Traditional japanese food - Inn - Oboke - © Claire Blumenfeld

Randonnée dans la vallée de l’Iya

VALLÉE DE L’IYA

Vendredi 27 Novembre, épart en train à 9h du matin de Minami. Direction la Vallée de l’Iya. Située au coeur de la montagne, dotée de gorges profondes et d’épaisses forêts, le lieu est rentré dans l’histoire puisqu’à la fin du 12ème siècle, suite à la guerre de Gempei, les derniers membres du clan des Heike (grande famille historique japonaise) après leur défaite contre les Minamoto, trouvèrent refuge dans la vallée. Apparemment leurs descendants vivraient toujours dans la vallée.

Six heures de trajet (avec une escale d’une heure), 3 trains différents et quasiment la moitié de Shikoku parcouru. Le paysage défile sous mes yeux. Alternance de petites bicoques traditionnelles, de maisons plus récentes et de plantations agricoles. Le trajet du train suit une grande vallée où se concentre la plupart des villages des environs.

Il fait vraiment chaud dans le train et le trajet est un peu long, je finis par somnoler. Vers 14h30 nous quittons la plaine pour nous engouffrer dans les montagnes. Les lieux se font plus escarpés. J’ai parfois l’impression que le train circule suspendu dans les airs. À 15h j’arrive enfin à la station d’Oboke, une des gorges de la Vallée de l’Iya, mon terminus.

Quelques maisons sont accrochées à la montagne, concentrées autour de la gare et des deux principales routes. Le soleil a cédé sa place aux nuages. Après une petite discussion avec la dame tenant le point d’information au niveau de la gare, je m’oriente vers le Lapis Oboke à une quinzaine de minutes de marche à pied. Il s’agit d’un centre d’information, magasin de souvenirs et musée consacré à la géologie et aux yôkai du coin. Le trajet me donne un avant-goût de ce que je vais voir ces deux prochains jours : petites bicoques perchées en suspension au dessus de la rivière en contrebas, escaliers brinquebalants, petits sanctuaires un peu partout… et la montagne.

J’arrive au Lapis Oboke et Ô miracle, il propose du wifi gratuit !! J’en profite pour vérifier mes mails, mes réservations et récupérer des informations. Je demande aux deux dames à l’accueil s’il existe des cartes de randonnées du coin, mais les seules cartes qu’elles me proposent ne sont pas très détaillées et ne montrent que les petites routes menant aux différents lieux touristiques. Moi qui voulait partir en randonnée dans les montagnes sur des petits chemins, je crois que ça à l’air un peu compromis.

Le Lapis Oboke est un lieu très sympa, avec un petit magasin de souvenir et surtout un musée dédié aux yôkai locaux (créatures surnaturelles dans du folklore japonais) et aux pierres du monde entier. Je n’ai pas le temps de le visiter ce soir mais je reviendrais dans les prochains jours.

A few houses around Oboke station - Oboke - © Claire Blumenfeld

Oboke Valley - Oboke - © Claire Blumenfeld

Je retourne à la gare d’Oboke pour téléphoner à l’auberge où je loge afin que le propriétaire vienne me chercher en voiture, comme convenu. Mais c’est peine perdue ! La dame que j’ai au téléphone ne me comprends pas et moi non plus ! Je téléphone donc à Michiko qui téléphone à l’auberge (Merci Michiko !!). Quinze minutes plus tard, arrive en voiture un petit monsieur tout souriant qui m’amène donc à l’auberge, sur un petit chemin à flanc de montagne.

Arrivée à l’auberge, enfilage de chaussons, puis découverte de ma chambre. Superbe !! Comme à Minami, tatamis au sol, cloisons coulissantes, mais en plus la chambre est gigantesque et il y a des décorations un peu partout : murs sculptés, dessins sur les cloisons, objets décoratifs, un superbe pot dessiné et… UN ARC JAPONAIS !! Un arc japonais gigantesque, très simple mais magnifique avec un carquois où je découvre des flèches. L’ensemble a été utilisé. Je ne sais pas de quand il date mais j’aimerais bien le savoir.

L’auberge est en fait un espèce de ryokan tout neuf (auberge traditionnelle japonaise). On se croirait dans une maison d’autrefois. Par contre comme c’est des cloisons partout, zéro isolation sonore ! Croyant avoir affaire à un placard, je tire une des cloisons pour me retrouver dans la chambre d’à coté !!! Heureusement que je suis la seule cliente ! Quand y’a du monde, merci la tranquillité ! Le monsieur et la dame tenant l’auberge me convient ensuite au repas. Je me retrouve dans une pièce à coté de leur cuisine, typiquement de l’époque avec tatamis au sol, table basse et une alcôve au centre servant à faire du feu pour faire chauffer la bouilloire à thé qui pend du plafond ! Il ne manque plus que des kimonos, enlever la télé qui trône dans un coin, allumer le feu et on se croirait revenu dans le passé.

Sur la table m’attend une dizaine de plats différents : un poisson cuit, de la viande, un bol de riz, une orange, de la soupe miso, de la salade, des concombres et d’autres plats dont je n’ai aucune idée de ce qu’ils contiennent. Je me dit que je ne vais jamais pouvoir tout avaler mais il s’avère que si. Et je mange tout ! (sauf une espèce de petite crème rose, beaucoup trop épicé pour moi, qui s’avère être après avoir demandé, l’assaisonnement pour la salade (je me disait aussi que des feuilles de salade sans assaisonnement,  c’est un peu sévère quand même). C’est fait à partir de prunes salées ou « umeboshi » que l’on fait macérer dans du sel.

Après le repas, le monsieur et la dame me demande ce que je prévoie de faire de demain. Je leur dis que je veux aller voir le pont Kazurabashi (un des derniers pont en lianes de la région). Il s’avère que c’est à une bonne vingtaine de kilomètres à pied. Ça fait loin ! Je vais donc devoir faire le trajet en bus. Ils se mettent alors à planifier tout le trajet, me montrent les horaires de bus, m’entourent le départ (8h56 à Oboke pour arriver à 9h25) et le retour (15h05 pour être revenu à 15h32 à Oboke) et me disent de les appeler une fois arrivé à la station d’Oboke pour qu’ils viennent me chercher en voiture pour me ramener à l’auberge. C’est très gentil de leur part mais j’avais prévu de vadrouiller tranquillement dans les montagnes. Enfin bon je verrais demain. Je ferais surement une partie du trajet à pied (histoire d’aller voir d’autres lieux un peu moins touristiques) et l’autre en bus. J’ai les horaires de bus en poche et leur numéro de téléphone (le monsieur très gentil m’a dit de l’appeler quand je veux).

Ensuite vient l’heure du bain. Le monsieur me conduit à une petite construction à l’extérieur (mon dieu, qu’il fait froid !), où se trouve un bain traditionnel japonais ! Un mini onsen pour moi toute seule ! Il me montre l’intérieur : l’endroit pour se doucher et un espèce de petit puit où l’on se plonge pour se relaxer (houla mais ça à l’air profond ce truc). Il allume le feu sous le puit et me dit de revenir dans une vingtaine de minutes, le temps que l’eau chauffe. Le petit « puit » s’appelle en fait un  « goemonburo » (c’est une baignoire ronde avec la partie inférieure en fonte et dont le foyer pour faire le feu se trouve juste en dessous). Retour à ma chambre, où il fait un froid de canard (heureusement qu’il y a la clim qui fait office de chauffage, que je mets en route) où je déballe mes affaires. Je me rends ensuite au bain. Lavage éclair parce qu’il ne fait pas chaud malgré les volutes de chaleur sortant du puit. Propre me voila prête à me plonger dans l’eau chaude, à faire l’expérience de mon premier bain japonais, mais impossible de rentrer dans l’eau ! C’est beaucoup trop chaud. J’ai l’impression que je vais m’ébouillanter. Je n’arrive même pas à poser le pied au fond ! J’ai beau rajouter de l’eau froid, ça reste beaucoup trop chaud. Comment il font les japonais ??? je me dis que si je sors tout de suite de la cabane, les propriétaires vont penser que je n’ai pas apprécié. Du coup, je reste là à grelotter pendant une bonne quinzaine de minutes à faire trempette du bout des doigts de pied. Même au bout de quinze minutes, l’eau reste toujours trop chaude pour moi. Avec un petit sentiment d’échec et de frustration, j’enfile mes habits et sors de la cabane. Le monsieur de l’auberge était rester dehors pendant tout le temps pour s’assurer que tout aller bien et pour s’occuper du feu ! Heureusement que je ne suis pas ressortie tout de suite. Il me montre les étoiles. Première fois que je les vois depuis que je suis au Japon. Et je m’en retourne à ma chambre.

Goemonburo - Inn - Iya Valley - © Claire BlumenfeldMARCHE À TRAVERS LA VALLÉE

Samedi 28 Novembre, réveil à 7h pour un petit déjeuner traditionnel japonais, qui ressemble à un repas normal : thé, riz, soupe miso, poisson, algue séchée, autres plats inconnus au bataillon, mandarine et yaourt. De bon matin, j’ai un petit peu de mal à tout avaler.

One of my breakfasts - Inn - Iya valley - © Claire Blumenfeld

Je prends ensuite le bus qui me conduit au pont Kazurabashi (Le pont fait de lianes tissées fait 45 mètres de long et est suspendu à 14 mètres au dessus de l’eau. L’origine de sa construction est incertaine. Une histoire raconte que ce sont les membres du clan Heike qui construisirent des pont en lianes de façon à pouvoir les couper en cas de poursuite ennemie. L’autre raconte que c’est Kobo Daishi, bouddhiste à l’origine du pèlerinage des 88 temples de Shikoku qui construisit le pont pour aider les villageois à se déplacer plus facilement). Arrivée à l’arrêt de bus, je m’attends à devoir marcher un peu dans la forêt à flanc de montagne pour rejoindre le pont mais non, il se trouve juste à coté de la route. L’endroit est complètement aménagé : parking, magasins de souvenirs, restaurants… Cela perd beaucoup de son charme. D’autant plus qu’il fait gris. Déçue, je me décide quand même à acheter un ticket permettant de traverser le pont. Heureusement la traversée me remonte le moral. Le pont est très beau et la traversée est très impressionnante : la structure parait fragile, les planches du pont sont espacées (on peut voir la rivière en contrebas) et le pont se balance sous les mouvements des touristes. Mieux vaut ne pas avoir le vertige ! Je reste un certain temps sur le pont, essayant de m’imaginer à quoi ressemblait le lieu autrefois. J’essaye de visualiser les habitants vêtus de kimono et geta (chaussures traditionnelles) traverser le pont tous les jours. Ça ne devait pas être facile.

Je vais ensuite jeter un oeil à la cascade Biwa-no-taki, cascade de 50mètres de hauteur, qui n’a rien de bien particulier. Tout le monde se fait prendre en photo devant. Je me balade un peu dans les alentours. J’ai froid, il fait moche, je suis déçue et j’ai un espèce de sentiments de manque coincé dans l’esprit : il est où le Japon des films de Hayao Miyazaki ? Ils sont où les yôkai et autres monstres folkloriques ? La seule chose qui me rappelle un peu le Japon ancestral, ce sont les petites baraques de nourritures qui font cuire des yakitori (brochette de poulet), yakisakana (brochette de poisson)dango (boulettes à base de mochi) et même des brochettes de pommes de terre.

Fish fries - Kazurabashi bridge - Iya Valley - © Claire Blumenfeld

Prochaines étape, une ancienne maison de samouraï (appartenant à la famille Kita) plus loin dans la vallée et à flanc de montagne. Un bus fait le trajet du pont Kazurabashi à un arrêt de bus situé dans un autre village en bas dans la gorge. Depuis l’arrêt de bus il faut quarante-cinq minutes pour accéder à la maison. Le prochain bus ne passe que dans une heure. Après discussion avec un autre chauffeur qui me dit qu’il me faut environ une heure et demie à pied pour rejoindre le village, je me mets en marche d’un bon pas. Enfin un peu de randonnée. Par contre, je marche sur la route. Une petite route de montagne certe, mais avec des voitures passant toutes les cinq minutes. Pas terrible.

Au détour d’un virage, j’aperçois furtivement une petite dizaine de singes traversant la route et se déplaçant dans les arbres ! Ce sont les fameux macaques japonais à la face rouge. Cela faisait un petit moment que j’entendais des cris étranges que je pensais être un oiseau mais non il s’agit de singes. Apparemment la forêt à l’air d’en abriter pas mal.

Je continue mon trajet qui s’avère beaucoup plus long que prévu ! Il y avait en fait une bonne quinzaine de kilomètres à parcourir ! Après 3h30 de marche j’arrive enfin au petit village vers 14h. N’ayant toujours pas mangée, c’est avec bonheur que je tombe sur une échoppe minuscule faisant office de konbini du coin. Sandwich saucisse-mayonnaise, gâteaux et mandarines. Bonheur.

Le dernier bus pour me ramener à la station d’Oboke passe à 16h40. Il ne faut pas le rater sinon je serais coincée au milieu de nulle part. J’attaque l’ascension pour rejoindre l’ancienne maison de samouraï, 4,5 kilomètres plus haut. Une heure plus tard, j’arrive enfin à destination. Il fait toujours aussi moche, j’ai froid et je suis fatiguée. Personne en vue, pas un seul bruit, le lieu fait vraiment austère et triste. Je suis accueillie par une petite mamie, un peu surprise de me trouver ici. La maison est très belle (mais il y fait un froid glacial). Le  toit est en chaume avec une structure faite de bambous. Tatamis, shôji (portes coulissantes), âtre dans la pièce principale, poutres en bois sculptées, une armure de samouraï, vieux outils et poteries, la visite n’est pas très longue mais intéressante !

Old samurai house - Iya Valley - © Claire Blumenfeld

En ressortant de la maison, je suis accueillie par quelques rayons de soleil ! C’est fou comme la vision du soleil peu vous remonter le moral. Étant un peu pressée par le temps, je décide de faire la descente en courant. J’arrive à l’arrêt de bus avec une avance de quinze minutes (ouf) mais avec les cuisses en souffrance.

Iya Valley - © Claire Blumenfeld

Retour à l’auberge où une famille japonaise est venue passée la nuit. Ils sont logés dans la chambre à coté de moi. Adieu l’intimité. Heureusement ils ne sont pas bruyants du tout. Repas du soir (légumes en tempura (beignets frits), soupe miso, poisson, viande…)

Deuxième tentative dans le goemonburo. Cette fois-ci l’eau est moins chaude et j’arrive à rentrer dans le bain ! Je me prélasse entourée de yuzu (hybride de mandarine et de citron). Complètement réchauffée et bien fatiguée, je m’en retourne à ma chambre.

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