Carrot paddock - Forth - Tasmania - Australia - © Claire Blumenfeld

Au contact des carottes

ou deux mois de travail dans les champs de légumes tasmaniens.

Depuis quelques jours il commence à faire très froid le matin. Le froid me transperce les mains et les pieds que les gants et bottes ne parviennent pas à garder au chaud. Je surveille l’évolution du lever du soleil du coin de l’oeil espérant un réchauffement soudain de l’atmosphère.

De fin Avril à fin Juin j’ai travaillé à Premium Fresh. Une exploitation agricole de légumes à dix minutes de Devonport. Trois équipes d’une dizaine de personnes s’occupent de ramasser à la main les différents légumes que la ferme produit. L’équipe où j’étais s’occupait de ramasser des carottes, rhubarbes et blettes. Parfois nous allions aider les autres équipes (broccoli, choux de bruxelles, poireau, betteraves). Le nom de l’équipe est Bunching Crew car nous faisons des « bunches » ou « bottes » en français. Des bottes de carottes, de rhubarbes et de blettes. Avec des élastiques. Rouge pour les carottes et rhubarbes et jaune pour les blettes.

L’atmosphère de l’équipe est étrange. Pas très sympathique mais pas horrible non plus. Je ne discute pas beaucoup. Faut dire que la majorité de l’équipe est Taiwanese. Six Taïwanais, deux Tasmaniens et moi. Une Française perdue au milieu de tout ça. Les Taïwanais se connaissent déjà et n’ont pas grand désir de connecter avec moi apparemment. À part deux-trois personnes, je n’ai aucun échange avec le reste. Les Tasmaniens; le superviseur et un type de 31 ans, n’ont pas de conversations assez intelligentes pour que j’ai envie de m’y joindre. Alors je me concentre sur faire mes bottes. 9 à 12 carottes par bottes (dépendant de la taille). 1…2…3…4…5… etc. En boucle toute la journée. 25 bottes forment une pile. Le système d’arrangement des bottes a été mis en place par James, le superviseur. Ça lui permet de compter rapidement combien de carottes nous avons récolté. Tous les matins les nombres tombent : 3000 carottes, 500 rhubarbes et 300 blettes à récolter aujourd’hui. Parfois nous ne récoltons que des carottes toute la journée. 

Le travail n’a rien de bien compliqué. Il est même très simple et le rythme est tranquille (la plupart du temps). Nous commençons à 7h du matin et finissons généralement à 4h. Si nous avons finis de récolter toutes les commandes pour la journée avant 4h, on peut rentrer ou bien aller désherber le champ de blettes. Le travail n’est pas vraiment physique non plus. Être assis dans la terre toute la journée n’a rien de fatiguant à part une certaine langueur dans les jambes. À l’exception du désherbage qui n’est vraiment pas agréable. Rien à voir avec le stress de mon précédent travail en tant que superviseur dans les framboises à Costa. Mais il n’empêche que je m’ennuie. Je ne supporte pas la répétitivité et quand en plus y’a personne avec qui discuter, ben j’ai du mal a trouver de la motivation pour faire mes centaines de bottes par heure. La monotonie ça me tue. Et puis bien que je comprenne que certains puisse trouver le travail relaxant (pour l’esprit), je trouve que ça manque un peu de challenge. Pas assez intéressant pour tenir toute la journée. 

Certains des Taïwanais dans l’équipe sont là depuis des mois. La plus ancienne personne de l’équipe est là depuis 10 mois !! Presque un an passer à ramasser des carottes. Je ne peux m’empêcher de trouver cela un peu vide de sens. Je sais bien que la plupart des Taïwanais sont là pour se faire de l’argent (le salaire à Taiwan étant ridiculement bas) mais étant donné que le Travail à Premium Fresh n’est payé que 22.86$ par heure (moins que le minimum de 23.53$), je ne trouve pas que ce soit le meilleur job pour économiser.

Mi Avril, hélas pour moi, le travail à Costa dans les framboises a commencé à se réduire, la fin de la saison se faisant sentir. Ayant postulée pour travailler dans les stations de ski pour la saison d’hiver 2018 et ayant reçu une réponse positive pour Mt Buller, la troisième plus grande station de ski en Australie, j’ai quitté mon travail en tant que superviseur. Mais la saison d’hiver ne commençant que fin Juin, je me suis retrouvée avec deux mois à attendre. Il a donc fallu que je trouve un autre travail et la seule possibilité restante en Avril en Tasmanie se trouve dans la récolte des légumes. Il me manquait également une vingtaine de jours pour compléter mon total de 88 jours en ferme exigés pour postuler pour un second visa d’un an en Australie. Premium Fresh s’est donc avéré être ma seule possibilité.

Après deux mois de travail, mon expérience de travail à Premium Fresh m’a permis de mettre un peu d’argent de coté et surtout de passer un peu plus de temps en Tasmanie pour aller explorer l’île pendant mes jours de repos. Mais je suis bien contente d’en finir. Deux mois est plus que suffisant. Il est temps de passer à autre chose.

Carrot paddock - Forth - Tasmania - Australia - © Claire Blumenfeld

 

 

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