Mois de Février 2026.
Gratitude pour le cycle qui redémarre.
> Claire
Assis en cercle, on s’écoute raconter nos itinéraires de vies. Ce qui nous a amené à se trouver là en cet instant précis. C’est le séjour d’ouverture du compagnonnage. Début Février. On s’est retrouvé à Beaurières dans le Haut Diois, à 800m d’altitude, dans un gîte-refuge-espace collectif. Un mélange de pluie et de soleil, des températures fraiches et le feu qui ronfle dans la cheminée pour réchauffer la grande salle qui nous offre l’hospitalité. Antoine, François, Guillaume et moi. Avec huit nouveaux·elles compagnon·nes. Léna, Axel, Eva, Nils, Colombe, Basile, Léa et Alex ont rejoint l’aventure. Trois jours pour se découvrir, se sentir, commencer à faire lien. Pour lancer, relancer le cycle. Cela me projette à l’année dernière, au tout début de mon compagnonnage. Des réminiscences, des sensations me remontent du fond de mon ventre. Un mélange de nostalgie et de frétillement.
Cette année je suis à la coordination du compagnonnage. Une posture différente. En liaison, en accueil, en fluidification des processus, en gardienne de la membrane. Je regarde le groupe, ces nouveaux visages. Comment vont-iels vivre cette année ? Vont iels être heureux·ses ? Frustré·es par tout ce qu’il reste à améliorer ? Vont-iels réussir à faire tribu ? Tomber amoureux·ses de la région ? Comment vont-iels gérer les tensions ? Acquérir plein de connaissances ? Faire évoluer leur rapport au Vivant ? Un mélange d’appréhension et de joie m’occupe le cerveau. Mais ces trois jours de rythme plus doux me font beaucoup de bien. Ecouter les histoires, jouer, se balader, manger, danser. Loin du chantier non fini de ma roulotte et des urgences de la pépinière. Une petite bulle de régénération.
Et puis Février se déroule. Le groupe s’insère dans le lieu. Chacun·e commence à tisser sa relation. On fait des boutures. On finit l’aménagement de la nouvelle carazine. On prend soin du jardin-forêt conservatoire. On taille les aromatiques au jardin des Vignes. On fait des étiquettes pour les nouveaux rangements de la nouvelle serre technique. On liste les idées pour améliorer les processus mis en place. On définit notre gouvernance. On rigole en soirée. On patauge dans la boue.
Et le temps file.
> Claire
> Léa
Je suis sortie d’un long hiver
Pour partager ce printemps avec vous
La route était longue, les chemins se sont faits
Parce que je me savais attendue
Je suis entrée par les portes du vent
Pour voir les arbres s’enbourgeonner
Ce vivant qui pousse à naître
Je voulais arrêter de vouloir gagner ma vie
Faire d’un jardin mon lieu de vie
De ce sol ma maison
Arrêter de courir les trottoirs
Pour arpenter les forêts
Apprendre
Avec les mains
Avec les yeux
Avec le cœur
Aiguiser mon regard
Observer la lisière
Écouter les histoires
Se raconter
Les choses essentielles reviennent
Apprendre à se connaître
En faisant ensemble
Le rapport sensible au vivant
Se loge dans les petits moments
Prendre le temps
Rien n’empêche de faire une pause
Sans toujours vouloir utiliser les espaces vides
Comme quelque chose à remplir
Un endroit où les noms latins ont une poésie
Liée à l’émerveillement
Qui tient à peu de choses
Ouvrir les yeux
Défaire son regard
Et pour la mise au point
Accorder son regard
Avec celui du temps.
> Claire
> Éva
À la lisière…
…Le Vivant relie
En quête de sens….
…Ombre et lumière
Équilibre des merveilles du Vivant.




> Eva
A la lisière…
Le Vivant relie…
En quête de sens….
Ombre et lumière …
Equilibre des merveilles du Vivant




> Claire
J’ai continué le chantier de ma roulotte. Continuer chaque soir de bosser jusqu’à la fatigue pour finir mon petit nid. Les aménagements intérieurs, les finitions esthétiques, la pose du bardage. Des compagnon·nes sont venus m’aider ! François, Théo, des amis, mon compagnon aussi. L’énergie est différente quand on avance à plusieurs. Le chantier se fait en équipe. Construire à plusieurs mains pour construire le cocon, l’abri, le jardin nourricier, le village, le moulin… Réapprendre à construire ensemble.
Et puis elle est sortie. Tirée par le tracteur de Nicolas, elle a quitté l’Asymétrie par une journée oscillant entre vent, pluie, soleil pour s’acheminer cahin-caha vers la lisière du jardin de Martin et Nathalie à Suze. Une dizaine de kilomètres à vingt kilomètres à l’heure par les petites routes serpentant à travers les collines. Un cortège protecteur pour l’accompagner. Romain, menuisier à Beaufort, rencontré trois jours avant, en tampon arrière. Colombe et Nils, compagnon·nes en ouverture avant. Et moi en éclaireuse, quelques kilomètres en amont pour prévenir le convoi de passage éventuel de camions, autre tracteur ou voiture de police. Il faut dire que mon nid ne respecte pas les normes de circulation sur la route. Son débord de toiture est plus long et dépasse des 2,55m autorisés en largeur. Elle devrait être acheminée en convoi exceptionnel. Mais payer un convoi pour 9,2km sur petites routes de campagnes ça me paraît futile. Et construire sans débord de toiture est incohérent pour moi. Alors j’ai pris la décision d’être hors-norme. Comme souvent. Souvent en limite, souvent en lisière. Contre les incohérences de ce monde.
Angoisse à l’entrée du terrain. Le sol gorgé d’eau après des semaines de pluie aspire mes roues et incline dangereusement la structure. Mais non, pas de catastrophe, elle passe et va se poser en hauteur, en bordure de la lisière, entourée d’un paysage magnifique, sous un arc en ciel qui se dresse entre les gouttes. Dans le soir qui tombe, mon estomac se dénoue, je me remets à respirer, quelque chose d’un apaisement se diffuse dans mon corps. Il me reste à emménager dedans et à finaliser les meubles mais il semblerait bien qu’une nouvelle vie soit en train de s’ouvrir. Gratitude à toutes les mains qui m’ont aidé dans cette aventure !




> Claire




– Christine Delory Momberger
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