’est pas une partie de plaisir, celles-ci étant mouillées et froides mais une fois dedans on s’y fait. Karen, l’autre guide, (elle aussi Kiwi, d’une trentaine d’années) nous donne le reste de notre équipement : baudrier, clips et mousqueton. Photos de groupe avec toute l’équipe et nous partons en navette pour aller rejoindre la grotte où va se dérouler notre aventure.

C’est de nouveau sous la pluie que nous débarquons une quinzaine de minutes plus tard. Petite séance d’entrainement pour se familiariser avec notre matériel et pour apprendre à descendre à rappel et puis c’est parti ! Tout cela me rappelle mes séances d’escalade il y a une dizaine d’années. Nous descendons un par un dans un puit de 35m de descente en rappel à la verticale pour atteindre la grotte. Je passe en avant dernier et c’est grandement angoissée et un peu grelottante à cause du froid que je rejoins Tim sur la plateforme au dessus du trou. Oh la la c’est vraiment profond ça ! Tim vérifie mon équipement, m’accroche à la corde, me tire le portrait et me voila partie pour une descente verticale dans les profondeurs obscures. Les quatre premiers mètres sont relativement faciles. Puis le trou se transforme en un boyau d’à peine cinquante centimètres d’épaisseur ! Je me comprime là-dedans tout en serrant de toutes mes forces la corde. Je ne tiens pas à la lâcher et finir écraser 30m plus bas ! Passer ce passage difficile le trou s’élargit de nouveau. Il fait tout sombre et je ne distingue plus les parois. Je continue à descendre, en serrant de toutes mes forces la corde. La voix de Karen qui assure la descente se fait entendre quelques mètres plus bas et je mets enfin pied à terre. J’ai serré tellement fort la corde que je me suis écorchée la peau du pouce. Je saignote un peu. Je discute un peu avec Karen et rejoins le reste du groupe quelques mètres plus bas, afin d’attendre l’arrivée de la dernière personne. Celle-ci arrivée, Tim nous rejoins en une descente de quatre secondes chrono ! Impressionnant. On dirait un singe. Dans le noir complet, il nous raconte alors l’histoire de la grotte et ses légendes.

Selon une légende maorie, Ruakuri Cave (“rua” signifiant “tanière”, et “kuri”, “chien”) a été découvert il y a 400-500 ans par un jeune Maori alors en chasse. Au cours de son expédition il tomba sur un groupe de chiens sauvages ayant fait leur tanière dans l’entrée de la grotte. Les maoris utilisèrent par la suite l’entrée principale de la grotte comme lieu de sépulture et donc sacré et protégé. L’âme des maoris morts serait toujours présente dans la grotte et veillerait sur nous. Il convient donc d’être respectueux des lieux. Il est possible de visiter Ruakuri Cave sous forme de tour guidé mais notre aventure se passe dans une portion différente de la grotte. Nous nous enfonçons ensuite dans les abysses. Quelques mètres plus bas une tyrolienne (ou “flying fox” en Kiwi) s’enfonçant dans les ténèbres nous attends. Tim m’accroche à la corde et me lance vers l’inconnu. Quatre secondes de terreur et d’excitation totale ! Dans le noir complet, je ne distingue absolument rien de l’espace que je traverse, ni du point d’arrêt. Je ne peux que m’accrocher à la corde qui défile au dessus. Autant dire que c’est très impressionnant. Mon coeur a protesté. Heureusement la traversée et l’arrivée se font sans souci et Karen me récupère en bas. À peine pied à terre que je veux recommencer. Pause goûter en surplomb de la rivière souterraine avec du chocolat chaud et de grosses barres de céréales et sucre qui ressemblent à du lembas (le pain elfique du Seigneur des Anneaux).

Nous enlevons notre matériel d’escalade pour nous équiper de grosses bouées noires. Prochaine étape : sauter dans la rivière en contrebas (3-4m de haut). Je prend une grand respiration et me lance. Que c’est froid ! Toute tremblotante je rejoins le reste du groupe et nous partons, flottant assis sur nos bouées, à la découverte de la rivière. Nous nous tractons avec une corde et dans le noir complet, nous voyons apparaître une infinité d’étoiles bleutées. La grotte est remplie de vers luisants ! Karen nous emmène voir des fils collants de vers luisants et nous fourni des explications sur le phénomène (les mêmes que celles que j’ai déjà eu quelques heures plus tôt). Puis nous repartons dans l’autre sens à la queue leu leu accrochés par nos pieds, tout en nous faisant tracter par Karen. Toujours dans le noir et le silence complet, filant sur l’eau et éclairée par les éclats des vers, la balade à quelque chose d’irréel.

Nous rejoignons Tim qui récupère nos bouées et partons à la découverte de la suite de la grotte en marchant dans la rivière souterraine. Le sol est remplie d’aspérités rocheuses rendant la marche difficile et certaines zones sont tellement profondes qu’il faut alors nager. Toute mon angoisse a disparue et je me sens très heureuse d’être là. Parce contre j’ai très froid et une très grosse envie de faire pipi. Petit toboggan tête la première puis Karen et Tim semblant avoir entendu mes pensées proposent une pause “confort”. Dans le noir complet, de l’eau jusqu’en haut des cuisses, je défait difficilement ma combinaison pour un pipi rapide. Ce besoin naturel accompli je me sens beaucoup mieux et ma sensation de froid disparait ! En effet comme l’explique nos guides, le contact de l’eau et l’adrénaline génèrent l’envie de faire pipi. Et le fait de se retenir entraine l’utilisation d’une grosse quantité d’énergie, générant une sensation de froid.

Nous continuons à déambuler à travers les grottes, longeant la rivière et nous faufilant dans de tout petits boyaux. Deuxième pause goûter bienvenue, avec cette fois-ci, jus de fruit chaud (curieux mais pas mauvais) et la moitié d’une plaque de chocolat au lait par personne ! Cela fait plaisir. La balade continue sans se rendre compte des heures qui passent, éclairée régulièrement par la lumière bleutée des vers luisants. Mais la fin de notre périple se rapproche. Tim nous propose alors deux choix : le chemin tranquille vers la sortie pour observer les vers luisants ou le chemin difficile avec escalade de deux cascades. Bien sûr tout le monde choisi le chemin difficile. L’escalade de la première cascade n’est pas de tout repos ! C’est même un peu risqué étant donné que nous n’avons plus nos équipements d’escalade. En cas de raté, c’est la chute libre. Située dans un petit boyau, le bruit de la cascade est assourdissant. Karen m’indique les prises au début de l’ascension puis Tim s’occupe de la suite servant également à assurer en cas de chute ou dérapage. Je me hisse en suivant les indications, les pieds dans la chute d’eau, les mains accrochées à des prises glissantes. Grand coup de genou pour passer le dernier mètre de la cascade au cri du « She goes away ! » de Tim. Le passage de la deuxième cascade est beaucoup plus facile et en longeant un petit boyau je débouche enfin à l’air libre au milieu d’une magnifique forêt.

Je suis éblouie par la lumière du jour après quatre heures d’expédition dans les grottes. J’aurais aimé continué l’aventure un peu plus longtemps. Nous traversons la forêt pour retourner à notre point de départ et je sens la fatigue s’abattre sur moi. La navette nous ramène aux locaux où une bonne douche chaude ainsi que des bagels et soupe de tomate nous attendent ! Parfait. Les photos prises par Tim et Karen tout le long de l’aventure sont projetées sur un écran. 30$ pour acheter un clé usb de 2giga contenant les quatre-vingt photos, ça fait un peu cher. Heureusement une solution est trouvée avec le partage du prix entre l’ensemble du groupe. Je discute un peu avec Tim et Karen. En hiver ils font une expédition par jour mais en été ça monte à deux par jour. Cela doit être sacrément fatiguant ! Merci à leur gentillesse, disponibilité et encadrement ! Ils ont rendu l’expérience inoubliable.

Je repars vers Waitomo et mon hôtel à une vingtaine de minutes à pied. Le ciel est couvert mais quelques rayons de soleil arrivent à traverser. Je me sens parfaitement bien et apaisée. Que je suis contente d’avoir fait le Black Abyss Tour ! Dire qu’il y a quelques heures, je me demandais si je n’avais pas fait une erreur en réservant cette activité. Et la seule pensée que j’ai en tête actuellement c’est de recommencer au plus vite ! En marchant sur le chemin de retour, je me dis que si j’en ai la possibilité je reviendrais au printemps tester les autres aventures proposée par The Legendary Black Water Rafting Company !

De retour à Waitomo, je fais une petite balade pour aller voir le point de vue sur le village. Il est déjà 17h30 et le soleil est en train de se coucher. Entre chiens et chats, je monte la petite colline en face de l’hotel ou se trouve le point de vue en question. La vue est très belle. Les collines ondulées vêtues de prairies et de forets luxuriantes, les quelques maisons de Waitomo, la superbe bâtisse blanche de l’hotel, la brume dans les vallées au loin… Dans la lumière du jour qui s’éteint, j’ai l’impression de sentir vibrer l’âme et la beauté du pays devant mes yeux.

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2 juillet 2016

Textes et photographies par Claire Blumenfeld

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