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– C’est quoi un sol pour vous ?
Esmée a posé la question en anglais. Autour de la table, ça parle anglais, ukrainien, lithuanien, portugais, français, grec et italien. Des feuilles et un gros paquet de crayons et feutres colorés sont posés en évidence. La trentaine de participant·es du séjour Erasmus+ se regardent et se mettent à dessiner ce que la question leur évoque. Sur les visages je lie la profondeur de cette interrogation. Je regarde les corps dessiner leur rapport au Vivant. Je voie un peuple d’humain·es séparé par des mythes-frontières qui dessine ensemble un faisceau de convergence.
C’est la première fois que Les Alvéoles organise un séjour Erasmus+. Une douzaine de jour avec pour objectif d’échanger des connaissances et savoir-faire entre différents pays européens sur la thématique de la régénération des écosystèmes via l’agroécologie, la permaculture, l’hydrologie régénérative, l’éco-construction, l’intelligence collective, la permaculture humaine et la vie collective. Dans le cadre du compagnonnage, il nous a été proposé en février de participer au séjour et de faire partie de l’équipe encadrante. Encadrer les chantiers participatifs, proposer des ateliers et activités et « offrir soin » à la membrane, du soin au cercle, à la Tribu réunie pour un temps. Bien sûr, j’ai dit oui.
Les dessins qui sortent de ce corps-collectif multiculturel évoquent un paysage de relations. Certains parlent du cycle des saisons. D’autres d’un espace non visible souterrain. Ou encore d’un ressenti sensoriel traduit en paillettes de couleur. Pour d’autres, le sol n’est qu’une ligne qui porte des végétaux. Je distingue des champignons, des plantes, des racines, de la vie. Au delà de nous, en profondeur, se tisse quelque chose. Par delà le langage, par delà les mythes qui nous séparent, des liens, des hyphes, du mycelium sont en train d’apparaître.
Les journées se déroulent dans une dynamique collective mouvante rythmée par une énergie positive et une intelligence collective. Immersion en tente, météo interne, energizers, chantiers participatifs, repas végétariens, temps de soin du lieu, jeux, ateliers, méditation, cercles de paroles, échanges, baignade dans la Drôme, balade dans les environs, présentation des partenaires, chants, danse Grecque, guingettes, sauna, soirées dans la serre… Partout des regards qui pétillent, des rires, de la joie. Je me sens en vacances. Je me sens dans un rêve. Chaque jour est une pépite. Bien sûr il y a quelques « cailloux » mais la puissance de ce qui se déroule ici est bien trop importante pour que j’accorde beaucoup d’intérêt aux détails qui grincent. Je note dans la marge de mon carnet mental les détails à améliorer et à revoir et je lâche-prise. Etre là, juste là, à profiter de cette parenthèse enchantée.
Ce séjour Erasmus+ me procure un lien évident avec la Formation Conseillère en Design de Permaculture que je fais aux Alvéoles depuis Février. J’apprends énormément sur moi et je mets en pratique mes compétences. Je travaille ma posture de facilitation, d’encadrement, de transmission. Je ressens ce que j’aime et ce qui me repousse. Chaque moment est un enseignement. Mains dans la terre au contact de la matière, j’observe, j’apprends, je transmet. L’argile qui sert à faire les enduits pour le local de stockage des extraits fermentés sert à monter des ouvrages castors sur le ru en contrebas. Après avoir lu il y a quelques mois l’ouvrage de Baptiste Morizot et Suzanne Husky « Rendre l’eau à la Terre », voir des ouvrages castors se construire sur le terrain des Alvéoles par une équipe multiculturelle évoque quelque chose de très fort en moi. Dialoguer avec le milieu, voir par les yeux des castors, vibrer ensemble à la vision de l’eau qui réapparaît.
Les pieds dans le bac rempli d’argile et d’eau, Antonio malaxe les grosses mottes encore compactées. La texture doit ressembler à une pâte à crêpes bien fluide, d’une jolie couleur brune. Giorgos prélève un seau de barbotine déjà mélangée, rajoute du sable et vient appliquer avec ses mains une couche d’enduit sur le mur de paille du futur local de stockage des extraits fermentés. Je montre le geste, réponds aux questions, renseigne sur les propriétés de l’argile, explique les impacts écologiques, l’importance de l’éco-construction, parle de mon expérience, de la construction de mon habitat réversible. Chaque matin du séjour, cinq, six participant·es passent sur le chantier que j’anime et je vois les imaginaires s’ouvrir. Mes mots ouvrent le champ des possibles. Ma transmission orale, gestuelle, questionne la façon dont nous habitons nos écosystèmes.
Chaque soir chaque groupe de participants par pays présente la structure partenaire qu’il représente (Regen pour l’Italie, Southern Lights pour la Grèce, HortaFCul pour le Portugal, GEN Ukraine pour l’Ukraine, Community of Kardokai pour la Lithuanie et Fais le toi même pour la Belgique). Les projets sont déjà bien implantés et offrent des retours concrets très précieux. Ecolieux, Communautés autonomes, Permaculture en ville, forêt Miyawaki au sein d’une université.. Chacun·e parle depuis le centre de son monde. Chacun·e parle avec sa sensibilité. Par delà les frontières de mon pays, il existe une infinité d’initiatives qui travaillent à la régénération de notre monde. Quelque part dans mon corps quelque chose s’ouvre. Je me sens rassurée. Je me sens en joie.
J’ai toujours aimé ça les échanges interculturaux. Les accents qui chantent, les mots parlés dans une autre langue, les gestes et les regards pour se comprendre. Depuis que je suis revenue de mes quatre ans de voyage à l’étranger fin 2018, cela me manque énormément. Alors avoir ici, aux Alvéoles la possibilité de rencontrer et d’échanger avec des personnes issues d’autres cultures, cela me met en joie. Plus de diversité, plus de points de vue, plus de possibilités. Avoir cette impression incroyable de retrouver « la tribu », les âmes soeurs venues d’ailleurs et pourtant si proches. Par delà les cultures, les frontières, le mycelium des connections s’étend et nous pulsons ensemble au rythme de nos chants qui rythment les soirées. Faire-ensemble, raconter nos histoires et chanter autour du feu. Transmettre une culture commune par les gestes et l’oralité. Recréer une culture terrestre qui nous tisse au delà de nos cultures nationalistes.
Dans le sauna, j’écoute les respirations des corps autour de moi. Le feu crépite, des odeurs de résineux embaument l’air, des vagues de chaleur me sèchent la gorge. Et ma transpiration se mêle à celle de Stephen assis à coté de moi. Vilma s’est transformée en esprit du sauna. Elle nous murmure des incantations en lithuanien, nous frotte avec des branches de genévrier, nous masse les pieds avec du sel. Elle passe des heures dans le sauna, dans la chaleur presque suffocante à offrir soin à chacun·e d’entre nous qui ose s’aventurer dans la caravane bleutée fraichement installée dans un coin des Alvéoles. Les yeux bleus de Vilma me transpercent. Elle incarne avec force sa posture, ce qui la fait vibrer intensément. Serais-je capable un jour d’incarner avec autant de sûreté ce qui fait sens pour moi ? De rayonner cette énergie lumineuse au delà de moi ?
Certaines connaissances ne sont accessibles qu’à travers l’expérience incarnée.
Designer des éco-systèmes permaculturels.
S’interroger sur c’est quoi le Vivant.
Repenser le rapport à l’habiter.
Comprendre l’interdépendance entre toutes choses.
Penser comme un arbre.
Accompagner, conseiller, faciliter, designer.
Faire des plans, des cartes aux trésors, des illustrations.
Raconter des histoires.
Incarner ma posture, ma couleur.
Réinventer de nouvelles façons de faire ensemble.
Observer, implémenter, ajuster.
Mettre le soin et le beau au centre.
Co-construire avec l’ensemble des plus qu’humains.
Aggrader et régénérer.
Designer des éco-systèmes permaculturels. S’interroger sur c’est quoi le Vivant. Repenser le rapport à l’habiter. Comprendre l’interdépendance entre toutes choses. Penser comme un arbre. Accompagner, conseiller, faciliter, designer. Faire des plans, des cartes aux trésors, des illustrations. Raconter des histoires. Incarner ma posture, ma couleur. Réinventer de nouvelles façons de faire ensemble. Observer, implémenter, ajuster. Mettre le soin et le beau au centre. Co-construire avec l’ensemble des plus qu’humains. Aggrader et régénérer.
Faire et accompagner Antoine et François en visites courtes. Travailler seule ou en groupe. Faire du CoDev.
Posture : Conception, Facilitation & Animation de chantier
Form-action en immersion collective et sensible.
Structurer le programme, être gardienne de la membrane, animer des temps de chantiers et réflexion. Pépinière de l’Asso des Alvéoles.
Posture : Facilitation, Conseil & Conception
Ecosystème de projets basés sur l’éthique de la Permaculture.
Structurer, créer un récit, mettre en place un modèle économique.
Pépinière de l’Asso des Alvéoles.
Posture : Facilitation & Conseil & Animation de chantier
Hydrologie, plantations, espaces pour habitats réversibles.
Accompagner mois par mois la réflexion et les chantiers.
Jardin d’Ariane et Baptiste à Crest.
Posture : Formation
Travailler et animer une Initiation à la Permaculture et une immersion sylvestre sur les bâtis organiques.
Les Alvéoles.
Observer le paysage pour s’observer soi. À la recherche de traces.
Laisser grand ouvert les possibles pour faire advenir le futur.
Vivre un séjour Erasmus+ et tracer ensemble un faisceau de convergence.
Rencontrer deux projets, clarifier les intentions et se confronter à la notion d’argent.
Participer au CCP de Juillet et réfléchir sur l’importance du soin et de la lisière.
Le Design comme projet créatif et support de création de nouveaux récits.
Comment faire société ensemble et habiter un milieu vivant.
Insuffler un lien aux milieux et aux vivants fait d’enchantement et d’affect.
Faire le point sur l’année écoulée et réfléchir au processus d’apprentissage.