JOURNAL

Observation des Flamants Roses

Flamants en Camargue

Premier jour en Camargue. Cela doit bien faire une douzaine d’années que je ne suis pas revenue. On allait souvent se balader dans le coin les premières années après que mes parents se soient installés à Beaucaire en 2005, à une trentaine de kilomètres de là. Par la suite j’ai quitté la région pour mes études et je suis partie à l’étranger. Donc aujourd’hui c’est une re-decouverte. En traversant la frontière imaginaire marquant les limites du parc, j’ai l’impression de me retrouver tout de suite dans un lieu un peu différent. Les roseaux entourent les champs, le rythme de vie se fait plus tranquille, les zones humides s’étalent à perte de vue et les oiseaux se font plus présents. En cherchant un sujet de recherche sur la faune sauvage il y a quelques mois alors que je rentrais d’Islande, j’ai tout de suite pensé à la Camargue. Cette grande réserve naturelle sur le trajet des oiseaux migrateurs, dont les Flamants roses à quelques pas de chez mes parents. Je n’ai pas hésité. Et me voilà donc lancée sur la trace des Flamants roses vivant en Camargue.

En regardant sur le site du Parc Régional Naturel de Camargue les endroits où observer les oiseaux, le marais du Vigueirat est apparu en début de liste. J’ai donc décidé d’aller y faire un tour aujourd’hui mi-novembre. Il y a quelques nuages dans le ciel mais le temps est beau. Une minuscule route remplie de trous suit un petit canal pendant une éternité s’enfonçant entre les marais. Au bout, un petit parking au milieu de nul part. L’entrée du marais est payante, c’est une réserve privée. Cela me freine un peu mais je me dis que puisque que je suis là autant aller y faire un tour. Il n’y a pas grand chose dans la réserve. Quelques canards cancanent sur un petit étang, j’aperçois un héron au loin mais absolument pas de Flamants roses. Beaucoup d’oiseaux migrateurs ont déjà quitté les lieux. Je fais le tour du marais, marchant au milieu des roseaux qui crissent sous les rafales de vent. Au moins il y a des libellules. Elles volettent autour de moi, leurs ailes battant à toute vitesse. L’une d’entre elles se pose sur une petite rambarde en bois. Elle semble machouiller quelque chose, sa petite bouche s’ouvrant et se fermant rapidement. Qu’a t’elle attrapé ? Un moucheron ? Un moustique ? C’est la première fois que je vois cela. Ses gros yeux semblent fixés sur moi. Je l’observe pendant un long moment avant de continuer mon chemin. Où sont donc passé les oiseaux ? 

Un peu déçue je quitte la réserve pour me rendre au coeur de la Camargue, à coté de l’étang du Fangassier. C’est là qu’une grosse partie de la colonie de Flamants roses vivant en Camargue se reproduit depuis plusieurs années. La nidification n’a lieu qu’en Avril, je ne risque pas d’apercevoir de nids. En ce moment, c’est la fin de l’Automne et les oiseaux vont bientôt commencer leurs parades nuptiales. Cette zone de la Camargue est remplie d’étangs en bordure de la mer et est protégée par une digue construite en 1859. Cela remonte ! Une petite piste court dessus et je distingue au loin le Phare de la Gacholle. De nouveau pas de traces de Flamants roses. Ma première journée de recherche va t’elle être infructueuse ? Je décide d’aller me balader sur la digue afin de rejoindre le phare. Autour de la digue s’étalent les marais d’eau douce et les sansouires. Salicornes, saladelles, tamaris composent la majorité de la végétation. La lumière est très belle, c’est la fin d’après-midi. Au loin je distingue des centaines de petits points blancs qui cancanent sur une étendue d’eau luisant au soleil. Des mouettes ou des sternes peut-être. Il me semble distinguer un groupe de cygnes également. Pas une variation d’altitude ici, tout est plat. J’ai l’impression de mettre une éternité pour approcher du phare. Un groupe d’oiseaux aux reflets roses gambadent dans un petit étang sur le bord de la digue. Enfin ! Quelques Flamants roses. Ils sont loin, je ne les distingue pas très bien. Je n’ai pas de téléobjectif et je dois me contenter du zoom de mon appareil photo. Tant pis, je fais avec ce que j’ai. Ils ne me paraissent pas encore très roses. Une dizaine d’individus qui fouillent l’eau de leur long cou. Je continue sur la digue pour rejoindre le phare avant que la lumière se mette à tomber. Il y a plein de petites chenilles pâles tachetées de points noirs qui traversent la piste. Elles avancent tranquillement indifférentes aux dangers qui les guettent. Un groupe de cyclistes passe et manque d’envoyer au paradis la petite chenille que j’observais quelques secondes auparavant. Pfiou, elle l’a échappé belle ! De tous petits poissons s’agitent dans un canal. Des hérons cendrés et des aigrettes se posent dans les buissons et salicornes mais ils s’envolent à mon approche. 

Au Phare, une nuée de moustiques m’attaque me signalant l’arrivée de la soirée. En été la Camargue est remplie de moustiques rendant la vie difficile aux habitants et touristes. Encore maintenant, avec les pluies automnales, les petits buveurs de sang envahissent les marais au lever et coucher du soleil. Je suis un peu fatiguée mais il me faut faire demi-tour et faire les cinq kilomètres en sens inverse. C’est long. C’est plat et monotone et la nuit tombe. J’ai mal aux pieds. Dans la pénombre, je distingue la dizaine de Flamants dans l’étang toujours en train de caqueter. L’arrivée de la nuit ne semble pas les empêcher de fouiller la vase à la recherche de proies. Je me demande où est le reste de la colonie, une dizaine d’oiseaux, ça ne fait pas beaucoup. Comment vais-je faire pour les observer de près? 

Observer les Flamants de près

Je suis retournée plusieurs fois durant la semaine en Camargue mais mes journées furent assez infructueuses. Les Flamants sont encore éparpillés en petits groupes et se prélassent sur des étangs et marais assez inaccessibles. À moins d’avoir un très bon téléobjectif, je ne risque pas de voir grand chose. Mais je n’ai pas la possibilité immédiate d’en acquérir un alors il faut que je trouve une autre façon de les approcher. Le Parc ornithologique de Pont de Gau situé du coté du village des Saintes-Maries-de-la-Mer est une réserve et centre de soins privée abritant apparemment beaucoup de Flamants. Je décide de m’y rendre.

Effectivement je suis à peine entrée dans la réserve que je tombe nez à nez avec un groupe d’une cinquantaine de Flamants roses en train de cancaner joyeusement. Les petits étangs derrière sont aussi couverts d’échassiers roses en train de vaquer à leurs occupations. Des petits chemins serpentent au milieu des étangs et je peux observer les oiseaux à quelques mètres seulement ! Certains semblent somnoler, leur long bec formant une boucle sur leur poitrail et leur tête posée à l’envers sur leur dos. La tête cachée entre les plumes je ne distingue qu’un drôle de corps posé sur d’immenses pattes fines. Certains ne sont que sur une patte, l’autre repliée ou suspendue dans l’air formant un angle de 90° presque parfait.

D’autres oiseaux farfouillent la vase à la recherche de petits mollusques ou crustacés. Ils plongent leur long bec dans l’eau pendant un bon moment et semblent faire des cercles sur eux-mêmes, faisant de curieux mouvements avec leurs pattes. En les observant je comprends qu’ils tapotent le sol avec leurs pieds palmés en effectuant un rond sur eux-mêmes. Ils ont les articulations du genou inversées par rapport à celles des humains et leur mouvement des pattes me fait penser à du pédalage en arrière. D’autres oiseaux nagent sur l’eau à la manière des cygnes et canards ne plongeant que la tête sous la surface. À certains endroits, l’eau semble moins profonde et les oiseaux ressortent avec la tête couverte d’une boue liquide, ce qui leur donne un drôle d’aspect un peu monstrueux. Mais la boue ne reste pas bien longtemps accrochée à leurs plumes. À peine quelques secondes plus tard, ils sont de nouveau tout rosés, tout propres.

Un grand nombre de Flamants sont occupés à faire leur toilette. Ils se lissent les plumes, s’aspergent d’eau, utilisent leur cou amovible à quasiment 360° pour atteindre les plumes les plus lointaines. Alors qu’ils déplient leurs ailes je distingue de longues plumes rouge rose magnifiques (les couvertures alaires) se terminant par des plumes noires (les rémiges primaires et secondaires). Quelques individus ont les rémiges abimées, cela doit les empêcher de voler correctement. Lorsqu’ils ont les ailes repliées je ne distingue que le bout des couvertures alaires au niveau du croupion. Quelques bourrasques de vent soulèvent parfois leurs plumes arrières et cela me fait penser à la robe de Marilyn Monroe. Les flamants sont de drôles d’oiseaux au corps très large et massif et pourtant ils ont l’air si élégants !

Le bec du l’oiseau est impressionnant. Rose avec le bout noir et courbé en son centre, il semble ne s’ouvrir que très légèrement. En l’observant de plus près à travers le zoom de mon appareil photo j’aperçois ce qui ressemble à de très fins fanons, comme ceux des baleines (de fines lamelles en kératine). C’est ce qui doit lui servir à filtrer l’eau. Je distingue quelques choses bouger à l’intérieur du bec en fonction de leurs mouvements et j’en déduis que l’oiseau doit avoir une assez grosse langue. Leurs pattes aussi sont toutes roses. Elles sont si fines et paraissent si fragiles que je me demande bien comment ils font pour rester des heures immobiles sur une seule patte. Leurs yeux sont jaunes avec une petite pupille noire. Un oeil de chaque coté de la tête. Je me demande comment ils voient le monde. Les oiseaux ont généralement une très bonne vision mais comment font-ils pour voir en profondeur ? 

Quelques oiseaux ont un plumage gris et blanc et j’en déduis qu’il s’agit de jeunes encore immatures. Même leurs becs et pattes sont encore gris. Certains, un peu plus grands, ont une légère coloration rosée au bout des plumes. La couleur rose s’acquiert donc avec l’âge. Je n’ai aucune idée de comment distinguer les mâles des femelles. Aucune différence ne me saute aux yeux. J’apprendrais plus tard que seule une légère différence de taille (les femelles étant plus petites) permet de les distinguer. 

Tout cela se fait dans un cancanement général assez fort. Le cri des Flamants ressemble à celui des oies. Pour moi, qui suis une humaine à l’ouïe assez peu développée, je ne distingue pas grand chose de différent dans leurs cancanements. Le seul son vraiment différent que j’entends ressemble à ce que chez les humains on pourrait qualifier de « soupir de gorge ». Difficile de mettre des mots sur ce son un peu étrange mais en l’entendant je me suis dit que cela ressemblait un peu à un son humain. En tout cas c’était différent de la clameur générale. Je ne sais pas à quelle occasion ce son est émis. En milieu de journée, la grosse majorité de la colonie rassemblée ici semble somnoler. L’activité ne reprenant vraiment qu’en fin d’après-midi. 

Je fais également le tour de la réserve me baladant au milieu des marais, émerveillée par la présence de nombreux hérons cendrés, aigrettes et hérons garde-boeufs. Il y a même quelques cigognes ! Et puis il y a des ragondins. En grand nombre. C’est la première fois que j’en vois d’aussi près. À ne pas confondre avec un castor, le ragondin à une longue queue fine et des incisives orangées. J’aperçois des adultes avec des petits qui nagent dans l’eau. En m’éloignant des étangs où sont rassemblés les Flamants, j’entends d’étranges sons comparables à des babillements et gémissements de bébé. Je me demande bien ce que cela peut être. Sur un petit îlot au milieu de l’eau j’aperçois deux ragondins que je prends d’abord pour des castors (mais non ils ont bien la queue fine) en grande séance de broutage. Je passe un long moment à les observer jusqu’à ce qu’ils finissent par retourner à l’eau. Un gémissement se fait entendre et un des deux ragondins alors en train de nager pousse un son similaire. Je réalise alors que tous ces cris étranges que j’ai entendu en me baladant auparavant sont en fait des cris de ragondins ! La fin de la journée est proche et je m’en retourne chez moi, émerveillée par l’observation des Flamants et de tous ces animaux si intéressants. 

Parades nuptiales

Enthousiasmée par mes observations de près des flamants au Parc ornithologique de Pont de Gau je décide d’y retourner en ce début décembre pour essayer d’apercevoir les parades nuptiales. C’est le début de l’hiver et d’après les informations données sur le site officiel du Parc Naturel Régional de Camargue, les parades commencent dès maintenant. Elles vont s’étaler tout l’hiver. Me voila donc de retour par une superbe journée ensoleillée. Il n’y a pas grande activité dans la journée, les oiseaux somnolant majoritairement. J’aperçois tout de même un peu à l’écart de la majorité des oiseaux, des groupes d’une vingtaine d’individus en train de faire de curieux mouvements rapides de la tête. Ils enchaînent une suite de mouvements bien définis et je réalise que ce sont des groupes en train de faire les parades. 

Pour chacun des 3-4 étangs où se situe la colonie, il y a un groupe en train de faire les parades. Cela ne ressemble pas tout à fait aux vidéos que j’avais vu sur internet de groupes de flamants en train de parader en Afrique. Sur ce que j’avais vu, les oiseaux étaient rassemblés en groupes bien serrés d’une cinquantaine d’individus effectuant de façon claire et ordonnée la suite des mouvements rituels. Ici en Camargue, je trouve les groupes un peu désordonnés et moins spectaculaires. C’est peut-être parce que ce n’est que le début de la saison. Ou bien les parades en Afrique et en Camargue sont un peu différentes. Peut-être faut-il attendre janvier-février pour que la majorité de la colonie se lance dans les parades ?

Les oiseaux semblent commencer la séquence par un mouvement général en cercle où chacun tourne rapidement la tête de la droite vers la gauche, le cou tendu vers le ciel. Cela dure un long moment dans un cancanent général fort. Cette première séquence semble se conclure par une marche soudaine et rapide dans une direction suivie d’un arrêt des oiseaux. Ensuite commence la deuxième séquence centrée sur la présentation du plumage. Un à un, les oiseaux déplient leurs ailes à la verticale pendant un court instant, avant de s’incliner en avant et déployer une nouvelle fois leurs ailes, cette fois-ci à l’horizontal. Les oiseaux passent ensuite un court instant à se toiletter avant de présenter de nouveau leur plumage. J’ai du mal à distinguer la fin du rituel mais il me semble que celui-ci doit être finit lorsque le cancanent général se fait moins fort. Court instant de répit et les oiseaux reprennent du début. Je ne sais pas si les femelles font le rituel elles-aussi. J’apprendais plus tard, que oui, les femelles participent comme les mâles mais effectuent des courbettes lors de la deuxième partie laissant la présentation du plumage aux mâles. 

Pour l’instant je n’ai pas l’impression de voir de couples se former. C’est encore trop tôt je pense. En lisant les pancartes descriptives autour du parc j’apprends que les couples formés ne se quittent plus et s’attellent ensuite à la construction du nid, une tourelle de boue toujours sur un îlot, afin d’être prêts pour la nidification ayant lieu en avril. J’apprends également que les oiseaux se rassemblent lors des parades par niveau “de danse” : les meilleurs danseurs vont attirer les oiseaux de niveau similaire. 

J’aperçois par contre plusieurs oiseaux en train de se donner des coups de becs, de se pousser le poitrail et même de montrer des attitudes de domination sur leurs semblables. Je n’avais pas trop vu cela la fois dernière. Peut-être des rivalités entre males pour la recherche de partenaires ? Ou bien des mécontentements dans la recherche de nourriture ? Les affrontements ne semblent cependant pas être très violents, les oiseaux se donnant principalement des coups de becs. Celui-ci ne pouvant s’ouvrir grandement et n’étant pas très affuté, cela semble limiter les dégâts. Les quelques oiseaux aux ailes abimées que j’ai observé la fois dernière me reviennent en mémoire et je me demande si cela est du à des affrontements ? Ou bien se sont-ils abimés les ailes dans des clôtures ? Ou lors de mauvaises rencontres avec des humains ? Difficile à savoir. Les flamants roses adultes n’ont pas de prédateurs et la vie est plutôt calme en Camargue. Un sujet à creuser…

Contrairement à la fois dernière, il n’y a que très peu de vent aujourd’hui et la surface de l’eau sur les étangs est très calme. Cela crée de superbes reflets des oiseaux ressemblant à des aquarelles formant des miroirs presque parfaits. C’est très beau. Je me rends compte à quel point l’esthétisme de l’oiseau est fascinant. C’est en grand partie du à ses longues pattes et son long cou qui permettent de dessiner un miroir si surprenant. La Camargue, en bordure de la mer Méditerranée, possède un micro-climat un peu particulier : beaucoup de vent, de nuages et de courts orages. C’est assez rare d’avoir de superbes journées sans une once de nuages dans le ciel. Généralement le coucher de soleil est camouflé par les nuages bas. Mais pas aujourd’hui. La lumière de fin de journée est magnifique, déposant des reflets dorés sur les étangs et sublimant le paysage. Les flamants sont encore plus beaux enveloppés de cette lumière chaude. C’est la meilleure occasion pour prendre des photos et vidéos et je passe la fin de l’après-midi, le sourire aux lèvres à observer les oiseaux.  

Vols et comportements

La fin de l’année se rapproche et avec elle les températures de l’hiver. Il a énormément plu ces dernières semaines causant de grosses crues à répétition en Provence. Le Rhône est monté de plusieurs mètres et les remparts qui entourent Beaucaire (la petite ville où vivent mes parents en bordure du Rhône) ont été fermé plusieurs fois afin d’éviter que l’eau ne rentre dans la ville. Mes parents ont l’habitude, cela arrive presque tous les ans. Mais chaque année, les crues se font de plus en plus fortes. Un effet lié au changement climatique. En Camargue, les crues n’ont pas eu trop d’impact et heureusement les marais n’ont pas été inondés.

Je suis retournée plusieurs fois me balader en Camargue, autour du Phare de la Gacholle, dans les anciens marais-salants de Fos-Sur-Mer, dans les marais en bordure de Port-Saint-Louis-du-Rhône et autour de l’étang du Vaccarès pour m’imprégner de l’atmosphère tranquille de cette saison, observer la nature et réaliser des photos et vidéos. Dans les marais juste en bordure de la mer à coté de Port-Saint-Louis, il y a de nombreux flamants roses. Ils sont en train de prendre une coloration de plus en plus rosée. J’aime bien cet endroit, il y a une longue langue de plage et de dunes qui s’enfonce dans la mer formant une petite baie protégée avec de nombreux petits îlots. Il reste encore quelques vieilles baraques de pêcheurs dans un style traditionnel (recouvertes de chaux blanche) et des tas de mouettes rieuses, goélands railleurs, sternes caugek, cygnes et petits oiseaux y ont élu domicile en plus des flamants. Pourtant de l’autre coté de la baie se trouve une grande zone portuaire et industrielle qui a forcément des répercussions environnementales. Mais cela n’a pas l’air de gêner les oiseaux. Cela illustre bien la Camargue je trouve, entre réserve naturelle et lieu de vie humaine. 

Quelques jours avant Noël je retourne au Parc ornithologique de Pont de Gau. Le temps est moins beau que la fois dernière et les oiseaux semblent bien calmes. Les groupes effectuant les parades sont toujours là mais je n’ai pas l’impression qu’il y en ai plus. En m’approchant un peu trop brusquement du bord de l’eau, je fais fuir de quelques mètres un groupe de flamants. Je m’en veux instantanément et cela fait remonter à ma mémoire l’incident déclenché l’année dernière lors de le réalisation d’un documentaire par Nicolas Vanier sur les flamants roses de la Petite Camargue. En survolant de beaucoup trop près avec un ULM une zone sensible abritant une colonie en plein travail de nidification, l’équipe de tournage avait effrayé les oiseaux et provoqué l’abandon d’un grand nombre de nids. Il est très important de garder une bonne distance face aux animaux afin de limiter au maximum notre impact sur leur comportement. Je me dis que si je continue d’observer les flamants notamment durant leur période de nidification, il va falloir le faire avec le plus grand respect et en acceptant qu’il ne soit peut-être pas possible pour moi de m’approcher de près. Le respect de la protection de l’oiseau est plus important que la recherche de réalisations écrites, photographiques et vidéos spectaculaires. L’observation et la compréhension des espèces animales et végétales est essentiel mais il faut que cela soit fait avec une attitude respectueuse en évitant d’avoir des impacts négatifs.

L’après-midi est tranquille au parc et j’observe un groupe de hérons cendrés en train de faire leurs nids. Plusieurs oiseaux me survolent avec une brindille dans le bec. Un des hérons se pose sur un petit îlot où une dizaine de nids sont déjà construits dans les tamaris. L’oiseau plonge la tête dans les buissons et récupère une brindille d’une bonne cinquantaine de centimètres qu’il va déposer sur un nid juste au dessus, l’intégrant à la structure. Le nid est très gros, semblable à ceux des cigognes. En feuilletant plus tard un livre sur la faune du littoral j’apprends que ce sont les mâles qui se chargent de la récolte des matériaux et les femelles qui les disposent. L’oiseau que j’ai vu à fait un peu des deux, était-il mâle ou femelle ? 

En fin d’après-midi, la colonie de flamants se réveillent et les cancanents reprennent allègrement. J’observe les oiseaux qui volent. Quelques uns passent d’étangs en étangs survolant les buissons. Ils font souvent le même trajet, s’envolant à grands coups d’ailes vers le ciel, s’élevant de quelques dizaines de mètres avant de faire de grands tournants pour s’orienter dans la direction voulue. Une fois en vol, cou et pattes tendus, leurs ailes rouges battent à un rythme rapide provoquant presque l’illusion d’en avoir quatre. L’arrivée sur l’eau est quelque peu maladroite, le flamant planant en fonction des courants d’airs effectuant plusieurs survols en cercle avant d’atterrir les pattes tendus vers le sol. Il semble presque marcher sur l’eau en touchant terre. Certains semblent se réceptionner un peu maladroitement ou se prennent les pieds dans quelque chose puisqu’ils passent plusieurs secondes une fois à terre à battre des ailes pour rétablir leur équilibre. Je trouve que c’est à la fois très beau et un peu cocasse.

Cette fois-ci je reste plus longtemps que les fois précédentes, observant le soleil qui disparait derrière l’horizon et la nuit qui tombe. Une fois le soleil couché, les flamants s’élancent en grands groupes dans le ciel, survolant les marais en de superbes vols rouges et noirs. Ils semblent quitter les étangs où ils se nourrissent pour se déplacer vers d’autres étangs où ils vont passer la nuit. Ces grands vols ne se déclenchent qu’en soirée. Un des oiseaux s’est élancé et le reste a suivi, j’ai eu l’impression. Dans la journée, je n’ai observé que des vols individuels. J’observe les oiseaux qui s’éloigne, leurs cancanements s’estompant dans le lointain. 

Mimétisme

Les fêtes sont finies et la nouvelle année est arrivée. Cela fait une grosse semaine que nous sommes passés à 2020. Je retourne en Camargue afin d’aller prendre de nouvelles photos des Flamants roses en vue d’un concours photographique ayant lieu en Mai. Le Festival de la Camargue. Le Père Noël n’a pas déposé de téléobjectif dans la cheminée (vu le prix je ne lui en veux pas) et je suis encore et toujours limitée dans mon approche photographique. Il faut faire avec. Cette fois-ci j’ai décidé d’essayer autant que possible de prendre les flamants au ras de l’eau et en contre-plongée. Afin de mettre en avant leur corps longiligne et de donner l’impression d’être au plus près d’eux. 

Me voila de retour au parc ornithologique de Pont-de-Gau. C’est un dimanche et il y a beaucoup plus de monde que lors de mes visites précédentes. L’atmosphère est différente et j’ai un peu de mal à m’immerger dans l’environnement. Plusieurs groupes d’oiseaux sont en train de faire les parades. Les autres semblent somnoler dans la traditionnelle posture du cou replié sur le corps en équilibre sur une patte. L’alignement des cous repliés forme un motif fascinant. En observant le groupe dormir je me rends compte que par instants leurs cancanements doublent en puissance. À chaque fois qu’un flamant se déplace au milieu du groupe, il semble réveiller les autres qui se mettent alors à lui cancaner de façon mécontente dessus et à lui envoyer des coups de bec ! Cela ne dure que quelques secondes jusqu’à ce que l’oiseau s’arrête et le calme reprends. Mais dès qu’un oiseau se déplace, il se fait houspiller par ses voisins ! Surprenant. Je n’avais pas remarqué cela de façon si évidente lors de mes précédentes visites. Pourquoi les oiseaux réagissent-ils de cette façon au passage d’un de leurs congénères ? Défendent-ils un territoire ? Sont-ils mécontents ? Ou bien s’agit-il de groupes où les couples sont déjà formés ? Il m’a semblé voir plusieurs fois un flamant plus large (probablement un mâle) repoussant « l’intrus » alors qu’il passait aux cotés d’un flamant plus petit (une femelle à priori). Les oiseaux sont-ils en train de défendre leur couple ? Ont-ils pour volonté de se battre ou simplement de se faire remarquer ? Sont-ils plus agressifs maintenant alors qu’ils sont en pleine recherche de partenaires ? 

J’ai lu récemment un livre intitulé « Habiter en oiseau » de Vinciane Despret qui interroge sur notre approche du territoire chez les oiseaux et révèle que la signification de celui-ci peut être multiple. Et que notre conception humaine limitée du territoire nous empêche bien souvent d’en comprendre la réelle signification chez les oiseaux. Les Flamants roses sont-ils des oiseaux territoriaux ? Que veut dire la territorialité au sein d’une colonie ? Un univers entier de recherche semble s’ouvrir à moi. 

Je continue également d’observer les mouvements des flamants fascinée par la beauté qui s’en dégage et par le mimétisme et la synchronicité qui semblent se mettre en place. Comment est-il possible que plusieurs oiseaux se mettent soudainement à faire le même geste ? Que ce soit par le plus total des hasards (deux oiseaux se lavant de la même façon) ou bien lors des parades (où le groupe entier effectue les mêmes mouvements). Cette quasi-chorégraphie n’est-elle évidente que pour l’observateur ? Ou existe t’il réellement une harmonie au sein de la colonie ? Est-ce que le fait de vivre ensemble synchronize les oiseaux ? Est-ce cette harmonie qui dégage des oiseaux et de la colonie cette impression de beauté ? Comment communiquent t’ils ? Je me dis qu’il faudrait se concentrer également sur l’analyse de leurs cancanements pour en comprendre un peu plus. 

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Détail

Fin 2019, début 2020, j’observe le comportement et l’esthétique des Flamants roses vivant en Camargue. Située en bordure de la mer Méditerranée dans le sud de la France, la Camargue accueille une colonie de Flamants roses installés de façon permanente dans le delta. C’est un des lieux les plus propices à l’observation de l’oiseau. 

Détail

Fin 2019, début 2020, j’observe le comportement et l’esthétique des Flamants roses vivant en Camargue. Située en bordure de la mer Méditerranée dans le sud de la France, la Camargue accueille une colonie de Flamants roses installés de façon permanente dans le delta. C’est un des lieux les plus propices à l’observation de l’oiseau. 

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par Claire Blumenfeld

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Claire Blumenfeld. La trentaine. Passionnée de nature, voyages et découvertes. J’observe le monde, la vie autour. Je cherche des réponses sur moi-même. Entre carnets, photos, vidéos et notes, voici les chapitres de ma vie. Le récit de mes errances.

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