Pourquoi je suis déçue par mes relations à Arkaroola

Aujourd’hui c’est Mercredi 20 Septembre. Cela fait plus de deux mois que je travaille à Arkaroola Wilderness Sanctuary. Et malgré la beauté de lieu, le travail intéressant, le rythme relativement calme et la sécurité (hébergement, repas et wifi fournis et une paie pas trop mauvaise), je ne m’y sens pas bien. Ou plutôt je ne m’y sens plus bien.
Le premier mois fut celui de la découverte, de l’émerveillement, de l’apprentissage.
Le second mois fut celui des accrochages, des angoisses, de la déception et du mal-être.
Que c’est il passé qui a complètement chamboulé mon appréciation de l’expérience ?

J’ai toujours eu pas mal de problèmes concernant les relations sociales. Interagir avec les autres à toujours été associé à beaucoup d’interrogations, de déceptions et d’incompréhensions. Apparemment, je ne comprends pas les autres. Et je ne comprends pas pourquoi je n’arrive pas à les comprendre. Depuis que j’ai commencé à voyager, cela n’a pas changé. Lorsque j’ai quitté la France, il y a presque deux ans, j’avais en tête de partir un an au Japon.  Le pays n°1 sur ma liste des endroits à visiter. Ce voyage à l’autre bout du monde devait me changer mentalement et physiquement. J’allais enfin trouver qui j’étais vraiment, venir à bout de ces sentiments de mal-être et de déception qui m’habitent depuis des années et avoir des échanges relationnels réussis.

Bien sûr ce ne fut pas le cas. J’ai passé six mois assez difficiles au Japon, remplis de solitude et d’incompréhensions. Tout ne fut pas mauvais, au contraire. J’ai vu des choses magnifiques, fait des expériences incroyables et j’ai beaucoup appris. Mais ce qui m’a marqué fut ce sentiment de solitude extrême associé à des échanges difficiles. Oui, c’est normal. Le Japon est un pays très différent de la France, les gens s’y comportent différemment et la barrière de la langue est un obstacle dur à surmonter. J’étais très certainement naïve de penser que voyager quelques mois au Japon allaient être capable de trouver la solution à tous mes problèmes.

Plutôt que de m’obstiner et de finir dégoutée de ce pays que j’aime tant, je me suis envolée pour la Nouvelle-Zélande. Là c’était sûr j’allais probablement être capable de changer. Le pays des grands espaces et de la randonnée. Tout ce que j’aime. Cette fois, j’y ai passé un an et malgré toutes les magnifiques choses que j’ai vu et les superbes expériences que j’ai faites, le sentiment est mitigé concernant les relations sociales. Même dans un pays à la culture très européenne et sans trop de problèmes de compréhension (je parle relativement bien anglais), je n’ai pas eu, ou pas réussi, à avoir des échanges avec les autres très réussis. De nouveau je me suis sentie très seule. J’ai bien rencontré quelques personnes avec qui l’échange à très bien fonctionné mais le reste du temps fut assez décevant. J’ai eu plusieurs accrochages probablement dû à des attentes trop élevées et j’ai passé presque l’année entière sans véritables amis. Et ne parlons même pas des relations amoureuses. J’ai toujours été une solitaire mais à 28 ans, j’ai l’impression que j’ai vraiment besoin de trouver un contact réel, un échange vrai. Que cela soit un ami(e) ou un partenaire, cela n’a pas d’importance. J’ai juste besoin de partager ce que je vis avec quelqu’un.

Me voici donc en Australie depuis Juillet. Mon plan initial lorsque j’ai quitté la NZ, était de travailler pendant six mois, voyager dans le pays pendant deux mois puis aller parcourir l’Asie à vélo. Maintenant que je suis en Australie avec un visa d’un an je pense bien y rester et profiter de l’intégralité de l’année pour découvrir le plus de choses possibles.
C’est aussi pourquoi il est probablement bientôt temps de quitter Arkaroola. Je pensais y passer six mois mais après deux mois et demi je pense qu’il vaut mieux aller voir ailleurs. Le pays est tellement grand que passer six mois dans un même endroit c’est peut-être un peu dommage. Associé à cela, une expérience de nouveau très mitigée des relations sociales, mieux vaut se rendre à l’évidence.

Arkaroola est perdu au milieu des Flinders Ranges. C’est ce que l’on appelle un Outback Resort. Cela veut dire très peu de contacts avec l’extérieur, avec la « civilisation ». Juste la nature semi-désertique et les touristes qui débarquent tous les jours. Ça ne me dérange pas, au contraire. J’aime la nature, les randonnées, le calme et travailler dans l’hospitalité ne me pose aucun problème. Echanger au quotidien avec les touristes de passage est un de mes petits plaisirs. Mais la plupart de temps l’échange reste très superficiel. Les personnes avec qui je pourrais avoir des échanges plus approfondis sont mes collègues de travail. Mais cela n’est pas le cas. J’ai bien une ou deux personnes avec qui j’ai des échanges un peu développés que simplement amicaux mais cela s’arrête là. Alors où est le problème ?

Probablement que les gens avec qui je travaille sont tout simplement différents de moi. Déja ils sont (presque) tous Australiens. La plupart ont vécu une grande majorité de leur vie dans l’Outback et leur rythme de vie et façon de voir les choses est différente de la mienne. L’équipe est composée d’une vingtaine de personnes, allant de la vingtaine d’années à la soixantaine. Ils sont gentils mais pas très chaleureux. Ou c’est ce que je ressens. Demandez à quelqu’un d’autre il vous dira probablement autre chose. Mais à part avec quelques personnes, je ne ressens pas de « chaleur » dans les échanges. Les gens sont très détachés et individuels. C’est peut être la vie qui veut ça. Alors c’est sûr que lorsque l’on vit et travaille en permanence avec les mêmes personnes et que cela n’accroche pas vraiment, c’est pas la grande joie. J’ai eu plusieurs accrochages ce dernier mois avec quelques personnes de l’équipe et avec la manager qui m’ont pas mal chamboulé et déprimé. J’ai, pendant un temps, un peu perdue de vue mes objectifs de voyage et ma volonté de changer. Mais heureusement depuis deux semaines j’essaye de relativiser ce qui m’arrive, de me concentrer sur les choses essentielles. Pas la peine d’insister, il y a des gens avec qui l’échange ne marche pas. Mieux vaut prendre l’ensemble comme une expérience et apprendre de ce qui m’arrive.

Mais peut-être que le problème vient de moi. Très certainement qu’une bonne partie du problème vient de moi. Malgré tous mes efforts pour arrêter ça, j’ai toujours des attentes beaucoup trop élevées. Que ce soit par rapport aux expériences, visites ou rencontres, j’en attends toujours beaucoup trop. Je pose, sur des gens que je viens de rencontrer, différents de moi, mes attentes. Et inconsciemment j’attends d’eux qu’ils répondent à mes angoisses et mes questionnements existentiels. Et je finis toujours déçue. On pourrait penser qu’après deux ans de voyage, j’aurais enfin appris la leçon, mais apparemment ce n’est pas le cas. Et même si j’ai commencé à changer, le changement n’est pas encore assez grand pour être visible. Cette expérience à Arkaroola est probablement une des plus dures (concernant les échanges relationnels) que j’ai vécu depuis que j’ai commencé à voyager. Oui, probablement plus dur que ce que j’ai pu vivre au Japon. Comme quoi ce n’est pas la barrière de la langue, le problème. C’est peut-être simplement mon caractère, les gens que je rencontre et l’environnement où je les rencontre. Mais toutes ces difficultés et déceptions m’auront peut-être appris au moins deux choses. Apparement soit je suis faite pour travailler de façon solitaire sans équipe. Soit j’ai besoin d’être dans un environnement permettant plus d’échanges (une équipe plus grande ou tout simplement ne pas vivre et travailler sur le même lieu). Je n’ai pas encore trouvé quelle est la situation juste pour moi. La deuxième chose que m’a appris ce séjour dans l’Outback, c’est que la beauté d’un environnement n’est pas suffisante pour effacer le manque d’échanges relationnels. Arkaroola a beau être magnifique, le manque d’échanges réussis en font une expérience mitigée à l’heure où j’écris ces lignes.

4 commentaires

  1. Hello ma petite Claire, c’est un article très émouvant que tu nous as fait là. Je pense que tu prends la bonne décision en voulant partir. Déjà parce qu’en effet, tu as plein d’autres aventures à vivre ailleurs en Australie et ensuite parce que c’est dommage de persister dans une situation qui ne te met pas à l’aise.
    En tout cas, je suis sure que tu finiras par trouver ce que tu es venue chercher.
    Et même si c’est pas facile tout les jours, t’es forte et courageuse, quelque soit tes objectifs, tu finiras par les atteindre 🙂
    ~Des bisous (et oui, on continue de penser à toi en France ! )

    1. Bonjour Pauline !
      Je suis très contente d’avoir de tes nouvelles :). Comment vas-tu ? Comment se passe ta vie en France ?
      Merci beaucoup pour ton retour et tes encouragements. Ou c’est assez difficile parfois. Au moins c’est formateur !
      J’ai quitté Arkaroola, il y a une semaine. C’était probablement la meilleure chose à faire. Je suis Kangaroo Island maintenant à faire du HelpX pendant un mois. C’est un période un peu moyenne en ce moment (un peu fatiguée et sans beaucoup d’inspirations créatives) mais je suppose que c’est normal ! 🙂
      Je t’envoie aussi plein de bisous et j’espère que tout se passe bien pour toi !

  2. Claire,
    Votre ressenti nous a beaucoup ému. Nous avons lu votre message, car nous cherchions des informations sur la Nouvelle Zélande et l’Australie sur les blogs et voilà que nous sommes tombés sur votre cri du coeur. Ce n’est pas habituel mais j’espère que ça va mieux pour vous maintenant.
    Je m’appelle Béatrice, 62 ans et mon mari Ludovic, 73 ans. j’ai eu la chance de rencontrer une amie quand j’avais 30 ans et elle avait 30 ans de plus que moi, mais elle m’a aidé avec son amitié.
    En fait nous ferons un voyage en Janvier et Février pour visiter un morceau de l’Australie et de la Nouvelle Zélande, – c’est prétentieux de visiter en 20 jours , deux pays, mais voilà ! Nous n’irons pas à kangaroo island hélas !
    Courage !! Vous n’êtes pas seule.
    Béatrice

    1. Bonjour Béatrice !
      Merci beaucoup pour votre retour.
      Oui cela va mieux maintenant. Cela fait deux ans que je voyage et je pense que j’ai eu une période à vide. J’ai perdu de vue mes objectifs et laissé les évènements prendre trop d’importance. Pour finir sur une petite dépression et perte de créativité. Mais cela s’améliore. Je ne suis pas encore complètement remise mais je suis sur la bonne voie ! :). En tous cas ces expériences m’ont beaucoup appris et fait réfléchir.
      Vous êtes la deuxième personne qui commente mon article et j’en suis assez surprise, ahahahah. Je ne pensais pas que ce que j’ai écris aller toucher les autres. Je n’en suis que plus heureuse !
      20 jours, un mois, un an, le temps n’a pas d’importance. Seule l’expérience que vous faites est importante. J’espère que vous allez apprécier votre séjour en Australie et Nouvelle-Zélande !
      Où comptez-vous aller ??
      Merci pour vos gentils mots !
      A bientôt
      Claire

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