Callanish - Hébrides extérieures - Écosse - © Claire Blumenfeld

The Hebridean Way – partie 2 : Montagnes et découvertes

Ma deuxième partie sur le chemin de randonnée à travers les Hébrides. J’y découvre des paysages superbes sur Harris et retrouve des connaissances sur Lewis avant de profiter de mes derniers jours pour me plonger dans l’histoire.

Après neuf jours à traverser les petites îles des Hébrides, de Barra à Berneray, j’entame la deuxième partie de l’Hebridean Way. Cinq jours à travers Harris et Lewis, une grosse île séparée fictivement en deux mais dont la géographie diffère grandement. Au Sud, Harris est remplie de petites montagnes à l’aspect lunaire. Au Nord, Lewis plus plate et tourbeuse abrite Stornoway, la « capitale » et un grand nombre de lieux historiques. 

Je prévois cinq jours de randonnée en me concentrant sur le plaisir de la marche et de la découverte et en supprimant les parties longeant la route. Si le temps le permet, j’envisage ensuite de passer quelques jours à visiter en bus ou stop la partie Nord de Lewis et quelques attractions historiques.

 

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CARNET DE ROUTE

Jour 11 : À la découverte d’Harris

Il pleut toujours quand je débute la randonnée à 11h du matin. Il faut bien que j’y aille sinon je vais prendre racine au Am Bothan Bunkhouse. Aujourd’hui c’est le début de ma deuxième partie sur l’Hebridean Way. Leverburgh semble triste dans la grisaille.

Le chemin monte dans la tourbière entre les collines mais vu qu’il pleut depuis deux jours, je décide plutôt de suivre la route. Je n’ai pas envie de patauger pendant des heures au milieu de nul part. Des éclaircies sont sensées arrivées vers midi mais pour l’instant le temps n’en fait qu’à sa tête. Deux kilomètres plus tard, j’abandonne. La route se rétrécit et marcher à coté des voitures n’a rien de bien sympathique. Et puis je suis trempée. La journée commence bien.

Un infirmier à domicile me prend en stop quelques minutes plus tard. Il s’occupe de patients atteints de démence et fait le tour de l’île. Il vient de Stornoway, la grande ville des Hébrides et il lui reste un patient à voir dans le coin. Il me dépose un peu plus loin, à Northton où je me réfugie au Temple View Café, une toute petite chaumière ronde en grosses pierres, pour attendre que la pluie passe. Dans la brume je distingue les collines environnantes surplombant le lieu. Les prairies arrivent juste en bordure de la mer et malgré le temps gris c’est très beau.

Une heure plus tard, je quitte les lieux, la pluie s’étant un peu calmée. Me voila de retour sur la route pour quelques kilomètres de plus afin de rejoindre le chemin. Des plages de sable blanc apparaissent doucement à travers la brume. Une voiture s’arrête et me propose un lift! Il ne me reste qu’1km à faire le long de la route mais j’accepte. À Scarista, de retour sur le chemin, j’entame une petite montée à travers les prairies pour prendre de la hauteur. Le sol est gorgé d’eau et mes chaussures qui ne doivent plus être tellement waterproof prennent doucement l’eau. Les poteaux indicatifs se font rares et je plisse les yeux observant le paysage toutes les 10 minutes pour savoir où aller. Les lieux sont parsemés de gros cailloux blancs donnant un air un peu lunaire aux collines. Des ruisseaux coulent de toutes parts et j’ai rapidement les pieds gorgés d’eau. La Little Borve River m ‘oblige même à enlever mes chaussures afin de la traverser. La progression est un peu difficile à flanc de collines mais après m’être prise une dernière « douche » de la part d’un nuage mécontent les éclaircies arrivent enfin ! J’ai le moral au plus haut m’amusant grandement au final à traverser cette moor détrempée.

Le soleil illumine par moments le paysage rendant les lieux superbes. Je distingue Horgabost et Sheileboist et la fameuse plage Luskentyre, apparemment la plus belle des Hébrides. Effectivement les lieux sont magnifiques. De grandes plages de sables blanc avec eaux turquoises entourées de petites montagnes. Cela me change pas mal des paysages traversés précédemment et j’en suis bien contente.

Vers 17h30, je quitte le chemin pour rejoindre le camping à Horgabost en bordure de la plage. Le lieu a l’air paradisiaque si ce n’est pour la centaine de tentes et caravanes qui ont élu domicile au camping. Malgré tout, la soirée est tranquille mais moi qui pensait pouvoir peut-être assister à un coucher de soleil, eh bien non ce ne sera pas pour ce soir. Le ciel se couvre de nouveau et après un petit tour dans les dunes je bas en retraite dans ma tente.

Vers Northton - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
Northton

Vers Northton - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Harris - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
Borve
Horgabost - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
La plage d’Horgabost

Jour 12 : Harris et merveilles

Malgré les prévisions annonçant nuages et soleil, le ciel des Hébrides à décidé de se concentrer sur nuages. Me voila donc à reprendre le chemin là où je l’ai laissé hier sous un ciel de nouveau menaçant. Deux sacs à dos marchent à travers la moor et je fais connaissance avec un couple de Suédois. Ce sont les « troisième » randonneurs que je croise sur le chemin après Julie et Venula. Un peu plus et on se croirait sur le West Highland Way !

Le chemin continue à travers les collines comme hier puis monte durement à travers jusqu’au sommet de Carran. De là, se dévoile enfin le plus bel endroit des Hébrides : le Traigh Sheileboist, le Traigh Losgaintir et la plage Luskentyre, grandes étendues de sables blancs et eaux turquoises. C’est superbe. J’attends en vain une éclaircie qui ne vient pas puis continue mon chemin. Coffin Route monte doucement jusqu’à un petit col où je jette un dernier regard sur le détroit. Avant de continuer de l’autre coté. Coffin Route, « la route des cercueils» fut ainsi nommée car le sentier était autrefois emprunté par les familles vivant sur la côte Est d’Harris (au sol inhospitalier et peu profond) transportant leurs morts pour les enterrer dans la terre plus profonde de la côte Ouest d’Harris. 

Le chemin se transforme en un sentier qui descend doucement. C’est un vrai sentier de randonnée. Ou en tout cas ce que j’attends d’un sentier de randonnée : petit, bien tracé, fait de terre et pierres et facile à suivre. Un vrai plaisir. Le deuxième seulement que je rencontre depuis que je suis arrivée en Écosse. 

Je descends tranquillement vers les Bays, la côte Est d’Harris aux minuscules villages isolés. Au 19ème siècle, les Hébrides furent victime des « Highland Clearances », des déplacements forcés de la population pour agrandir les terres d’élevage. Des villages entiers furent forcés de quitter leur maisons  pour laisser place à l’élevage de moutons. Sur Harris, les familles refusant de déménager furent déplacées dans les Bays. La vie y était rude et difficile. 

Le paysage est presque lunaire et il n’y a pas un bruit. J’atteins la petite route dont les bordures sont couvertes de coquilles de moules. De petites éoliennes en ferraille tournent à toute vitesse. À Lackalee, je retrouve mes camarades Suédois devant un petit café fermé. Je réalise soudainement que demain c’est Dimanche et que mes plans de ravitaillement à Tarbert demain midi tombent à l’eau. Tout est fermé le Dimanche dans les Hébrides. C’est jour du seigneur et les habitants des îles sont très respectueux des coutumes. Je risque donc d’être un peu limite sur les quantités. 

L’hebridean Way rejoins le Harris Way, un ancien sentier superbe qui traverse les collines lunaires en bordure de mer. Le paysage est très beau et il y a des ruines un peu partout. Je m’arrête en permanence pour prendre des photos. C’est calme. Pas un bruit. Mais contrairement à la semaine dernière, je ne trouve pas les lieux vides et monotones. Je me délecte de cette atmosphère paisible marchant tranquillement malgré la fatigue qui commence à se faire sentir. J’ai les jambes qui flageollent un peu mais il me reste encore 6km à faire avant d’atteindre le camping de Procrapool.

Je parcours les collines puis descends sur Plocrapool et continue 600m avant de me rendre compte que j’ai dépassé le camping. Celui-ci se trouvait juste à la jonction du chemin avec la route. Je fais demi-tour et trouve enfin un minuscule campsite aux blocs très usagés mais fonctionnels et m’installe pour la soirée sous un soleil magnifique qui a enfin décidé de se montrer. La journée fut longue et difficile (20km qui ne font que monter et descendre) mais ce fut de loin la plus belle de la randonnée (pour l’instant). 

Horgabost - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Traigh Sheileboist - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Traigh Sheileboist - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Traigh Sheileboist - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
Traigh Sheileboist et la plage Luskentyre

La péninsule des Bays - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

La péninsule des Bays - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
Scadabay avec Skye en arrière-plan

La péninsule des Bays - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Procrapol - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
Procrapool

Jour 13 : Les Montagnes, c’est ce que je préfère

Je quitte le minuscule camping et continue sur la route pendant quelques kilomètres avant d’emprunter un petit chemin longeant la mer à flanc de colline. La côte est très belle, parsemée de petits îlots. Il fait beau avec du vent et quelques nuages. Un temps parfait. 

À Caen Didig j’atteins la grande route et décide de faire du stop afin d’éviter les cinq prochains kilomètres sur le tarmac. Une voiture s’arrête quelques minutes plus tard. Christine et ses trois enfants sont en vacances dans le coin et vont visiter la baie de Scalpay. Ça tombe bien c’est sur ma route. Christine a un sourire contagieux et nous discutons joyeusement. Nous passons rapidement Tarbert, la deuxième plus grande ville des Hébrides et principal port maritime d’où part le ferry pour Uig sur Skye. J’y reviendrais dans quelques jours ayant décidé d’aller sur Skye après les Hébrides. Le village reste de taille modeste avec des maisons colorées et une ambiance tranquille. 

Christine me dépose là où le chemin reprend m’offrant un sandwich au jambon, une pêche et des biscuits ayant appris que mes plans de ravitaillements étaient tombés à l’eau du fait que l’on soit Dimanche. Je remercie sa gentillesse et m’engage dans une vallée superbe où s’étend Loch Lacasdail. À cet endroit il est possible de faire une diversion d’une dizaine de km pour rejoindre Rhenigidale, où se trouve le troisième Gatliff Youth Hostel (comme ceux de Howmore et Berneray) se trouvant dans une ancienne bâtisse. Le chemin pour l’atteindre longe les falaises et est apparemment l’un des plus beau d’Harris. Je n’ai hélas pas le temps de m’y rendre. Ce sera pour une prochaine fois. Le chemin que je suis longe le lac et monte à un petit col pour redescendre dans la vallée de l’autre coté. An Cliseam, 799m, la montagne la plus haute des Hébrides se dévoile sous mes yeux. Il fait un temps superbe et j’ai presque trop chaud. Je rejoins la petite route à Maraig et monte dans les collines contournant Cleit Ard, avant de redescendre sur Ardvourlie. Le grand Loch Seaforth s’étend devant mes yeux. 

Ayant envisagé de faire du camping sauvage, je cherche un endroit où planter ma tente mais pas de chance tout est mouillé ou trop venteux. Je me rabats sur Scaladale Centre, un dortoir en bordure de la route mais celui-ci est fermé. En fait pas tout à fait, la porte de devant est fermée mais pas celle de derrière. Mais c’est désert, il n’y a personne. Comme c’est Dimanche, j’ai l’impression que personne ne travaille. Le lieu ressemble plus à un centre de vacances qu’à une auberge de jeunesse. Il y a bien une tente, posée derrière le bâtiment dans le seul endroit plat et un peu près sans vent mais personne dedans. L’endroit ne m’inspire pas et comme il commence à se faire tard et que je suis fatiguée, je décide de faire du stop pour rejoindre Ravenspoint à une trentaine de km de là, où se trouve une auberge où j’ai réservé précédemment un lit pour demain soir. Deux stops plus tard, me voila arrivée à Ravenspoint en bordure du Loch Eireasort. L’auberge est ouvert mais de nouveau personne. Mais les lieux semblent beaucoup plus accueillants et un message sur un tableau m’informe du numéro de téléphone à joindre pour s’enquérir des disponibilités. J’appelle et explique à la dame mon histoire. Pas de problème, l’auberge est quasi vide ce soir, elle me verra demain pour le paiement. Je m’installe dans le dortoir rien que pour moi, me sentant beaucoup mieux ici. 

Malgré tout je me sens un peu fautive de ne pas réussir à faire plus de camping sauvage. Depuis que je suis arrivée en Écosse, j’ai du en faire trois fois! C’est vraiment peu. Mais contrairement aux apparences, je trouve qu’il est difficile de trouver un espace convenable pour poser la tente. C’est toujours soit trop mouillé, soit trop venteux. Et puis comme je suis toute seule, je préfère me sentir bien dans l’endroit où je campe. Alors voilà, au final, je ne fais quasiment pas de camping sauvage. Je me demande un peu si je ne devrais pas m’endurcir et moins hésiter, cela me reviendrais moins cher…

Mais la soirée tranquille, l’auberge très agréable (une grande maison très cosy), seulement moi et un couple d’anglais et surtout un coucher de soleil absolument magnifique sur Loch Eireasort me font oublier mes doutes et je me dis que j’ai fait le bon choix en me rendant ici ce soir.

La côte Est - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
La côte en arrivant à Tarbert
An Cliseam - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
An Cliseam, la plus haute montagne des Hébrides
Seaforth Loch - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
Ardvourlie et Loch Seaforth
Ravenspoint - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
Coucher de soleil sur Loch Eireasort depuis Ravenspoint

Ravenspoint - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Ravenspoint - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Jour 14 : Lewis ou le retour à la monotonie

Je laisse mon gros sac à l’auberge de Ravenspoint et fais du stop pour rejoindre Ardvourlie afin de continuer l’Hebridean Way jusqu’à Balallan (le morceau du chemin que j’ai sauté hier soir). Mais il est 8h du matin et la route de Ravespoint est toute petite. Il n’y a pas grand monde. Heureusement, dix minutes plus tard, un gentleman anglais en vacances m’embarque. Il vient régulièrement passer ces vacances dans le coin et me raconte ses excursions en vélo à travers l’Écosse et l’Angleterre. Se dirigant vers Stornoway, il me dépose à Balallan. Je marche un peu le long de la route pour passer voir le mémorial des Pairc Raiders commémorant le courage de plusieurs bergers s’étant rebellés contre la restrictions de leurs terres en 1887. De là il me faut une bonne vingtaine de minutes avant qu’une voiture s’arrête enfin pour m’amener à Ardvourlie. C’est le chauffeur du bus Tarbert – Stornoway! Il est en retard pour son boulot et conduit un peu vite à mon goût. 

Mes premiers pas de la journée me font traverser la bordure fictive entre Harris et Lewis. Les deux ne sont en fait qu’une grosse île mais la différence géographique (Harris est montagneuse, Lewis est beaucoup plus plate) et une simplification au niveau de la gestion des régions sur les Hébrides ont conduit à une séparation fictive.

Je longe Loch Seaforth puis la plantation d’Aline Community Woodland. Les arbres sont à moitié morts. Depuis le sommet de Griamacleit (155m) je distingue ce qui m’attends ensuite : un retour dans les tourbières. Après deux jours dans les montagnes, c’est fini. J’ai le moral qui déchante un peu et malgré le fait que je n’ai pas mon gros sac sur les épaules, je me sens fatiguée et bizarre. Il fait chaud et humide et le soleil m’aveugle un peu. Je redescends dans les sapins et traverse la petite forêt en marchant sur un « boardwalk » (sentier surélevé en bois) bienvenu. En dessous, c’est les bruyères gorgées d’eau. Après plusieurs kilomètres le long de la route sur ce qu’il reste de la vieille route, le chemin s’engage dans la moor sur un « raised turf path » en mauvais état. (Les raised turf path sont des chemins tracés dans la plaine tourbeuse écossaise. Deux tranchées de chaque coté d’un petit sentier surélevé sont sensées garder la zone centrale un peu près sèche. C’est rarement le cas). La traversée jusqu’à Balallan est longue, difficile et ennuyeuse. Je n’ai qu’une envie : en finir. J’atteins enfin le village où m’attends l’intersection pour rejoindre Ravenspoint à plus de dix kilomètres de là. Mais comme le matin, pas grand monde. Et personne ne s’arrête. Je commence à m’inquiéter, me disant que je vais devoir faire la trajet à pied mais heureusement une dame bien gentille finit par s’arrêter et me ramène vers mon auberge tant espérée. 

Contrairement à hier, l’auberge est presque pleine ce soir mais je discute avec les gens et profite d’une soirée finalement tranquille. Un trentenaire anglais m’apprends qu’il allait passer régulièrement ses vacances au camping de Beaucaire, une vingtaine d’années auparavant !! C’est fou, croiser à l’autre bout de l’Écosse, quelqu’un ayant visité Beaucaire (là où habitent mes parents), le monde est petit ! Le temps s’est couvert et la pluie s’abat dans la soirée. 

Ardvoulie - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
Ardvoulie

Jour 15 : Dernier jour sur l’Hebridean Way

Je quitte Ravenspoint vers 10h sous la pluie pour rejoindre, en bus, Laxay d’où je continue le chemin. Ce sont les derniers kilomètres de l’Hebridean Way. Comme lors de mon dernier jour sur le West Highland Way je me sens heureuse. Heureuse d’en finir. Après deux semaines de marche, je suis contente d’arriver. Dix kilomètres tranquilles dans la plaine mouillée pour atteindre Achamore. La pluie diminue et malgré la monotonie et la difficulté du chemin, j’apprécie ces derniers kilomètres. 

Depuis Achamore, une vingtaine de kilomètres me sépare de Stornoway, la grande ville des Hébrides et lieu d’arrivée du chemin. Mais ceux-ci se font le long de la route et je refuse de les faire. C’est bien trop long, dangereux et monotone. Je fais du stop et un monsieur et son chien Pip me prennent avec eux. Le monsieur s’occupe d’un Bed&Breakfast tout neuf, isolé sur la côte Ouest de Lewis. Il me raconte son quotidien, sa clientèle multiculturelle et je lui parle de mon voyage. Alors que je lui évoque le fait que je n’ai pas marché l’intégralité du chemin il me réponds qu’il existe deux types de voyageurs : ceux qui veulent absolument aller du point A au point B et ceux qui se concentrent sur le voyage plutôt que la destination. Oui je n’ai pas marché l’intégralité des 247km de l’Hebridean Way mais cela n’a pas d’importance au final. Car les diversions, les détours, les trajets en stops ou en bus font partis du voyage. Ils m’ont offert des rencontres, des échanges, des découvertes bien plus importantes que simplement marcher du point A au point B. Une révélation s’ouvre à moi, effaçant par la même occasion pas mal de doutes et interrogations que j’avais sur mon voyage et sur ma randonnée. 

À Stornoway, je rejoins le Web Hostel, une superbe auberge dans une grande maison où je retrouve Julie, la randonneuse Américaine rencontrée plusieurs jours auparavant. La gérante vient me voir et me donne une lettre écrite en français de la part de Marie, la cycliste française rencontrée sur Berneray avec qui j’avais eu un bon contact! Elle était à l’auberge hier soir et est partie pour deux jours de vélo sur Lewis. Elle m’a écrit son email et m’invite à la contacter! Ce que je fais directement, étant très contente d’avoir de ses nouvelles. Sa réponse ne se fait pas attendre et elle m’informe qu’elle revient demain soir à Stornoway et m’invite à lui réserver un lit à l’auberge. Aussi tôt dit aussi tôt fait. Je suis bien contente de tout ça et de pouvoir revoir Julie et Marie !

La soirée est tranquille et Julie et moi allons manger à l’extérieur dans un restaurant indien. La nourriture est bonne mais j’ai par la suite du mal à la digérer. Je m’endors, contente d’être arrivée et de l’enchainement des évènements. 

Lewis - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Lewis - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Jour 16 : Stornoway et rigolades

Il pleut. Comme d’habitude, j’ai presque envie de dire. Julie est partie avec le bus voir le Butt of Lewis, le phare au Nord de l’île. Je monte dans les petites collines du parc du Lews Castle surplombant Stornoway. Rempli d’arbres (plantés), le parc me change du paysage désertique des deux dernières semaines. C’est presque étrange de marcher au milieu de toute cette verdure. Le Lews Castle est un superbe chateau rénové, construit par Sir James Matheson qui en 1844 acheta l’île de Lewis grâce à sa fortune obtenue via le commerce de l’opium et autres marchandises en Extrême-Orient. Aujourd’hui le château abrite le musée Nan Eilean, premier musée en Gaelic (et anglais) et offre des hébergements (chers) dans ses étages supérieurs. Le Rez de chaussée du château est visitable et j’observe les jolies peintures sur les plafonds. Le musée s’intéresse à la vie dans les Hébrides et à son histoire et j’en apprends un peu plus sur l’importance du Gaelic et la vie à l’époque. 

Une exposition temporaire propose de redécouvrir l’importance du « Flow Country », les tourbières de Caithness et Sutherland, au nord de l’Écosse. Ces grandes étendues marécageuses fragiles, recouvrant aussi une bonne partie des Hébrides, sont un habitat pour la faune et la flore incroyable et un recueil de l’histoire de l’environnement. Du fait d’être entourées d’eau en permanence les plantes ne se dissolvent pas en mourant mais forment de la tourbe qui s’accumule d’années en années. En plongeant une sonde dans une tourbière, il faut souvent des mètres et des mètres pour en atteindre le fond. C’est une véritable plongée dans le passé. J’apprends également que les tourbières sont aussi de formidables réservoirs naturels absorbant le carbone en circulation dans la biosphère. Avec le réchauffement du climat, l’importance des tourbières et leur protection est une mesure vitale que cherche à faire comprendre The Peatlands Partnership.. Après avoir marché des jours dans les tourbières, je me sens un peu coupable de les avoir trouvé monotones et ennuyeuses.

Je déjeune au café du musée d’une quiche au saumon avec salades et d’un carrot cake puis m’en retourne à l’auberge. Marie arrive vers 17h et nous passons la fin d’après-midi à discuter de nos voyages respectifs. Avec Julie, nous allons diner dans un petit restaurant où la nourriture est bonne mais les portions petites. Nous échangeons en français et anglais de nos différences et retours sur nos voyages. La soirée est agréable toute en rires et bonne humeur. Je suis contente d’avoir rencontré ces deux-là. 

Stornoway - Hébrides extérieures - Écosse - © Claire Blumenfeld
Stornoway

Stornoway - Hébrides extérieures - Écosse - © Claire Blumenfeld

Stornoway - Hébrides extérieures - Écosse - © Claire Blumenfeld
Marie, moi et Julie

Jour 17 : Visites sur Lewis

Je quitte Stornoway tôt le matin après avoir dit au-revoir à Julie. Elle prend le premier ferry pour Ullapool afin de rentrer aux États-Unis. Marie fait la grasse matinée prenant elle aussi le ferry mais dans l’après-midi. Elle continue vers le Nord de l’Écosse. Je lui ai souhaité la bonne route hier soir. Le bus m’emmène sous le crachin jusqu’à Eoropie d’où part une balade de deux heures pour atteindre le Butt of Lewis. Le bout des Hébrides. En français on traduirait ça par «le cul de Lewis», l’humour écossais je suppose. La randonnée longe dans le Machair les falaises du bout des Hébrides. Bien que pas très hautes, elles sont impressionnantes et remplies de fleurs. J’arrive au phare où une masse de touristes se presse pour prendre des photos. Je m’éclipse rapidement. 

Je prends le bus pour retourner à Barvas où un deuxième bus est sensé m’amener à Arnol où se trouve une « blackhouse » (une bâtisse traditionnelle en pierre au toit de chaume) entièrement préservée. Mais le bus fait des tonnes de détours et me dépose en retard à Barvas. L’autre bus est déjà parti. Je fais du stop pour rejoindre Callanish Stones, n’ayant pas assez de temps pour aller voir la Blackhouse. Je dois être à 14h au petit camping de Callanish pour récupérer les clés de la hutte que j’ai réservé pour ce soir. Pam et Ursula, Américaine et Suisse me prennent avec elles et me demandent si je connais Julie, l’Américaine avec qui elles ont fait une visite guidée deux jours auparavant. Décidément, les Hébrides ne sont pas bien grandes puisque l’on finit toujours par croiser quelqu’un qui connait quelqu’un ! Elles me déposent à Carloway où j’attends pour un autre stop. Un employé des « Scottish Water » finit par s’arrêter et je fais la connaissance du monsieur le plus sympathique qui soit !! Très gentil et plein d’informations, il m’apprend qu’il est né sur l’île, que le Gaelic est son premier language (il a d’ailleurs un très fort accent que je trouve très sympathique) et m’emmène rapidement voir les restes de Dun Carloway, une ancienne tour de gué. Il ne reste plus que la moitié. Le reste des pierres m’apprend t’il fut récupérée par les habitants auparavant pour construire leurs blackhouses ! Un autre type de recyclage, je suppose. Nous discutons tout le long du chemin et je le quitte sur une bonne poignée de main. 

À Callanish, je récupère les clés de ma petite hutte en bordure d’un lac. Seulement trois « pods », le lieu est super tranquille. Je déjeune au café du Visitor Center et repars dans l’autre sens vers Carloway afin d’aller me balader vers Garenin et visiter un village de Blackhouses traditionnelles conservées. 

La balade longe une petite péninsule suivant un petit chemin. En arrivant aux restes d’un ancien village déserté, impossible d’aller plus loin : un troupeau de moutons est « gardé » par un bélier aux grosses cornes qui ne veut pas me laisser passer. Il s’approche dangereusement et tape du pied. Je bas en retraite et au lieu de continuer sur la côte, je traverse, à travers parmi les tourbières, la péninsule par l’intérieur. Je récupère enfin la petite trace et monte sur une petite colline pour apprécier la vue. J’y découvre aussi le plus bel endroit de l’Écosse pour faire du camping sauvage : plat, protégé du vent et sec ! Mais entouré de moutons un peu agressifs. Je ne sais pas si c’est la même race, mais je trouve les moutons de cette péninsule bien plus agressifs que les autres.

J’arrive à Garenin, le village traditionnel en fin de journée et le petit musée est fermé. Dommage, j’aurais bien aimé voir l’intérieur d’une maison. Je me contente donc d’apprécier leurs toits de chaume. Retour à Carloway sous un temps parfait. La lumière du soir baigne les paysages de reflets or. Les lieux semblent idylliques et l’atmosphère si paisible que je ressens presque un petit pincement au coeur en me disant que je quitte les Hébrides demain. Malgré la pluie et les difficultés, j’ai au final grandement apprécié mon séjour sur l’archipel. Un dernier stop pour la journée me ramène à Callanish où je monte enfin voir le fameux cercle de pierres de Callanish. Il n’y a plus grand monde et je peux apprécier la magie des lieux. 

Butt of Lewis - Hébrides extérieures - Écosse - © Claire Blumenfeld
Le bout des Hébrides
Butt of Lewis - Hébrides extérieures - Écosse - © Claire Blumenfeld
Le phare de Butt of Lewis

Gearrannan - Hébrides extérieures - Écosse - © Claire Blumenfeld

Gearrannan - Hébrides extérieures - Écosse - © Claire Blumenfeld
Le village traditionnel de Gearrannan
Callanish - Hébrides extérieures - Écosse - © Claire Blumenfeld
Le cercle de pierres de Callanish

Jour 18 : Au revoir Hébrides 

Je me réveille à 5h, prête à aller faire le tour des différents cercles de pierres avec la lumière de début du jour. Mais il pleut. Il pleut alors que la météo avait annoncé soleil et nuages. À la place, c’est du brouillard et de grosses gouttelettes d’eau qui m’accueillent. Bon. Et bien tant pis. Je me recouche pour quelques heures. À 7h le temps est toujours le même. Ce sera donc une matinée tranquille. Je visite le petit musée du Visitor Center en apprenant plus sur les pierres. Site mégalithique érigé vers 3000 av-JC, le lieu comprend un agencement de nombreuses pierres en plusieurs cercles à quelques kilomètres de distance. Le site I, le plus connu est aussi le plus grand avec un cinquantaine de pierres. Difficile de savoir exactement qu’elle était leur signification même si l’idée d’un lieu de culte lié à des rites funéraires semble être le plus évident. Je visite sous la pluie les deux autres sites plus petits puis retourne au grand cercle mais l’ambiance n’a plus rien à voir avec hier soir. C’est rempli de touristes et la magie a disparu. 

Vers 13h, je quitte les lieux pour rejoindre Tarbert d’où part le ferry pour Skye. Je prends le bus jusqu’à Leurbost puis ne voulant pas attendre 1h pour le prochain bus, je fais du stop. Des retraités écossais (du continent) me prennent avec eux. Ils déposent leur cousine à Rhenigidale au Youth Hostel, là où je n’ai pas eut le temps d’aller il y quelques jours ! Je peux donc découvrir les lieux et effectivement comme décrit dans le guide, ils sont superbes. J’aperçois le chemin zigzaguant à flancs de falaises puis dans les collines lunaires. J’espère pouvoir revenir un jour le faire. Mes conducteurs me déposent ensuite à Tarbert où je quitte les Hébrides sous un temps nuageux. 

Callanish - Hébrides extérieures - Écosse - © Claire Blumenfeld
Callanish Stones – site II
Callanish - Hébrides extérieures - Écosse - © Claire Blumenfeld
Callanish Stones – site III

Callanish - Hébrides extérieures - Écosse - © Claire Blumenfeld

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Ma deuxième partie sur les Hébrides fut pleine de découvertes. Les trois jours de randonnée à travers Harris sont clairement les plus beaux du chemin, en tout cas pour moi, qui préfère des environnements montagneux. Lewis ressemblant grandement avec ses collines tourbeuses à South et North Uist est forcément un peu moins intéressante. Et je suis contente d’avoir eu le temps de passer quelques jours de plus à visiter le nord de l’île et d’être aller dormir à coté des Callanish Stones.

Au cours de ces deux semaines et demie à arpenter ces îles éloignées que sont les Hébrides Extérieures, j’ai rencontré de nombreuses personnes toutes plus intéressantes les unes que les autres. Que ça soit Marie, Julie, Venula, la dizaine de cyclistes ou les locaux qui m’ont pris en stop tous ont été une rencontre riche d’enseignements.

Récent et ayant de façon volontaire ou non bénéficié d’assez peu de ressources financières pour être mis en place, l’Hebridean Way est un chemin de randonnée tout en contrastes. J’ai trouvé qu’il y avait trop de parties sur les routes (compréhensible au vu de la difficulté de créer un chemin de randonnée dans un environnement tourbeux), que les sections à travers les tourbières assez souvent difficiles à marcher étaient un peu monotones, que la traversée de South et North Uist dans le Machair était trop longue (3 jours), que les passages sur Barra et Harris et leurs montagnes étaient grandioses et bien trop courts (1 jour pour le premier et 3 jours sur le suivant), que l’aspect isolé et désertique était au final très agréable et qu’il n’était pas difficile du tout de trouver des hébergements, de la nourriture ou de se déplacer en bus ou en stop. Malgré les points négatifs (pour moi), l’Hebridean Way reste un chemin particulièrement intéressant à parcourir.

J’ai grandement apprécié l’aspect paisible se dégageant des Hébrides. Le rythme de vie y est calme et détendu. D’ailleurs j’ai demandé à tous les gens qui m’ont pris en stop s’ils aimaient vivre ici et tous m’ont répondu positivement. Personne n’envisage de quitter les îles. Il est vrai que malgré quelques aspects négatifs le long de la randonnée, j’ai grandement apprécié mon séjour ici. Les îles ont un charme particulier qui me manque déjà. Je pense d’ailleurs y revenir un jour pour y faire la traversée à vélo. Après le West Highland Way, les Hébrides se sont révélées être un très bon choix pour découvrir un autre aspect de l’Écosse.

J’ai aussi appris de nombreuses choses sur mon rapport au voyage. Lorsque j’ai choisi il y a un mois de faire cette randonnée, c’était pour découvrir les Hébrides mais j’avais aussi en tête cette espèce de volonté stupide de me dire que j’allais marcher 250 kilomètres. Du point A au point B. Sauf que l’intérêt du voyage, il n’est pas là. Il n’y a aucun intérêt à se pousser à faire 10km tous les jours sur la route au milieu des voitures alors que je suis fatiguée, juste pour me dire que j’ai marché chaque kilomètre. L’importance du voyage, c’est l’imprévu, la façon dont on y réagit et les rencontres (avec les lieux et les gens). Alors voila, je n’ai pas fait l’intégralité de l’Hebridean Way. Je n’ai pas fait un trek de 250km. Non. Ce que j’ai fait c’est une traversée majoritairement à pied des Hébrides. Et c’est très bien comme ça.

 

« I love the wind here;
I just love all of it here,
Wind, rain and sun.»

Citation sur le mur du Musée Nan Eilean

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