Port Nan Long - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

The Hebridean Way – partie 1 : Vent et monotonie

Après le West Highland Way, je pars pour ma deuxième semaine en Écosse sur les Outer Hebrides, un archipel d’une dizaine d’îles à l’Ouest de l’Écosse. Le Hebridean Way, un chemin de randonnée de deux semaines, assez sauvage, m’y attends.

Après deux jours de repos au pied de Ben Nevis pour me reposer de ma randonnée sur le West Highland Way, je quitte Fort William et les Highlands pour rejoindre les Outer Hebrides ou Hébrides extérieures. Chapelets d’îles à l’ouest de l’Écosse, au nom gaélique de Na h-Eileanan Siar, elles regroupent une vingtaine d’îles de tailles différentes. Les plus grandes et plus peuplées (bien que le total des habitants tournent autour de 27 000 personnes), sont, du sud au nord : Vatersay, Barra, Eriskay, South Uist, Benbecula, North Uist, Berneray, Harris et Lewis. Ce sont les îles que je vais traverser lors de ma randonnées sur l’Hebridean Way, un sentier de randonnée s’étirant sur 250 kilomètres de Vatersay à Stornoway sur l’île de Lewis. 

Créé il y a deux ans, c’est un chemin donc récent que je vais emprunter. L’environnement parsemé de lacs et tourbières à l’intérieur des terres a conduit à la création d’un chemin longeant principalement les côtes et les petites routes avec quelques excursions dans les tourbières et collines. Je vais donc voir ce que cela donne. Après les montagnes de l’Écosse intérieures, je m’attends à de grandes plages de sables blancs, des eaux turquoises et des petits villages isolés. 

 

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CARNET DE ROUTE

Jour 1 : Arrivée sur Barra

Réveil de bonne heure pour rejoindre la gare de Fort William d’où part à 7h44 un train pour Oban. Me voila en train de faire à l’envers le West Highland Way Je redécouvre les paysages vu il y a quelques jours mais sous un ciel un peu plus radieux. Le train roule sur les hauts plateaux des Highlands au milieu de la nature. Rien, à l’exception d’une gare sortie de nul part qui me fait un peu penser à celle du film « Le Voyage de Chihiro ». Je change à Crianlarich, où je suis passée il y a 7 Jours. Puis j’arrive à Oban vers 11h30, petite ville portuaire avec de jolies maison d’où part le ferry pour les Outer Hebrides. Mais je n’ai pas le temps de la visiter.  De là j’embarque à 13h30 sur le ferry pour Castlebay sur l’île de Barra, où se trouve le début du chemin de l’Hebridean Way.

Environ 5h de bateau que j’ai un peu mal à supporter et me voila arrivée dans un tout petit bled sur une île aux airs paradisiaques. Mais venteux. Quelle différence ! L’air est sec mais qu’est ce qu’il fait froid. Les bourrasques de vent me font presque basculer.  Une petite heure de marche sur la route pour rejoindre l’autre coté de l’île où je retrouve le chemin que suit l’Hebridean Way. Le départ officiel du trek se trouve sur l’île de Vatersay, une toute petite île au sud de Barra mais je n’ai pas le temps de m’y rendre. J’avais prévu de bivouaquer mais le lieu envisagé pour camper est très venteux. Il est déjà 9h du soir et j’hésite un peu. Je décide de me rendre au camping, 1 km plus loin en espérant qu’il sera un peu plus protégé. Alors que je suis presqu’arrivée, un monsieur bien gentil s’arrête pour me proposer de m’emmener en voiture. J’ai beau lui dire que je suis presque à ma destination, il insiste et j’accepte donc. Ce sera probablement mon auto-stop le plus court du séjour : seulement quelques mètres !

Le camping est encore plus venteux que le lieu du bivouac mais je n’ai pas la force d’y retourner. Il est déjà 9h30 et je m’installe donc pour la nuit. Personne pour m’encaisser. Un minuscule building fait office de bloc pour les douches / toilette / cuisine. Mais le lieu renferme un trésor : Les meilleurs douches que j’ai jamais vu et du wifi dont la connection vacille un peu. C’est bien plus que je n’en espérais. La tente se pliant un peu sous les bourrasques de vent, j’assiste à un joli coucher de soleil et ferme l’oeil pour ma première nuit sur les Hébrides. 

Paître dans le Machair - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Jour 2 : Une traversée un peu morne

Je me réveille sous un joli soleil qui a vite fait de décamper. Une masse nuageuse arrive, poussée par le vent et s’installe au dessus de Barra pour toute la journée. Tout est gris. Même pas quelques rayons de soleil pour venir furtivement illuminer le paysage. Donald, le gérant du camping vient me voir alors que je range ma tente pour encaisser son dû. C’est 10£ la nuit. 10£ pour un emplacement au vent mais les meilleures douches que j’ai vu en Écosse depuis que je suis arrivée. Et bien c’est comme ça.

Je décolle et me voila partie sur l’Hebridean Way. Deux semaines à traverser les Outer Hebrides. Le chemin suit la petite route à travers le bourg de Borve. Puis monte dans les collines environnantes. Le sentier disparait pour faire place à une « trace » laissée par quelques marcheurs avant moi. Quelques poteaux marqués « Hebridean Way » positionnés tout les 200m indiquent la direction. Personne. À part quelques moutons. Une femelle et deux petits. Ils décampent à mon passage. La lande est humide et j’ai les chaussures qui mouillent. 

Je monte vers Beinn Bhirisig, puis redescend au Loch an Duin avant de remonter vers Beinn Eireabhal. La vue sur le détroit de Barra est superbe avec une centaine de petites îles et des plages de sables blancs. Un petit avion atterrit sur la langue de sable faisant office d’aéroport. Malgré le temps gris et le vent fort, le paysage est impressionnant. Je rejoins, un peu pressée, le ferry au minuscule terminal d’Ardmhor afin de traverser pour rejoindre la petite île d’Eriskay. Le ciel se dégage enfin laissant apparaître des rayons de lumière suivis de ciel bleu. Sous un ciel un peu plus clément, je traverse Eriskay, profitant d’un passage au petit magasin local pour acheter mon repas du soir. Sur un banc regardant le soleil qui arrive, j’apprécie le calme des lieux et la sensation d’apaisement qui s’en dégage.

Le « causeway » sorte de pont construit reliant Eriskay à South Uist, se profile déjà et je m’engage sur la route pour atteindre ma troisième île de la journée. Trois kilomètres sur le causeway suivi de trois autres pour rejoindre le Kilbridge camping, tout ça sur la route. C’est long et douloureux mais que le paysage est beau. La mer turquoise, le sable blanc, les dunes, quelques bicoques et les montagnes en fond. Sous une fin d’après-midi ensoleillé, je m’installe au camping. 

La côte Est de Barra - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

La côte Est de Barra - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Arrivée sur Eriskay - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Balade dans le Machair - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Jour 3 : Solitude dans le Machair

Pas un nuage dans le ciel ce matin, il va faire beau. Il va faire chaud. Petit-déjeuner eggs on toast au Kilbridge Café et me voilà partie. Une vingtaine de kilomètres le long de la côte de South Uist pour rejoindre la presqu’île de Loch Aid a Mhuile. D’un coté la mer et de l’autre les prairies tapissées de pâquerettes et boutons d’or. Le paysage semble être vide. Il n’y a personne. Pas un bruit. En fait ce n’est pas vrai, il y a le bruit de la mer, du vent qui me siffle dans les oreilles, le gazouilli des centaines d’oiseaux de mer qui s’alarment à mon passage. Mais pas un bruit de civilisation. C’est calme, c’est vide, c’est presque triste. Des carcasses de voitures abandonnées gisent dans les champs. Témoins d’une île à la prospérité difficile ? Les habitants semblent les abandonner là, au milieu des fleurs, pour qu’elles tombent doucement en morceaux.

Le paysage défile : la mer, les dunes, les fleurs et les montagnes au loin. Toujours le même. Cela pourrait être méditatif. Si seulement mon esprit arrêtait de vagabonder. Simplement apprécier de marcher, un pas après l’autre, en regardant le paysage. 

Le parterre de fleurs m’éblouit à chaque pas. C’est vert, blanc et jaune. Avec tout un tas de variations. Je suis la trace sur ce qu’il reste du Machair Way. En Gaelic, « Machair » signifie « terres herbeuses basses et fertiles ». Cet environnement ne se trouve que sur les côtes ouest de l’Écosse et de l’Ireland. 

Un grand parcours de golf apparait dans les dunes près d’Askernish. J’ai chaud puis j’ai froid à cause du vent qui forcit. Je ne sais pas ce que je veux. Je fais une petit pause dans les dunes contemplant la mer en avalant un sandwich acheté ce matin qui tombe en miettes. Je me sens un peu étrange. Mi-heureuse, mi-triste. Est-ce dû à la monotonie du paysage ? Au poids du sac, un peu trop lourd qui me fait mal aux épaules et me file des ampoules ? Au fait que je ne croise personne ? Pourtant c’est ce que je voulais. Un trek plus sauvage et moins touristique que le West Highland Way. Mes envies ont été entendues et me voila servie. Mais je me sens un peu seule. Malgré la beauté que peignent les fleurs et le chant des oiseaux, quelque chose semble vide. 

Je passe au Clubhouse du Golf course pour me réapprovisionner en eau pour le bivouac de ce soir. Et je continue à travers les dunes, des pensées plein la tête. Le vent me souffle dans les oreilles et le soleil tourne doucement tapant toujours aussi fort.

À Loch Aid a Mhuile, aucun endroit pour bivouaquer et me voila, le moral dans les chaussettes passablement fatiguée en train de rebrousser chemin d’un kilomètre pour retourner derrière d’autres dunes, celles-ci plus accueillantes. Je monte ma tente au milieu des pâquerettes et boutons d’or et m’affale enfin le moral en point d’interrogations et les pieds douloureux. Au milieu des fleurs et dans le calme du soir, appréciant le soleil qui descend et les couleurs qui rougissent, je revoie mon itinéraire pour la suite, essayant de raccourcir les étapes pour rester autour de 16km par jour. La fin du jour est belle, le soleil rougeoyant à l’horizon et je m’endors un peu réconfortée. 

La côte Ouest de South Uist - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

La côte Ouest de South Uist - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

La côte Ouest de South Uist - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
Le Machair

La côte Ouest de South Uist - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Jour 4 : Solitude, tourbières et Machair

Je me réveille, le soleil déjà haut dans le ciel. Même ciel bleu sans nuages. Même parterre de pâquerettes. Même calme absolu. 

Me voila repartie le long de la côte pour une dizaine de kilomètres. À Caisteal Ormacleit, un chateau en ruine, je fais une petite pause. À peine assise qu’un étrange monsieur un peu chiffoné vient me parler. En l’espace de quelques minutes, Roddy me raconte sa vie, ses parents et sa soeur décédés récemment, l’époque où il s’occupait de 400 moutons, les cultures se récoltant désormais en Septembre plutôt qu’en Juillet et du chateau à coté duquel il habite ayant été détruit par le feu en 1715. Mais un grand marriage se prépare un peu plus loin sur la côte, les tentes sont en train d’être installées et il veut aller jeter un coup d’oeil. Toute cette agitation a l’air de le rendre heureux. J’y sens la marque d’un homme profondemment seul. Nous nous séparons sur une poignée de main et je continue mon chemin.

À Howmore, je m’arrête pour le déjeuner dans les jardins du tout petit Gatliff Youth Hostel. Personne mais les lieux sont ouverts me permettant de me ravitailler en eau. J’ai mal aux pieds et il fait chaud. Il fait chaud et un vent d’enfer. Une combinaison démoniaque qui a le don de me foutre à plat rapidement. Le sentier quitte enfin la côte et s’enfonce parmi les nombreux lacs et tourbières aux pieds des collines. Les mêmes pensées habituelles tournent en boucle à la lisière de ma conscience : pourquoi je me pousse à faire cela ? Est-ce que le plaisir de la randonnée tient-il à porter un sac lourd et à parcourir le sentier dans son intégralité malgré la difficulté ? Ou bien le plaisir de la balade devrait il être plus important ? Suis-je en train d’oublier que je suis « en vacances » et que le plaisir et la simplicité devraient guider mes pas ? Suis-je réellement faite pour faire de grandes randonnées ou est-ce une illusion que je me pousse à suivre ? 

De retour sur une petite route et me motivant pour les trois derniers kilomètres à faire, un camping-car s’arrête et me propose un lift. J’accepte avec bonheur. Il me dépose quelques minutes plus loin au pied de Our Lady of the Isles, une statue de 9m à l’effigie de la madone et son fils posés là au milieu de nul part.

Quelques mètres plus haut sur une petite colline se trouve un relais de télécommunication. Je cherche un endroit pour camper mais le sol est penteux et le vent souffle toujours aussi fort. Je continue un peu le chemin et finie par poser mon barda dans une petite carrière en bordure de la route. C’est moins bien qu’y hier soir mais il n’y a pas trop le choix.

Une pierre debout - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

La côte Ouest de South Uist - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

La côte Ouest de South Uist - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
South Uist

Jour 5 : À travers South Uist

Réveil sous les nuages. Il fait gris et humide. Je remballe mon barda me battant avec une centaine d’araignées des champs ayant élu domicile dans les recoins du sur-toit de ma tente. Ce matin je continue à travers la plaine remplie de lacs et tourbières. Le sentier disparait pour faire place à une petite trace qui navigue à travers les tourbières en suivant les poteaux indicatifs. À chaque pas, la terre semble vouloir avaler mes chaussures. L’eau est reine ici et il faut faire attention où poser ses pieds. 

Le soleil apparait un peu à travers les nuages et j’apprécie les variations de couleurs. La progression n’étant pas aisée, c’est avec soulagement que j’atteins les trois éoliennes du Lochcarnan Community Wind Farm où je retrouve un chemin de pierres. De loin les éoliennes me font toujours l’impression de fragiles et légers moulins à vent. De près, elles m’évoquent des monstres de puissance technologique. Je les dépasse écoutant le bruit caractéristique des pâles fendant le vent. 

Un nuée de taons a décidé de vouloir ma peau et je ne m’attarde pas. Au moins cela a le don de me distraire un peu de la monotonie du chemin à travers la plaine. Le sac est un peu moins lourd (beaucoup moins d’eau désormais) mais je claudique un peu à cause de mes ampoules. Certains endroits de la tourbière semblent avoir été retournés par la main de l’homme. Des carrés de tourbe sont posés dans un agencement particulier et je me demande bien ce que cela peut être. Il s’agit en fait de « peat » comme les gens d’ici appellent la tourbe, coupée et mise à sécher au soleil afin de pouvoir être ensuite utilisée comme combustible pour le feu. Les habitants des Hébrides utilisent la tourbe depuis bien longtemps pour alimenter leurs feux. Bien que moins puissant que le bois, la tourbe dégage un odeur agréable en se consumant. 

Une jolie chaumière traditionnelle au toit de chaume apparait en bordure d’un loch mais c’est marée basse et l’eau a disparu. Ne subsiste que la vase et des masses d’algues brunes. Et trois moutons perchés sur des rochers en train de grignoter les derniers restes d’herbes vertes.

Je traverse le « causeway » reliant South Uist à Benbecula et me voilà sur une nouvelle île. Pause repas et ravitaillement au supermarché du coin. Et je prends le bus pour les derniers 3km me séparant du camping. Après trois jours et deux nuits « en pleine nature », j’accueille avec bonheur une douche chaude et une fin d’après-midi tranquille.

Driomor - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Lochcarnan Community Wind Farm - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Vers Carnan - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
Un vieux cottage au toit de chaume

Jour 6 : Tempête sur Ruabhal

Trois heures du matin. Un vent à décorner les vaches me réveille. La tempête annoncée est enfin arrivée. Vent et pluie ont décidé de s’abbattrent violemment sur le rivage. Ma tente est ballottée dans tous les sens et même si je ne doute (pas trop) de sa résistance, il m’est impossible de fermer l’oeil. Je bas en retraite dans les douches emmenant toutes mes affaires avec moi et repliant rapidement ma tente. Pas vraiment d’endroit confortable pour dormir mais au moins je suis à l’abri. Je somnole pour le reste de la nuit en attendant l’arrivée du jour.

Lorsque j’émerge de ma demie-torpeur, il fait orageux et le vent a encore forci. Les prévisions météo ne s’annoncent pas bonnes pour la journée ni pour la nuit prochaine et je décide de revoir mes plans. Il faut que je trouve une auberge ou un hotel afin de pouvoir dormir à l’abri et surtout dormir. Bien dormir pour me reposer car cela fait trois nuits que je ne dors pas très bien.  Environ 6km plus loin se trouve le petit hameau de Baile nan Cailleach, où se trouve une auberge de jeunesse. Ce sera donc ma destination pour la journée.

Le chemin longe le rivage et je suis ballotée de tous les cotés par le vent et la pluie. Vers 10h30 me voila arrivée à l’auberge où je dépose mon gros sac et décide de continuer le chemin pour monter à Ruabhal. L’île de Benbecula est plate comme une pièce de monnaie. Si ce n’est pour la petite colline de Ruabhal, 124 mètres de haut posée quasiment au centre de l’île. L’Hebridean Way gravit son sommet pour apprécier la vue des alentours puis redescend de l’autre coté avant de retrouver la route et rejoindre l’île de North Uist. Vu le temps, je vais simplement faire l’ascension et revenir à l’auberge. Tans pis pour la fin du trajet. 

La pluie s’est un peu calmée et je pars sur la route. 7km en ligne droite pour rejoindre Ruabhal. La colline semble mettre une éternité à se rapprocher. Au sommet, les rafales de 70km/h me font vaciller. Je distingue à travers la couverture nuageuse et les bourrasques de pluie, l’infinité de petits lacs qui composent l’île. Un nuage impatient me déverse soudainement dessus des trombes d’eau et je décide de redescendre. Mais la pluie disparait aussi vite qu’elle est arrivée et le paysage se dévoile alors un peu plus. J’aperçois au loin les collines de North Uist dans les nuages. 

7km longs et monotones dans l’autre sens et me voila de retour à l’auberge passablement fatiguée. Quatre cyclistes sont arrivés entre temps et nous passons la soirée à discuter tranquillement. Aujourd’hui en marchant sous la pluie, vacillant sous les bourrasques, les questions qui m’occupent l’esprit depuis plusieurs semaines sont revenues en force. Pourquoi je marche ? Et pourquoi marcher dans ses conditions difficiles ? Le paysage est morne, l’atmosphère est triste, le poids du sac me tire sur les épaules, je suis fatiguée, et je ne prends pas plaisir à marcher. Alors pourquoi continuer ? Est-ce justement lorsque les conditions sont difficiles, lorsque l’esprit pousse à abandonner qu’il faut continuer ? Et puis comment apprécier la randonnée lorsqu’on ne distingue pas grand chose du paysage ? Est-ce qu’une des grandes leçons a en tirer est qu’il faut laisser tomber ses attentes et accepter sereinement ce que l’on reçoit, même si cela ne nous convient pas ? 

Vue depuis le sommet de Ruabhal - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
La vue depuis Ruabhal

Jour 7 : North Uist et ruines du passé

Aujourd’hui le vent est toujours là mais le soleil est revenu. C’est déjà ça. Sur les îles le vent est permanent. Il faut s’en accommoder. Je prends deux minibus pour rejoindre Carinish d’où continue le chemin. Les ruines du Temple de la Trinité (Teampull na Trionaid) se tiennent à coté de la route. C’est tout ce qu’il reste d’un important monastère et lieu d’apprentissage datant du milieu du 12ème siècle. Les terres autour du monastère ont vu la Bataille de Carinish en 1601 teindre le sol en rouge lui valant le surnom de « Feith na Fala » (fossé de sang) lors d’une bataille entre clans. Aujourd’hui seulement quelques touristes et moutons se baladent autour du site.

Le chemin s’enfonce dans la plaine. Au loin je distingue une petite silhouette portant un sac à dos. Quelqu’un d’autre fait l’Hebridean Way. C’est la première fois que je vois un autre randonneur sur le chemin. Le sentier zigzague à travers la plaine rejoignant la côte Est de North Uist. Je rattrape la silhouette qui s’est arrêtée pour la pause repas. Julie mange des noix, du raisins et quelques tranches de jambons. Elle aussi fait l’Hebridean Way et semble contente de rencontrer une autre randonneuse. Je passe une vielle jetée où je m’arrête pour mon déjeuner. La mer est basse et je déjeune assise contre les murs de la jetée, en partie protégée du vent. 

Le chemin continue à travers la plaine puis monte sur Beinn Langais où un vieux cercle de pierres presqu’enfouies sous les fougères et une ancienne chambre funéraire à moitié écroulée m’attendent. Ce sont les témoins d’une colonisation ancienne des îles des Hébrides. 8km le long de la route pour rejoindre Lochmaddy, un petit bled en bord de mer mais la pluie apparait soudainement et c’est trempée que je fais du stop en bordure de la route en espérant que quelqu’un me prenne. Une bonne vingtaine de minutes plus tard, une voiture s’arrête enfin et deux vieux locaux me prennent avec eux. Apprenant que je compte faire du bivouac cette nuit à coté de Lochmaddy, ils s’engagent à me trouver une chambre dans un des B&B du village. Je n’y tiens pas forcément puisque cela coûte cher mais ils sont déterminés à tout prix. Heureusement pour moi, les B&B du village sont pleins et je m’échappe en remerciant gentiment mes conducteurs. 

Une heure plus tard, alors qu’il pleut encore, je suis toujours à tourner dans le village pour trouver un endroit où camper. Impossible. Pas d’endroit plat et trop de vent. Mince. Que faire. J’abandonne et décide de me rendre au Gatliff Youth Hostel de Berneray à une vingtaine de kilomètres de là. J’étais sensée arriver sur Berneray seulement demain soir mais ce sera donc pour ce soir. Le dernier bus de la journée m’emmène alors que la pluie décide enfin de s’arrêter. Dans la lumière de la fin de soirée, je distingue la plaine et les collines où passe le chemin reliant Lochmaddy à Berneray. J’ai décidé que demain, je laisserais mon gros sac à Berneray puis prendrais un bus pour revenir à Lochmaddy afin de quand même faire le chemin. 

Le Gatliff Youth Hostel est le même qu’à Howmore, dans un vieux cottage traditionnel, tout au bout du village de Berneray juste en bordure de la mer. C’est magnifique. J’y rencontre Marie, une cycliste française d’une quarantaine d’années et nous passons la soirée à discuter. Je suis bien contente d’avoir changé mes plans.

 

Trinity Temple - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
Les ruines du temple de la Trinité

Aux alentours de Carinish - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Jour 8 : Moment d’émerveillement en haut de Beinn Mhor

Ciel gris de nouveau mais des éclaircies sont sensées arriver. Marie rejoins le petit terminal du ferry reliant Berneray à Harris et je prends le bus pour retourner à Lochmaddy. Hier, l’esprit occupé à trouver un endroit où camper j’y ai oublié mon baton de randonné au petit magasin du village. J’espère qu’il y sera encore. Une vingtaine de minutes plus tard le bus me dépose et je récupère avec soulagement mon baton qui semble m’attendre bien sagement. 

Je repars dans l’autre sens pour attaquer la randonnée. Le ciel s’est légèrement dégagé, il semble que la journée va être belle. Tout du moins d’après les standards écossais : donc sans grosse pluie. Je contourne Blathaisbhal, marchant un peu au hasard à travers la plaine, les poteaux indicatifs ayant disparu puis traverse la moor pour rejoindre le sommet de Beinn Mhor. La traversée de la tourbière est longue, le sentier bifurquant en permanence. À vol d’oiseau, il y en a seulement pour 2 kilomètres, je pense. Au sol il m’en faut presque 5 ! J’atteins néanmoins le sommet et pour la première fois depuis 2-3 jours contemple les environs avec un peu de hauteur. Avec les quelques rayons de soleil, la vue sur les plages, le Machair, les lacs et l’île de Berneray est splendide. Je déjeune en haut mais le vent fort ne me fait pas trainer. 

De retour dans la plaine, je passe voir les ruines de Dun An Sticer. D’abord utilisé comme une maisonette presque 2500 ans plus tôt, la construction au milieu du lac fut ensuite transformée en fort au 16ème siècle où Hugh MacDonald, qui complota pour faire assassiner son cousin fut enfermé avant d’être envoyé dans une prison sur l’île de Skye. 

De retour sur la route, il me reste quelques 8km pour rejoindre le Youth Hostel et je m’essaye à l’auto-stop. Deux secondes plus tard, la première voiture s’arrête. La chance ! Un monsieur du coin m’embarque au milieu de ses affaires de peinture et me voilà de retour sur Berneray. Je change de bunkhouse ayant réservé quelques jours plus tôt pour le John’s bunkhouse, un autre dortoir situé lui plus près du terminal du ferry. L’habitation est toute récente et superbe mais l’arrivée d’une famille avec un enfant en bas âge rends la soirée moins agréable que celle d’hier soir. 

Je passe au minuscule magasin-café de l’île pour acheter quelques provisions. La caissière et une cliente discutent. La langue étrange attire mes oreilles. Elles parlent Gaelic. Cela fait plusieurs fois que je l’entends par brides. Principalement parlé dans les Highlands et les Hébrides, le Gaelic est une langue celtique ne ressemblant à aucune autre. Écoutant les dames rouler les « r » et accentuer les « ch », je la trouve particulièrement agréable à écouter.

Berneray - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
Les cottages de Berneray

Le Machair et la mer - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

North Uist et Berneray - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Port Nan Long - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
Port Nan Long
Dun An Sticer - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld
Les ruines de Dun An Sticer

Jour 9 : Faire le tour de Berneray et rejoindre Harris

Aujourd’hui est une journée tranquille pour moi. J’ai décidé de faire un break du trajet et de profiter de ce matin pour me balader sur Berneray avant de prendre le ferry pour Harris l’après-midi. Je laisse mon gros sac à la bunkhouse et pars à travers le Machair faire le tour de l’île. Je longe la grande plage de la côte Ouest et grimpe en haut de la petite colline de l’île. Au loin parmi les nuages je distingue les montagnes d’Harris. Vers 14h30, je me rends au terminal du ferry retrouvant Julie, rencontré quelques jours plus tôt. Elle aussi fait la traversée. 

Le ciel se couvre et nous arrivons à Leverburgh sous la pluie. Mes premières impressions de Harris me font penser aux Highlands. Faut dire que les collines ici ressemblent plus à des montagnes. Julie a réservé à la même bunkhouse que moi : Am Bothan Bunkhouse et nous voilà dans la même chambre à sécher nos affaires. Passage rapide au petit supermarché du coin qui a ma grande surprise vends des produits organiques et végan et soirée tranquille à discuter avec deux écossais s’étant rendu à St Kilda dans la journée. Depuis Leverburgh il est possible d’aller visiter cette petite île encore plus à l’Ouest de l’Écosse et classée au patrimoine mondial de l’Unesco mais le prix et la traversé difficile en bateau m’en dissuade un peu.

Berneray - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Berneray - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Berneray - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

Jour 10 : Pluie et brouillard à Leverburgh

Jour de repos à Leverburgh, le temps étant vraiment mauvais aujourd’hui. Il pleut sans interruptions toute la journée. Le paysage est triste et morne. J’en profite pour me reposer, me ravitailler en nourriture et avancer sur mes projets. Demain il est sensé pleuvoir le matin puis se calmer dans l’après-midi. J’espère que se sera le cas, ne voulant pas trop commencer la deuxième partie de mon trajet sur l’Hebridean Way sous la pluie. Mais la météo Écossaise est difficile et il faut s’en contenter. Je verrais donc demain. 

Harris - Randonnée sur l'Hebridean Way - Écosse - © Claire Blumenfeld

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Ma première partie sur l’Hebridean Way fut toute en contrastes. Mélange de beau et de mauvais temps et de passages splendides à très monotones. J’en suis un peu déçue mais en m’en voulant un peu d’avoir imaginé des paysages paradisiaques. Cela reste l’Écosse après tout. Et en Écosse il pleut, la grande majorité du temps. Alors forcément avec la pluie les lieux perdent de leur superbe. 

Cette première partie sur les « petites îles » des Hébrides fut un peu monotone, le chemin passant beaucoup de temps à travers le Machair (beau mais répétitif) et sur les routes (faciles mais dures pour les pieds). Le paysage est très beau mais la difficulté du terrain (assez peu de chemins existants, tourbières et lacs un peu partout, collines peu fréquentées à l’Est) ont conduit à la création d’un chemin sur la côte Ouest empruntant beaucoup de chemins de ferme, vieilles routes, zones à travers et sections sur la grande route rendant la randonnée un peu monotone et pas des plus agréable. 

De nouveau je m’interroge beaucoup sur ce que la randonnée signifie pour moi. Les Hébrides sont principalement parcourues à vélo et après avoir rencontré et discuté avec plusieurs d’entre eux, je me demande un peu si je n’aurais pas dû faire le chemin à vélo. Mais même si le voyage semble moins contraignant à vélo, les cyclistes sont eux aussi confrontés à la pluie et au vent. 

Demain, Vendredi 5 Juillet, j’attaque la deuxième partie du trajet à travers Harris et Lewis, les deux grandes îles des Hébrides. Harris est plus montagnarde et Lewis offre pas mal d’attractions historiques. J’espère que le temps ne sera pas trop mauvais. 

 

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Randonnées Écossaises
Les montagnes Tröllaskagi - Nord - Islande - © Claire Blumenfeld

Le grand Nord

Pédaler autour de la péninsule de Tröllaskagi et de l’oasis Myvatn.